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MESSAGE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ ARCHEVÊQUE D’ABIDJAN A L’OCCASION DE LA FÊTE DE NOËL 2021

Paroisse Cathédrale Saint Paul Plateau

Samedi 25 décembre 2021

Chant : Alleluia Noël, Noël Alleluia, aujourd’hui nous est né notre Sauveur ! Alleluia Noël, Noël Alleluia, c’est une grande joie pour nous Noël…

Excellence Monseigneur Paolo Borgia, Nonce Apostolique en CI, Excellence Monsieur Patrick ACHI, Premier Ministre, Révérends Pères, Révérendes sœurs, Frères et sœurs en Christ,

La grande joie dont parle ce cantique est née du fait que non seulement un Sauveur nous est né mais aussi du fait que débute ainsi l’histoire fabuleuse où notre Dieu se donne un peuple en venant habiter avec lui, pour lui dire que ses joies et ses peines mais aussi ses angoisses et ses espoirs trouvent et trouveront toujours un écho favorable dans son cœur de Père ! C’est donc une espérance formidable qui s’étend ainsi sur notre humanité si souvent en proie aux mauvaises nouvelles.

 

Cette fabuleuse espérance, c’est celle qu’entrevoyait déjà notre bien-aimé Pape François dans son message de Noël pour l’année 2020 et je le cite : ‘‘la naissance est toujours source d’espérance, elle est vie qui s’épanouit, elle est promesse d’avenir. Et cet Enfant, Jésus, est “né pour nous” : un nous sans frontières, sans privilèges ni exclusions. L’Enfant que la Vierge Marie a mis au jour à Bethléem est né pour tous : il est le “fils” que Dieu a donné à toute la famille humaine. Grâce à cet Enfant, nous pouvons tous nous adresser à Dieu en l’appelant “Père”, “Papa”.

Jésus est le Fils unique. Personne ne connaît le Père sinon lui. Mais il est venu dans le monde justement pour nous révéler le visage du Père. Et ainsi, grâce à cet Enfant, nous pouvons tous nous appeler, et être réellement, frères : de tous les continents, de n’importe quelle langue et culture, avec nos identités et diversités, nous sommes tous frères et sœurs.’’

Et le Saint Père de poursuivre : ‘‘à Noël nous célébrons la lumière du Christ qui vient au monde et il vient pour tous : non seulement pour certains. Aujourd’hui, en ce moment d’obscurité et d’incertitudes causé par la pandémie, apparaissent diverses lumières d’espérance, comme les découvertes des vaccins. Mais pour que ces lumières puissent illuminer et amener l’espérance au monde entier, elles doivent demeurer à la disposition de tous. Nous ne pouvons pas laisser que les nationalismes fermés nous empêchent de vivre comme la vraie famille humaine que nous sommes.

Nous ne pouvons pas non plus laisser que le virus de l’individualisme radical nous vainque et nous rende indifférents à la souffrance des autres frères et sœurs. Je ne peux pas faire de moi la priorité avant les autres, en mettant les lois du marché et des brevets d’invention au-dessus des lois de l’amour et de la santé de l’humanité. Je demande à tous : aux responsables des États, des entreprises, aux organismes internationaux, de promouvoir la coopération et non la concurrence, et de chercher une solution pour tous : des vaccins pour tous, spécialement pour les plus vulnérables et les plus nécessiteux de toutes les régions de la planète. En premier, les plus vulnérables et les plus nécessiteux !’’ Fin de citation.

Excellences,
Frères et sœurs,

Ce constat d’un monde fermé sur lui-même appelle nécessairement à s’ouvrir, à aller vers l’autre, à accepter la main tendue pour nous sauver ! Oui, tant que notre humanité déniera à Dieu un droit de regard sur la gestion de ce monde, alors il continuera, sans être pessimiste, à aller à vau-l’eau ! Et cela n’est pas sans conséquence pour notre monde habitué aux mauvaises nouvelles : pandémies, dérèglements climatiques, attaques terroristes, inondations, inimitié entre des peuples. En vérité, il ne se passe plus un jour, une heure, sans que les mauvaises nouvelles n’affluent de partout comme si notre monde était livré de gré ou de force à la domination de Satan : accidents qui endeuillent les familles, décès de personnes que nous avons connues et aimées, chômage, replis identitaires… 

Tout ceci pourrait nous incliner à nous demander si Dieu ne s’est pas finalement détourné de nous, nous laissant le soin de réparer par nous-mêmes nos erreurs si ce n’est de voir imploser notre terre ! Et pourtant ! C’est Noël, et Dieu nous tend la main pour que nos joies prennent leur source en Lui et reçoivent de Lui qui sait tout et qui peut tout, leur achèvement, un achèvement heureux !

