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INTERVENTION DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWA ARCHEVÊQUE D’ABIDJAN A L’OCCASION DE LA SEMAINE DIOCÉSAINE DU LAÏCA 2021

Thème : ‘‘ La collaboration entre les forces vives de la paroisse’’
Samedi 27 Novembre 2021
Paroisse Saint Jacques des II Plateaux

INTRODUCTION

 ‘‘Vous, Africains, vous êtes désormais vos propres missionnaires… Être vos propres missionnaires : c'est dire que vous, Africains, vous devez poursuivre la construction de l'Eglise sur ce continent… Il faudra que votre âme africaine soit imprégnée profondément des charismes secrets du christianisme, afin que ceux-ci se répandent ensuite librement, en beauté et en sagesse, à la manière africaine… Si vous savez éviter les périls possibles du pluralisme religieux, et par conséquent vous abstenir de faire de votre profession chrétienne une espèce de folklorisme local, ou bien de racisme exclusiviste ou de tribalisme égoïste, ou encore de séparatisme arbitraire, vous pourrez demeurer sincèrement africains

même dans votre interprétation de la vie chrétienne; vous pourrez formuler le catholicisme en termes absolument appropriés à votre culture et vous pourrez apporter à l'Eglise catholique la contribution précieuse et originale de la ‘‘négritude’’  dont, à cette heure de l'histoire, elle a particulièrement besoin.’’ Extraits de l’homélie du Pape Paul VI, le 31 juillet 1969, à Kampala (Ouganda)

Être nos propres missionnaires, cela suppose que tous les membres du Corps du Christ en Afrique comme partout ailleurs dans le monde,  nous prenions davantage conscience mais surtout de nous convaincre que le monde dans lequel nous vivons nous interroge sur la pertinence et la crédibilité du message évangélique que nous lui annonçons de nos jours. Ce qui implique aussi une réflexion sur la crédibilité même des porteurs de ce message que nous sommes, que vous êtes, quel que soit le canal par lequel nous le portons : homélies, enseignements, chants, mais peut-être et surtout, par notre agir quotidien, dans nos divers milieux de vie et d’apostolat.

En effet, on répète souvent que ce siècle dans lequel nous vivons, au-delà des apparences a profondément besoin et soif d’authenticité. On affirme même à raison que bon nombre de nos contemporains ont horreur du factice, du falsifié et recherchent par-dessus tout, la vérité et la transparence. Ces signes des temps devraient nous trouver vigilants et nous interroger. En vérité, tacitement ou à grands cris, toujours avec force, et pour ceux qui savent encore lire entre les lignes, le monde nous demande : chrétiens, croyez-vous vraiment à ce que vous annoncez ? Vivez-vous ce que vous croyez ? Prêchez-vous vraiment ce que vous vivez ? C’est dire que plus que jamais, le témoignage de la vie des chrétiens que nous sommes, pris individuellement ou collectivement, est devenu une condition essentielle de l’efficacité profonde de la prédication. Par ce biais, nous voici rendus tous responsables de la marche de l’évangile que nous proclamons et partant de notre Eglise , chacun, là où l’appel de Dieu l’a placé.

Cette responsabilité, pour qu’elle soit efficiente, présuppose que chacun de nous sache ce que le Seigneur attend autant de lui que des autres, avec qui ils sont constitués ensemble peuple de Dieu de par leur baptême ! Pour situer la question à laquelle vous me soumettez, celle de la collaboration entre les forces vives de la paroisse, il me semble convenable de préciser avant tout l’identité propre du laïc, l’état des lieux pour nos jeunes Eglises d’Afrique et le rôle que l’Eglise attend justement de ses fidèles. C’est de tout cela que découle la vision qui est la mienne

1-   Identité du fidèle laïc du Christ

Chers amis,

Il est bon de savoir que ‘‘sous le nom de laïcs, on entend ici tous les fidèles, en dehors des membres de l’ordre sacré et de l’état religieux reconnu dans l’Église qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, et participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien.

