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HOMELIE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ ARCHEVEQUE D’ABIDJAN A L’OCCASION DE LA FETE DE PAQUES dimanche 21 Avril 2019

Paroisse Cathédrale Saint Paul du Plateau
Abidjan, dimanche 21 Avril 2019

Révérends Pères,
Révérendes sœurs,
Chers frères et sœurs en Christ.

 

Hier c’était vendredi ; un vendredi pas comme les autres ; un vendredi qui a imposé un silence lourd et pesant au monde ! Silence de Dieu qui semblait avoir abandonné son Fils Unique entre les mains des hommes! Silence intérieur pour entendre la voix de Dieu nous éveiller à la vraie vie ! Silence de la prise de conscience des disciples face à leurs propres réactions durant les heures cruciales de la vie du Seigneur : devant l’injustice qui a condamné leur Maître, ils ont fait silence ; devant les calomnies et les faux témoignages subis par leur Maître, les disciples se sont tus. Durant les heures difficiles et douloureuses de la Passion, ils ont fait l’expérience de manière dramatique de leur incapacité à prendre un risque et à parler en faveur du Maître : ils l’ont renié, ils se sont cachés, ils ont fui, ils sont restés muets.

 

 

Ce silence d’hier, c’est celui du disciple d’aujourd’hui, transi et paralysé sans savoir où aller face à tant de situations douloureuses qui l’oppriment et l’entourent. C’est le silence du disciple sans voix devant une réalité qui s’impose à lui, lui faisant sentir et croire que l’on ne peut rien faire pour vaincre tant d’injustices que nombre de nos frères vivent dans leur chair. Ce disciple d’aujourd’hui, n’est-ce pas le disciple étourdi parce qu’immergé dans une routine accablante qui le prive de la mémoire, qui fait taire l’espérance et naître l’habitude qui s’accommode du fameux  “on a toujours fait ainsi”.

 

Ce disciple sans voix et enténébré, n’est-ce pas celui qui a fini par s’habituer et par considérer comme normaux les propos de Caïphe : « Vous ne voyez pas quel est votre intérêt : il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas » (Jn 11, 50). Disciple intéressé qui se résigne à toute forme de lutte pour que la lumière de l’évangile éclaire sa conduite et guide le monde, ce monde pour lequel il est justement appelé à être à la suite du Christ ressuscité, sel et lumière ? Faudra-t-il désespérer de lui ?

 

Mais voilà qu’au milieu de nos silences, alors que nous nous taisons de manière si accablante, ce sont des pierres, à commencer par celle du tombeau qui commencent à crier (cf. Lc 19, 40) et à laisser la place à la plus grande annonce que l’histoire ait jamais pu contenir dans son sein : « Il n’est pas ici, car Il est ressuscité » (Mt 28, 6). La pierre du tombeau a crié et par son cri, elle a annoncé à tous un nouveau chemin. Cette pierre a été la première à se faire l’écho du triomphe de la Vie sur toutes les réalités qui chercheront à faire taire et à museler la joie de l’Evangile! Cette pierre du tombeau a été à sa manière, la première à entonner un chant de louange et d’enthousiasme, de joie et d’espérance auquel nous sommes tous invités à prendre part.

 

Dès lors, nous comprenons mieux l’annonce de la Pâques qui a retenti dans la nuit d’hier dans toutes nos églises et lieux de culte comme pour nous dire que la mort a trouvé son Maître et que la Lumière du Christ brillera toujours nonobstant les forces des ténèbres! Oui, qu’éclate dans le ciel la joie des anges ! Qu’éclate de partout la joie du monde ! Qu’éclate dans l’Eglise la joie des fils de Dieu ! Oui, La lumière éclaire l’Eglise, La lumière éclaire la terre, car voici pour tous les temps l’unique Pâque, pour Israël le grand passage, la longue marche vers la terre de liberté ! Et dans la nuit le peuple s’avance, libre, vainqueur ! Oui, voici maintenant la Victoire, voici pour Israël le grand passage, voici la longue marche vers la terre de liberté ! Dans la nuit un peuple s’avance, libre, vainqueur !

 

Le monde peut à nouveau ressentir la présence mais surtout l’Amour infini de notre Père, suprême témoignage de tendresse, Lui qui a livré son Fils pour sauver tous ses enfants ! Cette victoire du Christ, c’est celle qui rassemble ciel et terre, victoire qui remet le fils au Père, victoire pour l’Eglise et pour tous ses enfants, afin que brille à tout jamais cette lumière, que brille dans nos cœurs la joie du Père, que brille dans l’Eglise la joie des fils de Dieu car finalement, cette nuit s’est avérée si riche de clarté, une nuit d’amour!