En effet, Noël, c’est Dieu qui nous rappelle années après années qu’Il ne désespère pas du monde qu’Il a créé et confié aux hommes comme à des métayers : c’est que Dieu croit que les hommes ont la capacité avec le secours de sa sainte grâce, d’avoir recours à Lui mais surtout de savoir discerner pour comprendre et accepter la main tendue, sa main qu’il ne cesse de leur proposer ! 

C’est bien cela aussi le sens des mots du Pape François quand il affirme que : ‘‘en ce moment historique, marqué par la crise écologique, et par de graves déséquilibres économiques et sociaux aggravés par la pandémie du coronavirus, nous avons plus que jamais besoin de fraternité. Et Dieu nous l’offre en nous donnant son Fils Jésus : non pas une fraternité faite de belles paroles, d’idéaux abstraits, de vagues sentiments… Non. Une fraternité basée sur l’amour réel, capable de faire rencontrer l’autre différent de moi, de com-patir à ses souffrances, de s’approcher et d’en prendre soin même s’il n’est pas de ma famille, de mon ethnie, de ma religion. Il est différent de moi, mais il est mon frère et ma sœur. Et cela est vrai aussi dans les relations entre les peuples et les nations : tous frères !’’ Fin de citation.

Excellences,
Frères et sœurs,  

Il nous faut bien admettre, que si notre monde va mal, c’est bien parce que les hommes d’aujourd’hui se voient trop beaux et trop forts pour recourir à Celui qui est le Maître du monde !  Ce refus de la main tendue de Dieu, c’est le vieux complot d’Hérode qui a peur d’un inoffensif nouveau-né au point de tout mettre en œuvre pour le voir mourir ! Et aujourd’hui encore, ces complots foisonnent et des Hérode, il en existe à la pelle autour de nous. Ce refus de la main tendue de Dieu, c’est Pilate, indolent et apathique qui se lave les mains sans qu’elles ne soient jamais propres ! Et des Pilate, notre monde en voit naître assez fréquemment, ces hommes et ces femmes qui se satisfassent de leurs petits conforts, lesquels conforts ont fini par les rendre sourds, aveugles et muets face à la misère et la souffrance de leurs semblables !

Ce refus de la main tendue de Dieu, ce sont les avantages que croient perdre les Docteurs de la Loi et autres Scribes et Pharisiens avides, ceux d’hier tout comme ceux d’aujourd’hui, jaloux à souhait de ce qu’ils considèrent comme un trésor acquis et qui ne se gênent pas à humilier et spolier les pauvres ! Reconnaissons que ces situations de refus de la main tendue de Dieu sont encore actuelles quand sous nos tropiques, la justice est sélective, des bandes d’amis rivalisent d’imaginations et d’imaginaires pour consolider des biens souvent mal acquis ! Et pourtant Dieu ne cesse de nous tendre la main, sa main ! Aujourd’hui, c’est Noël !

La joie de Noël, c’est celle qui met tout le monde sur un pied d’égalité : aujourd’hui, riches et pauvres de quelques quartiers qu’ils soient, feront la fête et cela est une bonne chose ! Mais quelle fête ? Celle où les pères Noël rivalisent de ridicule avec les clowns venus égayés des enfants qui ont peur d’eux ? Fête des cadeaux qui vont être brisés en mille morceaux d’ici quelques jours ? Fête de parents qui ont dû s’endetter pour faire face à des caprices d’un jour alors que notre humanité va mal, que certains sont repus et bourrus alors que d’autres peinent à survivre ? Est-ce bien cela l’esprit de Noël ?