Le caractère séculier est le caractère propre et particulier des laïcs. En effet, les membres de l’ordre sacré bien qu’ils puissent se trouver engagés dans les choses du siècle, même en exerçant une profession séculière, restent, en raison de leur vocation particulière, principalement et expressément ordonnés au ministère sacré…

La vocation propre des laïcs consiste à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles qu’ils ordonnent selon Dieu. Ils vivent au milieu du siècle, c’est-à-dire engagés dans tous les divers devoirs et travaux du monde, dans les conditions ordinaires de la vie familiale et sociale dont leur existence est comme tissée. À cette place, ils sont appelés par Dieu pour travailler comme du dedans à la sanctification du monde, à la façon d’un ferment, en exerçant leurs propres charges sous la conduite de l’esprit évangélique, et pour manifester le Christ aux autres avant tout par le témoignage de leur vie, rayonnant de foi, d’espérance et de charité. C’est à eux qu’il revient, d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur. LG 31

‘‘L’apostolat des laïcs est une participation à la mission salutaire elle-même de l’Église : à cet apostolat, tous sont destinés par le Seigneur lui-même en vertu du baptême et de la confirmation. Les sacrements, surtout la sainte Eucharistie, communiquent et entretiennent cette charité envers Dieu et les hommes, qui est l’âme de tout l’apostolat. Les laïcs sont appelés tout spécialement à assurer la présence et l’action de l’Église dans les lieux et les circonstances où elle ne peut devenir autrement que par eux le sel de la terre. Ainsi, tout laïc, en vertu des dons qui lui ont été faits, constitue un témoin et en même temps un instrument vivant de la mission de l’Église elle-même, ‘‘à la mesure du don du Christ’’ (Ep 4, 7)…

À tous les laïcs, par conséquent, incombe la noble charge de travailler à ce que le dessein divin de salut parvienne de plus en plus à tous les hommes de tous les temps et de toute la terre. La voie doit donc leur être ouverte de toutes parts pour que, selon leurs forces et selon les nécessités des temps, ils puissent activement participer, eux aussi, à l’œuvre de salut qui est celle de l’Église.’’ LG 33

2-   Etat des lieux

Un premier constat peut se dégager de l’Exhortation Apostolique Post-Synodal Ecclesia in Africa du Saint Pape Jean Paul II. Je cite : ‘‘Une situation commune est, sans aucun doute, le fait que l'Afrique est saturée de problèmes : dans presque toutes nos nations, il y a une misère épouvantable, une mauvaise administration des rares ressources disponibles, une instabilité politique et une désorientation sociale. Le résultat est sous nos yeux : misère, guerres, désespoir. Dans un monde contrôlé par les nations riches et puissantes, l'Afrique est pratiquement devenue un appendice sans importance, souvent oublié et négligé par tous…

L'Afrique actuelle peut être comparée à l'homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho ; il tomba entre les mains de brigands qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s'en allèrent, le laissant à demi mort (cf. Lc 10, 30-37). L'Afrique est un continent où d'innombrables êtres humains — hommes et femmes, enfants et jeunes — sont étendus, en quelque sorte, sur le bord de la route, malades, blessés, impotents, marginalisés et abandonnés. Ils ont un extrême besoin de bons Samaritains qui leur viennent en aide… [Mais] l'homme blessé doit retrouver toutes les ressources de son humanité. Les fils et les filles d'Afrique ont besoin de présence compréhensive et de sollicitude pastorale. Il faut les aider à rassembler leurs énergies pour le bien commun.

Pour le second constat, je voudrais m’inspirer de l’Exhortation Apostolique Post-Synodal Africae Munus du Pape Emérite Benoît XVI. Je cite : ‘‘La mémoire de l’Afrique garde le souvenir douloureux des cicatrices laissées par les luttes fratricides entre les ethnies, par l’esclavage et par la colonisation. Aujourd’hui encore, le continent est confronté à des rivalités, à des formes d’esclavage et de colonisation nouvelles…

C’est pourquoi, aujourd’hui encore, une des tâches essentielles de l’Église est de porter le message de l’Évangile au cœur des sociétés africaines, de conduire vers la vision de Dieu. Comme le sel donne goût aux aliments, ce message fait des personnes qui en vivent, d’authentiques témoins. Tous ceux qui grandissent de cette manière deviennent capables de se réconcilier en Jésus-Christ. Ils deviennent des lumières pour leurs frères. Ainsi, avec les Pères du Synode, j’invite « l’Église […] en Afrique à être témoin dans le service de la réconciliation, de la justice et de la paix, comme “sel de la terre” et “lumière du monde” », pour que sa vie réponde à cet appel : « Lève-toi, Église en Afrique, famille de Dieu, parce que le Père céleste t’appelle ! ».