 

A raison, nous pouvons chanter : ‘‘Victoire, victoire, victoire, Christ est sorti vivant du tombeau ! Il est vivant, comme Il nous l’a promis

 

1-  Lorsque nous ne vivons pas comme des enfants de Dieu, nous nous comportons souvent d’une manière destructive.

 

Révérends Pères,
Frères et sœurs,

 

Mais que peut valoir cette victoire du Christ aujourd’hui encore, victoire qui brise les barrières, ouvre sur des perspectives nouvelles, annonce la joie et apporte la Lumière au monde, si les chrétiens que nous sommes refusons de prendre notre part dans l’annonce de l’Evangile-Bonne-Nouvelle, alors que tout autour de nous, les murs de méfiance et de défiance, de médisance et de replis de chacun sur soi, s’élèvent haut comme de véritables forteresses, des tours de garde aux barbelés aussi impressionnants que dissuasifs, accentuant le fossé entre des êtres qui sont censés être des frères et pour qui le Christ a donné sa vie?

 

Dans la première lecture tirée du livre des Actes des Apôtres, on peut remarquer que tous les discours de Pierre après la Pentecôte, tels que les rapportent les Actes des Apôtres, sont centrés sur l’évènement qui a bouleversé sa vie et entièrement changé sa vision de Dieu et son œuvre de salut : la Passion et la Résurrection de Jésus ! Pour lui désormais, la Bonne Nouvelle du salut s’adresse à tous, et, en s’ouvrant à la foi, Corneille, le centurion romain deviendra membre à part entière du véritable peuple de Dieu, l’Eglise !

 

Il s’agit pour nous désormais de vivre avec les autres comme des enfants de Dieu et de comprendre notre intérêt à vivre ainsi. Comme le dit si bien le Pape François, ‘‘ lorsque nous ne vivons pas comme des enfants de Dieu, nous nous comportons souvent d’une manière destructive envers nos voisins – et envers nous-mêmes aussi – puisque nous commençons à penser plus ou moins consciemment que nous pouvons les utiliser comme nous voulons. L’Intempérance prend alors le dessus : nous commençons à vivre une vie qui dépasse les limites imposées par notre condition humaine et la nature elle-même. Nous cédons à ces désirs débridés que le Livre de la Sagesse considère comme typiques des impies, ceux qui agissent sans penser à Dieu ni espérer en l’avenir (cf. 2:1-11). A moins de tendre constamment vers Pâques, vers l’horizon de la Résurrection, la mentalité exprimée dans les slogans « je veux tout et je le veux maintenant » et « Trop n’est jamais assez », prend le dessus.’’

 

2- Lutter contre l’esprit du mal, contre le péché, c’est apprendre à changer notre attitude

 

Frères et sœurs,

 

Il y’a nécessité et urgence pour nous chrétiens que la résurrection du Christ impulse un nouvel élan à notre manière d’agir. Cette nouvelle manière d’agir, c’est celle que Saint Paul décrit dans la deuxième lecture de ce jour dans laquelle il présente tous les chrétiens saisis dans un grand courant de vie et qui débouche sur Jésus ! Pour lui, les chrétiens sont tendus vers l’achèvement final et doivent vivre soulevés par la grâce. Agissant ainsi, ils échappent aux pesanteurs du monde du péché : ils ne sont plus de la terre mais d’en haut et un jour, la vie qui s’affirme déjà en eux sera pleinement manifestée.

 

A propos de la vie qui sera pleinement manifestée, vous vous souvenez certainement de la prière d’ouverture du début du carême qui disait : ‘‘accorde-nous, Seigneur, de savoir commencer saintement, par une journée de jeûne, notre entrainement au combat spirituel ; que nos privations nous rendent plus forts pour lutter contre l’esprit du mal.’’ Ainsi donc, avec la résurrection du Christ, voici maintenant venu le temps du combat spirituel, un combat contre le péché sous toutes ses formes, un combat que nous devons mener dans le sillage du Christ ressuscité.