Quand prendrons-nous conscience que l’Enfant Jésus qui nous est donné à Noël vient pour nous libérer ? Voulons-nous être vraiment libérés ? De quoi voulons-nous être libérés ? De quoi avons-nous besoin d’être libérés ? Que devons-nous faire personnellement, mais aussi dans nos différents milieux de vie, chacun selon sa condition propre, pour parvenir à cette libération ? Quelle libération voulons-nous, attendons-nous, pour nous-mêmes, pour notre pays ? Qu’est-ce qui nous opprime aujourd’hui encore ? De quoi sommes-nous captifs ? La proposition de l’Enfant-Dieu qui nous est donné de nous libérer trouvera-t-elle un écho dans nos cœurs d’hommes et de femmes avec nos identités et diversités ? Et pourtant aujourd’hui c’est Noël et Jésus à une mission pour nous !

Excellences,
Frères et sœurs,  

Si le Christ se présente à nous à Noël sous les traits d’un enfant, n’est-ce pas justement pour être accueilli de tous, sans susciter la moindre frayeur, le moindre doute, la moindre appréhension ? En effet, à qui viendrait-il à l’idée d’avoir peur d’un enfant ou de vouloir lui faire du mal ? N’est-ce pas là aussi un signe de réconciliation et de paix que cet enfant véhicule en nous invitant à l’imiter ? Né dans les conditions que nous savons et couché dans une mangeoire pour animaux, allons-nous accepter de saisir les bras que Lui aussi tend à notre humanité ou bien allons-nous ignorer la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde comme nous le relate l’évangile de ce jour ?

Je reste convaincu à la suite de l’Exhortation Apostolique Post-Synodale Africae Munus que ‘‘la paix des hommes qui s’obtient sans la justice est illusoire et éphémère. La justice des hommes qui ne prend pas sa source dans la réconciliation par la vérité de l’amour (Ep 4, 15) demeure inachevée ; elle n’est pas authentiquement justice. C’est l’amour de la vérité, – la vérité tout entière à laquelle l’Esprit seul peut nous conduire (cf. Jn 16, 13) –, qui trace le chemin que toute justice humaine doit emprunter pour aboutir à la restauration des liens de fraternité dans la famille humaine, communauté de paix, réconciliée avec Dieu par le Christ. La justice n’est pas désincarnée. Elle s’ancre nécessairement dans la cohérence humaine. Une charité qui ne respecte pas la justice et le droit de tous, est erronée. J’encourage donc les chrétiens à devenir exemplaires en matière de justice et de charité (Mt 5, 19-20).’’ Africae Munus n° 18

Il est important pour nous de comprendre que ‘‘si l’on ne crée pas dans les cœurs la force de la réconciliation, le présupposé intérieur manque à l’engagement politique pour la paix… En effet, c’est la grâce de Dieu qui nous donne un cœur nouveau et qui nous réconcilie avec lui et avec les autres. C’est le Christ qui a rétabli l’humanité dans l’amour du Père. La réconciliation prend donc sa source dans cet amour ; elle naît de l’initiative du Père de renouer la relation avec l’humanité, relation rompue par le péché de l’homme.’’ Africae Munus n° 19-20. Oui, il nous faut désormais un cœur nouveau et un esprit nouveau.

Chant : Donne nous Seigneur, un cœur nouveau ! Mets-en nous Seigneur un esprit nouveau.

Excellences,                                                                             Frères et sœurs,  

Aujourd’hui c’est Noël et un enfant nous est né. Il est venu nous sauver ! Il nous annonce que la souffrance et le mal n’ont pas le dernier mot. Se résigner à la violence et aux injustices voudrait dire refuser la joie et l’espérance de Noël. Que Noël soit pour tous l’occasion de redécouvrir ce que Jésus nous apporte comme biens les plus précieux : amour, dialogue, pardon, solidarité fraternelle et joie partagée, source de paix pour toute l’humanité. Aujourd’hui c’est Noël !

Bon Noël à tous !

Bonne fête à tous ceux qui se prénomment Noël et Emmanuel

+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ, Archevêque Métropolitain d’Abidjan