Le troisième et dernier constat et sans pour autant être exhaustif, je voudrais le fonder sur la vie intérieure de notre pays la Côte d’Ivoire. En faisant cet état des lieux, je voudrais rappeler que les faits ici rappelés exigent une action concrète de la part de tous, les chrétiens y compris. Comme vous le savez certainement, depuis des décennies, la vie de nos concitoyens et de ceux qui vivent sur notre terre de Côte d’Ivoire est régulièrement marquée par des spasmes ; nos frères et sœurs ressemblent pour beaucoup à des malades agonisants, qui convulsent et espèrent de tout cœur, qu’une solution durable va être trouvée pour les guérir de leurs maux.

Cette espérance, ils l’ont placée dans les accords successifs qui n’ont malheureusement pas réussi à leur apporter la paix et la sérénité qu’ils étaient en droit d’attendre d’eux, amenuisant ainsi, de jours en jours, leurs chances de voir notre beau pays redevenir ce pays de la vraie fraternité, cette terre d’espérance, valeurs qui jadis, faisaient notre fierté à tous. Les gides religieux, n’ont eu de cesse d’interpeller régulièrement leurs concitoyens sans que cela ne trouve toujours un écho favorable à leurs oreilles. Le dialogue direct qui avait suscité beaucoup d’espoirs, nous a laissé l’impression de s’être mué en un dialogue de sourds, même s’il a fini par nous donner les élections présidentielles tant attendues.

Mais alors que tous, ivoiriens et habitants de ce pays, nous attendions de ces élections qu’elles nous offrent le merveilleux cadeau de la paix, notre pays va écrire, cette fois, avec le sang de ses propres fils, l’une des pages les plus sombres de son histoire, nous plongeant ainsi dans une crise sans précédent. Tous autant que nous sommes, nous nous sommes retrouvés égaux face aux dangers suscités par les tirs d’obus et autres armes lourdes. Tous, nous portons aujourd’hui, une souffrance devant laquelle, nous nous découvrons impuissants, car la souffrance constitue un mystère, même si elle est aussi un chemin vers Dieu

Un peu partout sur toute l’étendue du territoire, des hommes, des femmes, des enfants sont morts dans des conditions atroces, découpés à la machette pour les uns, brûlés morts ou vifs pour les autres. Certains de nos frères et sœurs ont perdu le fruit de nombreuses années d’économies, alors qu’ils croyaient pouvoir jouir maintenant d’un repos mérité. D’autres vivent en exil ou emprisonnés, en attendant leurs procès. Pour beaucoup de nos concitoyens, l’avenir est un gros point d’interrogation. L’horizon semble toujours sombre, du fait de l’insécurité, malgré les gros efforts déployés ces derniers jours. Partout, c’est la hantise et la peur des hommes en armes et très souvent incontrôlés.

Loin de moi, par ce rappel, l’idée de vouloir rouvrir les blessures qui peinent à cicatriser. Mon unique et profond souhait, c’est de voir recollés durablement les morceaux d’une Côte d’Ivoire possédée par toutes sortes de démons. Cela passe à mon sens, par une appréciation saine de ce que nous avons vécu. Une appréciation sans laquelle, toute projection ne serait que pur leurre, les mêmes causes produisant généralement les mêmes effets. Si nous voulons sortir définitivement de cette crise qui n’a que trop duré, il nous faut impérativement éduquer nos populations et particulièrement, notre jeunesse à la justice et à la paix.

Pour mémoire, le 29 juillet 2012, je faisais remarquer que ‘‘la célébration du cinquantenaire des indépendances de certains pays africains en 2010, avait suscité de grandes espérances pour le développement politique, économique, social et culturel de nos peuples. Ici et là, des efforts sont faits pour donner forme à ces espérances par la recherche d’une amélioration des conditions de vie des populations. Certes, il reste beaucoup à faire, mais je puis dire que nous sommes engagés sur la bonne voie. Ce qu’il faut, c’est une Afrique débout qui parle d’égal à égal avec les autres continents et qui survient aux besoins primaires de ses populations. Désormais, il nous faut prendre conscience de notre responsabilité dans la marche de notre pays et de l’Afrique toute entière. Notre baptême et notre foi en Jésus Christ nous l’imposent.’’ Fin de citation.