 

Lutter contre l’esprit du mal, contre le péché, c’est apprendre à changer notre attitude envers les autres; c’est nous détourner de la tentation de tout « dévorer » pour satisfaire notre voracité et être prêts à souffrir par amour pour Jésus qui seul peut remplir le vide de notre cœur. Il s’agit pour nous d’être meilleurs, sinon, de répondre à la mission que nous confère notre statut de chrétiens, ceux pour qui finalement le Christ obtient la victoire sur le mal et sur la mort.

 

Durant ce temps de carême, la prière devrait nous enseigner à abandonner l’idolâtrie et l’autosuffisance de notre ego, et à reconnaître comme unique nécessaire, Jésus et sa miséricorde. En a-t-il été ainsi pour chacun de nous ? Ensuite, l’aumône devrait prendre toute sa place, cette aumône par laquelle nous échappons à la folie d’accumuler tout pour nous, dans l’illusion de croire que nous pouvons nous assurer un avenir qui ne nous appartient pas. Avons-nous échappé à la folie de l’accumulation ? Ainsi, à Pâques, nous devons pouvoir redécouvrir la joie du dessein de Dieu pour chacun de nous, joie qui consiste à l’aimer, Lui, à  travers nos frères et sœurs, et de trouver dans cet amour notre vrai bonheur. Voici les défis de la joie de Pâques.

 

3- Célébrer Pâques signifie croire de nouveau que Dieu fait irruption et ne cesse de faire irruption dans nos histoires

 

Frères et sœurs,

 

Tout à l’heure, au moment de la bénédiction finale, nous nous entendrons dire qu’ils sont finis les jours de la passion et nous serons invités à suivre les pas du Ressuscité, à le suivre désormais jusqu’à son Royaume où nous posséderons enfin la joie parfaite. Cela ne saurait être pour nous un vœu pieu ! Nous devons nous engager, au nom du Christ ressuscité, à faire en sorte que les chemins de nos concitoyens ne se transforment pas en impasse, en chemins de croix qui débouchent sur une douloureuse passion !

Pour voir Jésus, pour l’offrir aux autres, il nous faut nous mettre en route vers nos frères et sœurs car c’est au cours du voyage que le chemin du Seigneur rencontre les nôtres. Disons non au sédentarisme de notre confort personnel et individuel car  le Christ est mort pour que nous ayons la vie en abondance et que nous possédions la joie parfaite. Cette joie parfaite, c’est celle qui se conjugue avec amour et vérité, partage et solidarité.

 

Comme dit le Pape François : ‘‘célébrer Pâques signifie croire de nouveau que Dieu fait irruption et ne cesse de faire irruption dans nos histoires, défiant nos déterminismes uniformisants et paralysants. Célébrer Pâques signifie faire en sorte que Jésus soit vainqueur de cette attitude lâche qui tant de fois, nous assiège et cherche à ensevelir tout type d’espérance. La pierre du tombeau a fait sa part, les femmes ont fait leur part, maintenant l’invitation est adressée encore une fois à vous et à moi : invitation à rompre avec les habitudes répétitives, à renouveler notre vie, nos choix et notre existence. Une invitation qui nous est adressée là où nous nous trouvons, dans ce que nous faisons et ce que nous sommes ; avec la “part de pouvoir” que nous avons. Voulons-nous participer à cette annonce de vie ou resterons-nous muets devant les événements ?

 

        Frères et sœurs,

 

Comme l’an dernier, je prie pour que la victoire du Christ éclaire les tombeaux de nos vies ; qu’elle illumine de sa lumière les ténèbres de nos cœurs ; qu’elle brille sur notre pays la Côte d’Ivoire et ses habitants en dégelant les cœurs haineux, suffisants et méprisants ! Je prie pour que cette victoire nous mette en route sur les chemins qui mènent à la vie, comme ce fut le cas de Marie Madeleine et de tous les disciples qui, convaincus que la mort a désormais trouvé son Maître, témoignent de leur foi en Jésus ! Je prie enfin pour que cette victoire qui nous est acquise par la résurrection de Jésus rejoigne chaque ivoirien, où qu’il soit, quoi qu’il fasse, sans aucune distinction et qu’elle réconforte ceux qui sont dans la peine !

 

Avec le Christ ressuscité, tout est désormais dans l’ordre du possible ! Qu’il nous fasse la grâce chaque jour de mourir un peu plus à nous-mêmes pour devenir des porteurs d’espérance et de vie aujourd’hui, demain et dans les siècles sans fin. AMEN !

 

 Bonne fête à tous ainsi qu’à ceux et à toutes celles qui se prénomment Pascal ou Pascaline !

 

 

+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ
Archevêque d’Abidjan