La richesse de la diversité de nos expériences d’évangélisation et de nos contextes ecclésiaux nous ont donné de prendre conscience de notre identité inculturée comme Eglise-Famille-de-Dieu et corps fraternel du Christ. Cette prise de conscience nous a habités encore lors de la deuxième Assemblée sur l’Afrique dont les travaux sont repris dans Africae Munus, avec un accent particulier sur la réconciliation, la justice et la paix, gage d’une évangélisation réussie. Cette évangélisation réussie, c’est celle qui m’avait autorisée il y’a de cela quelques années, à nous inviter à réfléchir sur le thème ‘‘que la foi soit visible dans notre vie personnelle et en Eglise.’’

Vous vous rappelez certainement que pour cette année pastorale là, j’avais souhaité ‘‘que l’approfondissement du thème de l’année puisse nous aider à parvenir à vivre ensemble sans que les heurts inhérents à toute vie en société ne se transforment en drame et que le pays ne se déchire comme nous l'avons connu.’’ Ainsi, orienter le thème de l’année sur le socle qu’est la famille, devrait nous aider tous à réfléchir sur la qualité de notre vie fraternelle. A cette occasion, je m’étais interroger pour savoir ‘‘si nous sommes membre d’une même famille, comment sommes-nous frères ensemble ? Comment œuvrons-nous pour protéger l’harmonie de cette famille ?’’

Ces nombreux défis auxquels nous sommes confrontés, c’est ceux que l’Eglise définit en ces termes : ‘‘Des situations nouvelles, dans l'Eglise comme dans le monde, dans les réalités sociales, économiques, politiques et culturelles, exigent aujourd'hui, de façon toute particulière, l'action des fidèles laïcs. S'il a toujours été inadmissible de s'en désintéresser, présentement c'est plus répréhensible que jamais. Il n'est permis à personne de rester à ne rien faire… Il n'y a pas de place pour l'inaction, lorsque tant de travail nous attend tous dans la vigne du Seigneur. Le ‘‘maître du domaine’’ répète avec plus d'insistance encore: ‘‘Allez, vous aussi, à ma vigne’’.

La voix du Seigneur résonne certainement en chaque chrétien, au plus profond de son être. Chacun, en effet, est configuré au Christ par la foi et les sacrements de l'initiation chrétienne, est inséré comme un membre vivant dans l'Eglise, et est sujet actif de sa mission de salut. La voix du Seigneur se transmet aussi à travers les événements de l'histoire de l'Eglise et de l'humanité, comme nous le rappelle le Concile : « Mû par la foi, se sachant conduit par l'Esprit du Seigneur qui remplit l'univers, le Peuple de Dieu s'efforce de discerner dans les événements, les exigences et les aspirations de notre temps, auxquels il participe avec les autres hommes, quels sont les signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu. La foi, en effet, éclaire toutes choses d'une lumière nouvelle et nous fait connaître la volonté divine sur la vocation intégrale de l'homme, orientant ainsi l'esprit vers des solutions pleinement humaines ».

Il faut donc regarder en face ce monde qui est le nôtre, avec ses valeurs et ses problèmes, ses soucis et ses espoirs, ses conquêtes et ses échecs : un monde dont les conditions économiques, sociales, politiques et culturelles présentent des problèmes et des difficultés encore plus graves que celles décrites par le Concile dans la Constitution pastorale Gaudium et spes. De toute manière, c'est là la vigne, c'est là le terrain sur lequel les fidèles laïcs sont appelés à vivre leur mission. Jésus veut pour eux, comme pour tous ses disciples, qu'ils soient le sel de la terre et la lumière du monde (cf. Mt 5, 13-14).’’ Christifideles laici § 3

Voici donc l’état des lieux, le visage actuel de la ‘‘terre’’ et du ‘‘monde’’, dont les chrétiens doivent être le ‘‘sel’’ et la ‘‘lumière’’ et pour lequel, le rôle des laïcs que vous êtes est prépondérant.   

3-   Le rôle des laïcs selon les enseignements de l’Eglise

Ici, je voudrais m’inspirer longuement de ce que dit la Constitution Dogmatique sur l’Eglise, Lumen Gentium et je cite : ‘‘Les laïcs, réunis dans le Peuple de Dieu et constituant un seul Corps du Christ sous un seul Chef, sont appelés, quels qu’ils soient, à coopérer comme des membres vivants au progrès de l’Église et à sa sanctification permanente, en y appliquant toutes les forces qu’ils ont reçues du bienfait du Créateur et de la grâce du Rédempteur. L’apostolat des laïcs est une participation à la mission salutaire elle-même de l’Église : à cet apostolat, tous sont destinés par le Seigneur lui-même en vertu du baptême et de la confirmation. Les sacrements, surtout la sainte Eucharistie, communiquent et entretiennent cette charité envers Dieu et les hommes, qui est l’âme de tout l’apostolat.

Les laïcs sont appelés tout spécialement à assurer la présence et l’action de l’Église dans les lieux et les circonstances où elle ne peut devenir autrement que par eux le sel de la terre. Ainsi, tout laïc, en vertu des dons qui lui ont été faits, constitue un témoin et en même temps un instrument vivant de la mission de l’Église elle-même, ‘‘à la mesure du don du Christ’’ (Ep 4, 7)… À tous les laïcs, par conséquent, incombe la noble charge de travailler à ce que le dessein divin de salut parvienne de plus en plus à tous les hommes de tous les temps et de toute la terre. La voie doit donc leur être ouverte de toutes parts pour que, selon leurs forces et selon les nécessités des temps, ils puissent activement participer, eux aussi, à l’œuvre de salut qui est celle de l’Église.’’

Relativement à la participation des laïcs au sacerdoce commun et au culte, la même Constitution affirme ceci : ‘‘voulant poursuivre également, par le moyen des laïcs, son témoignage et son service, le Christ Jésus, prêtre suprême et éternel, leur apporte la vie par son Esprit, et les pousse inlassablement à réaliser tout bien et toute perfection. À ceux qu’il s’unit intimement dans sa vie et dans sa mission, il accorde, en outre, une part dans sa charge sacerdotale pour l’exercice du culte spirituel en vue de la glorification de Dieu et du salut des hommes.

C’est pourquoi les laïcs, en vertu de leur consécration au Christ et de l’onction de l’Esprit Saint, reçoivent la vocation admirable et les moyens qui permettent à l’Esprit de produire en eux des fruits toujours plus abondants. En effet, toutes leurs activités, leurs prières et leurs entreprises apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leurs labeurs quotidiens, leurs détentes d’esprit et de corps, si elles sont vécues dans l’Esprit de Dieu, et même les épreuves de la vie, pourvu qu’elles soient patiemment supportées, tout cela devient ‘‘offrandes spirituelles, agréables à Dieu par Jésus Christ’’ (cf. 1 P 2, 5), et dans la célébration eucharistique, rejoint l’oblation du Corps du Seigneur pour être offert en toute piété au Père. C’est ainsi que les laïcs consacrent à Dieu le monde lui-même, rendant partout à Dieu par la sainteté de leur vie un culte d’adoration.

Par ailleurs, l’Eglise n’oublie pas la question de la participation des laïcs à la fonction prophétique du Christ et au témoignage quand elle affirme que : ‘‘Le Christ, grand prophète, qui par le témoignage de sa vie et la vertu de sa parole a proclamé le Royaume du Père, accomplit sa fonction prophétique jusqu’à la pleine manifestation de la gloire, non seulement par la hiérarchie qui enseigne en son nom et avec son pouvoir, mais aussi par les laïcs dont il fait pour cela des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole (cf. Ac 2, 17-18 ; Ap 19, 10), afin que brille dans la vie quotidienne, familiale et sociale, la vertu de l’Évangile. Ils se présentent comme les fils de la promesse, lorsque, fermes dans la foi et dans l’espérance, ils mettent à profit le moment présent (cf. Ep 5, 16 ; Col 4, 5), et attendent avec constance la gloire à venir (cf. Rm 8, 25). Cette espérance, ils ne doivent pas la cacher dans le secret de leur cœur, mais l’exprimer aussi à travers les structures de la vie du siècle par un effort continu de conversion, en luttant ‘‘contre les souverains de ce monde des ténèbres, contre les esprits du mal’’ (Ep 6, 12).

… Par conséquent, les laïcs peuvent et doivent, même occupés par leurs soucis temporels, exercer pour l’évangélisation du monde une action précieuse. Certains d’entre eux, suivant leurs moyens, apportent, à défaut de ministres sacrés, ou quand ceux-ci sont réduits à l’impuissance par un régime de persécutions, un concours de suppléance pour certains offices sacrés ; de nombreux autres dépensent toutes leurs forces dans l’action apostolique ; mais, à tous, le devoir s’impose de coopérer à l’extension et au progrès du règne du Christ dans le monde. C’est pourquoi les laïcs doivent chercher à connaître toujours plus profondément la vérité révélée, et demander instamment à Dieu le don de sagesse.

… Les fidèles doivent donc reconnaître la nature profonde de toute la création, sa valeur et sa finalité qui est la gloire de Dieu ; ils doivent, à travers les travaux même temporels, s’aider en vue d’une vie plus sainte, afin que le monde s’imprègne de l’Esprit du Christ et dans la justice, la charité et la paix atteigne plus efficacement sa fin. Dans l’accomplissement universel de ce devoir, les laïcs ont la première place. Par leur compétence dans les disciplines profanes et par leurs activités que la grâce du Christ élève au-dedans, qu’ils s’appliquent de toutes leurs forces à obtenir que les valeurs de la création soient cultivées dans l’intérêt absolument de tous les hommes, selon les fins du Créateur et la lumière de son Verbe, grâce au travail de l’homme, à la technique et à la culture, à obtenir aussi que ces biens soient mieux distribués entre les hommes et acheminent selon leur nature à un progrès universel dans la liberté humaine et chrétienne. Le Christ ainsi, à travers les membres de l’Église, éclairera la société humaine tout entière, et de plus en plus, de sa lumière qui sauve.’’

Ce rôle des laïcs pour ce qui nous concerne en tant qu’africains et ivoiriens, est bien explicité par le Pape Emérite Benoît XVI dans l’Exhortation apostolique Africae Munus : ‘‘ On pourrait dire que réconciliation et justice sont les deux présupposés essentiels de la paix et qu’ils définissent également dans une certaine mesure sa nature… De fait, seule une authentique réconciliation engendre une paix durable dans la société. Ses protagonistes sont certes les autorités gouvernementales et les chefs traditionnels, mais également les simples citoyens…

Sur le plan social, la conscience humaine est interpellée par de graves injustices existant dans notre monde, en général, et à l’intérieur de l’Afrique, en particulier. La confiscation des biens de la terre par une minorité au détriment de peuples entiers, est inacceptable parce qu’immorale. La justice oblige à « donner à chacun son bien propre » – ius suum unicuique tribuere. Il s’agit donc de rendre justice aux peuples. L’Afrique est capable d’assurer à tous les individus et à toutes les nations du continent les conditions élémentaires qui permettent de participer au développement.

Les Africains pourront ainsi mettre les talents et les richesses que Dieu leur a donnés au service de leur terre et de leurs frères. La justice, vécue dans toutes les dimensions de la vie, privée et publique, économique et sociale, a besoin d’être soutenue par la subsidiarité et la solidarité, et encore plus d’être animée par la charité. « Selon le principe de subsidiarité, ni l’État ni aucune société plus vaste ne doivent se substituer à l’initiative et à la responsabilité des personnes et des corps intermédiaires ».

La solidarité est garante de la justice et de la paix, de l’unité donc, de sorte que « l’abondance des uns supplée au manque des autres ». Et la charité qui assure le lien avec Dieu, va plus loin que la justice distributive. Car si « la justice est la vertu qui distribue à chacun son bien propre […] ce n’est pas la justice de l’homme celle qui soustrait l’homme au vrai Dieu ».

Après un conflit, la réconciliation souvent menée et accomplie dans le silence et la discrétion restaure l’union des cœurs et la coexistence sereine. Grâce à elle, après de longues périodes de guerre, des nations retrouvent la paix, des sociétés profondément blessées par la guerre civile ou le génocide reconstruisent leur unité. C’est en donnant et en accueillant le pardon que les mémoires blessées des personnes ou des communautés ont pu guérir et que des familles jadis divisées ont retrouvé l’harmonie. « La réconciliation surmonte les crises, restaure la dignité des personnes et ouvre la voie au développement et à la paix durable entre les peuples à tous les niveaux » …

Pour devenir effective, cette réconciliation devra être accompagnée par un acte courageux et honnête : la recherche des responsables de ces conflits, de ceux qui ont commandité les crimes et qui se livrent à toutes sortes de trafics, et la détermination de leur responsabilité. Les victimes ont droit à la vérité et à la justice. Il est important actuellement et pour l’avenir de purifier la mémoire afin de construire une société meilleure où de telles tragédies ne se répètent plus.

4-   Participation des laïcs à la mission de l’Eglise

L’Église est faite pour étendre le règne du Christ à toute la terre, pour la gloire de Dieu le Père ; elle fait ainsi participer tous les hommes à la rédemption et au salut [4]; par eux elle ordonne en vérité le monde entier au Christ. On appelle apostolat toute activité du Corps mystique qui tend vers ce but : l’Église l’exerce par tous ses membres, toutefois de diverses manières. En effet, la vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat. Dans l’organisme d’un corps vivant aucun membre ne se comporte de manière purement passive, mais participe à la vie et à l’activité générale du corps. Ainsi dans le Corps du Christ qui est l’Église, « tout le corps opère sa croissance selon le rôle de chaque partie » (Ep 4, 16). Bien plus, les membres de ce corps sont tellement unis et solidaires (cf. Ep 4, 16) qu’un membre qui ne travaille pas selon ses possibilités à la croissance du corps doit être réputé inutile à l’Église et à lui-même.

Il y a dans l’Église diversité de ministères, mais unité de mission. Le Christ a confié aux apôtres et à leurs successeurs la charge d’enseigner, de sanctifier et de gouverner en son nom et par son pouvoir. Mais les laïcs rendus participants de la charge sacerdotale, prophétique et royale du Christ assument, dans l’Église et dans le monde, leur part dans ce qui est la mission du Peuple de Dieu tout entier [5]. Ils exercent concrètement leur apostolat en se dépensant à l’évangélisation et à la sanctification des hommes ; il en est de même quand ils s’efforcent de pénétrer l’ordre temporel d’esprit évangélique et travaillent à son progrès de telle manière que, en ce domaine, leur action rende clairement témoignage au Christ et serve au salut des hommes. Le propre de l’état des laïcs étant de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes ; ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d’un ferment, grâce à la vigueur de leur esprit chrétien. Cf. Apostolicam actuositatem ch 1

‘‘Notre temps n’exige pas un moindre zèle de la part des laïcs ; les circonstances actuelles réclament d’eux au contraire un apostolat toujours plus intense et plus étendu. En effet l’augmentation constante de la population, le progrès des sciences et des techniques, la solidarité plus étroite entre les hommes ont non seulement élargi à l’infini le champ de l’apostolat des laïcs, en grande partie ouvert à eux seuls, mais ils ont fait surgir de nouveaux problèmes, qui réclament de leur part une vigilance et une recherche toutes particulières. Cet apostolat devient d’autant plus urgent que s’est affirmée, comme c’est normal, l’autonomie de nombreux secteurs de la vie humaine, entraînant parfois un certain délaissement de l’ordre moral et religieux, au grand péril de la vie chrétienne. Il faut ajouter qu’en de nombreuses régions les prêtres sont très peu nombreux ou parfois privés de la liberté indispensable à leur ministère, de sorte que, sans le travail des laïcs, l’Église et son action ne pourraient que difficilement être présentes’’ Préambule de la Lettre Apostolique Apostolicam actuositatem

5-   De la collaboration entre les forces vives de la paroisse

 

Chers amis,

Je reste convaincu que le premier bien commun sur lequel il nous faut tous méditer, c’est comment nous accueillons tous notre vocation d’hommes et de femmes créés à l’image et la ressemblance de Dieu ! En effet, ce n’est que lorsque nous aurons pris conscience de notre identité profonde et que nous consentirons à répondre à notre vocation commune, que nous réussirons à faire converger nos différents efforts d’évangélisation en tant que forces vives de la paroisse.

Si la vocation est une dans l’Eglise, elle se manifeste de plusieurs manières de sorte à ce que Dieu soit mieux connu, mieux aimé et toujours premier servi par tous, individuellement ou communautairement. Je pense l’avoir dit au début de mes propos : le témoignage de la vie des chrétiens que nous sommes, pris individuellement ou collectivement, est devenu une condition essentielle de l’efficacité profonde de la prédication. Par ce biais, nous voici rendus tous responsables de la marche de l’évangile que nous proclamons et partant de notre Eglise, chacun, là où l’appel de Dieu l’a placé.

 

Finalement, ma vision de la collaboration des forces vives de la paroisse est celle de l’Eglise universelle telle que définie dans les textes du Magistère. Le Pape émérite Benoît XVI disait : ‘‘Dans la situation actuelle de l’Afrique, l’Église est appelée à faire entendre la voix du Christ. Elle désire suivre la recommandation de Jésus à Nicodème qui s’interrogeait sur la possibilité de renaître : « Il vous faut naître d’en-haut » (Jn 3, 7). Les missionnaires ont proposé aux Africains cette nouvelle naissance « d’eau et d’esprit » (Jn 3, 5), une Bonne Nouvelle que toute personne a le droit d’entendre afin de réaliser pleinement sa vocation. L’Église en Afrique vit de cet héritage.

À cause du Christ et par fidélité à sa leçon de vie, elle se sent poussée à être présente là où l’humanité connaît la souffrance et à se faire l’écho du cri silencieux des innocents persécutés, ou des peuples dont des gouvernants hypothèquent le présent et l’avenir au nom d’intérêts personnels. Par sa capacité à reconnaître le visage du Christ dans celui de l’enfant, du malade, du souffrant ou du nécessiteux, l’Église contribue à forger lentement mais sûrement l’Afrique nouvelle.

Dans son rôle prophétique, chaque fois que les peuples crient vers elle : ‘‘Veilleur, où en est la nuit ?’’ (Is 21, 11), l’Église désire être prête à rendre raison de l’espérance qu’elle porte en elle (cf. 1 P 3, 15) car une aube nouvelle pointe à l’horizon (cf. Ap 22, 5). Seul le refus de la déshumanisation de l’homme, et de la compromission – par crainte de l’épreuve ou du martyre – servira la cause de l’Évangile de vérité. ‘‘Dans le monde, dit le Christ, vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! J’ai vaincu le monde !’’ (Jn 16, 33). La paix authentique vient du Christ (cf. Jn 14, 27). Elle n’est donc pas comparable à celle du monde. Elle n’est pas le fruit de négociations et d’accords diplomatiques fondés sur des intérêts. C’est la paix de l’humanité réconciliée avec elle-même en Dieu et dont l’Église est le sacrement. Africae Munus n°30

        CONCLUSION

        Je résume : notre identité profonde nous indique que chrétiens, nous sommes réunis dans le Peuple de Dieu et constituant un seul Corps du Christ sous un seul Chef ! Les défis qui attendent nos jeunes Eglises sont nombreux et variés. Dites-moi, notre identité, notre vocation ainsi que les défis qui sont les nôtres nous autorisent-ils à marcher en rangs dispersés ? C’est la conjugaison de nos différences, chacun à la place qui est la sienne, en recherchant l’unique gloire de Dieu et notre salut à tous, qui doivent nous guider. Ma vision de la collaboration des forces vives de la paroisse découle de cela. Je n’ignore pas non plus que la nature humaine n’est pas parfaite et qu’elle est encline au péché, mais avec Dieu, ensemble et main dans la main, nous ferons des exploits !

Un sage a dit un jour : peu importe que tu sois grand ou petit ; beau ou laid ; aimé ou détesté de tous. Saches que tu as été créé pour une chose pour laquelle Dieu n’a jamais créé personne d’autre et qu’à ta place, tu es aussi important qu’un Archange à la sienne. Que cette parole nous habite tous. Dieu est fidèle, qu’Il vous affermisse tous et garde précieusement son Eglise, aujourd’hui, demain et dans les siècles sans fin.

 

+ Jean Pierre, Cardinal KUTWÃ,

Archevêque Métropolitain d’Abidjan