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  • MESSAGE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ A L’OCCASION DE LA RENTREE PASTORALE 2019-2020 THEME DE L’ANNEE : ‘‘POUR VIVRE EN COMMUNION, FAITES AUX AUTRES, CE QUE VOUS VOULEZ QU’ILS FASSENT POUR VOUS’’ Cf. Mt.7, 12

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  • AFFECTATIONS DES PRETRES ANNEE PASTORALE 2019 – 2020

MESSAGE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ A L’OCCASION DE LA RENTREE PASTORALE 2019-2020 THEME DE L’ANNEE : ‘‘POUR VIVRE EN COMMUNION, FAITES AUX AUTRES, CE QUE VOUS VOULEZ QU’ILS FASSENT POUR VOUS’’ Cf. Mt.7, 12

Abidjan, samedi 12 octobre 2019

 

Aux prêtres,
Aux religieux et religieuses,
Aux agents pastoraux,
Aux fidèles laïcs du Christ,
Aux hommes et aux femmes de bonne volonté,

Le Concile Vatican II, dans sa Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps, parlant des aspirations de plus en plus universelles du genre humain affirme ceci : ‘‘…la conviction grandit que le genre humain peut et doit non seulement renforcer sans cesse sa maîtrise sur la création, mais qu’il peut et doit en outre instituer un ordre politique, social et économique qui soit toujours plus au service de l’homme, et qui permette à chacun, à chaque groupe, d’affirmer sa dignité propre et de la développer….

 

Les personnes et les groupes ont soif d’une vie pleine et libre, d’une vie digne de l’homme, qui mette à leur propre service toutes les immenses possibilités que leur offre le monde actuel… D’où les âpres revendications d’un grand nombre qui, prenant nettement conscience des injustices et de l’inégalité de la distribution des biens, s’estiment lésés.’’ GS 9, §1-3

       Instituer un ordre politique, social et économique qui soit toujours plus au service de l’homme, mettre au service de tous les hommes toutes les immenses possibilités que leur offre le monde afin de leur permettre de mener une vie pleine et libre, une vie digne, c’est uniquement de cette manière à mon sens, que nous parviendrons à juguler les problèmes liés à l’inégalité de la distribution des biens ainsi que les fractures sociales qui peuvent naître de ces inégalités.

       En effet, la croissante domination de l’homme sur la nature, la multiplication et l’intensification des relations et de la dépendance mutuelle entre les citoyens et les nations, l’interventionnisme du pouvoir politique, peuvent provoquer des déséquilibres de plus en plus graves quant à la redistribution des richesses qu’une nation peut produire. Dès lors, il nous faut prendre conscience qu’il est légitime pour tout groupe, pour tout homme de pouvoir répondre à son aspiration profonde qui consiste à mener une vie digne et cela n’est possible que si les hommes, tous sans exception, ont accès à tout ce dont ils ont besoin, à toutes les immenses possibilités que leur offre le monde actuel. C’est cela le bien commun.

Relativement à la promotion du bien commun, le même Concile Vatican II,  poursuit en ces termes : ‘‘ parce que les liens humains s’intensifient et s’étendent peu à peu à l’univers entier, le bien commun, c’est-à-dire cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée, prend aujourd’hui une extension de plus en plus universelle ...

Tout groupe doit tenir compte des besoins et des légitimes aspirations des autres groupes, et plus encore du bien commun de l’ensemble de la famille humaine… Il faut donc rendre accessible à l’homme tout ce dont il a besoin pour mener une vie vraiment humaine…’’ GS 26, §1-2

Durant deux années pastorales, j’ai émis le souhait qu’ensemble nous puissions édifier un monde qui soit vraiment plus humain pour tous et en tout lieu, particulièrement dans notre pays la Côte d’Ivoire, d’où le thème : ‘‘avec l’Esprit Saint, vivons de partage et de solidarité’’. Aux cours de ces années, la conviction qui m’habitait s’est davantage renforcée de ce que le partage et la solidarité pouvaient participer de cette aspiration de tout homme à une vie meilleure, à une vie véritablement humaine, pour reprendre les mots du Saint Concile.

Aujourd’hui encore, je garde la certitude que ‘‘être affranchis de la misère, trouver plus sûrement leur subsistance, la santé, un emploi stable; participer davantage aux responsabilités, hors de toute oppression, à l'abri de situations qui offensent leur dignité d'hommes; être plus instruits; en un mot, faire, connaître, et avoir plus, pour être plus: telle est l'aspiration des hommes d'aujourd'hui, alors qu'un grand nombre d'entre eux sont condamnés à vivre dans des conditions qui rendent illusoire ce désir légitime.’’ Populorum Progressio 1 § 6

En effet, il nous faut croire que le développement auquel nous aspirons tous, ne se réduit pas à la simple croissance économique. ‘‘Pour être authentique, il doit être intégral, c'est-à-dire promouvoir tout homme et tout l'homme… [en refusant] de séparer l'économique de l'humain, le développement des civilisations où il s'inscrit. Ce qui compte pour nous, c'est l'homme, chaque homme, chaque groupement d'hommes, jusqu'à l'humanité tout entière" Populorum Progressio 2 § 14

Cela est un défi, mais un défi que nous pouvons, que nous devons relever tous ensemble !

Ainsi et comme l’affirmait le Saint Pape Paul VI dans sa Lettre encyclique Populorum Progressio, ‘‘le développement des peuples, tout particulièrement de ceux qui s'efforcent d'échapper à la faim, à la misère, aux maladies endémiques, à l'ignorance; [ceux] qui cherchent une participation plus large aux fruits de la civilisation, une mise en valeur plus active de leurs qualités humaines; [ceux] qui s'orientent avec décision vers leur plein épanouissement, est considéré avec attention par l'Eglise.’’ Populorum Progressio Introduction § 1

C’est au nom de cette attention de l’Eglise pour le monde que je voudrais faire avec vous un état des lieux qui nous  permettra de mieux appréhender l’action qui sera la nôtre durant l’année pastorale qui s’ouvre aujourd’hui pour nous.

 

I-                  Bref état des lieux

Il me plaît ici de citer l’exhortation Apostolique Ecclesia in Africa du Saint Pape Jean Paul II : ‘‘…Pour ma part, je souhaite que l'Église continue patiemment et inlassablement son œuvre de bon Samaritain; en effet, dans une longue période, des régimes aujourd'hui disparus ont fortement éprouvé les Africains et affaibli leurs capacités de réaction: l'homme blessé doit retrouver toutes les ressources de son humanité. Les fils et les filles d'Afrique ont besoin de présence compréhensive et de sollicitude pastorale. Il faut les aider à rassembler leurs énergies pour le bien commun.’’ Ecclesia in Africa 41

Rassembler nos énergies pour le bien commun mais également faire en sorte que chaque habitant de ce continent et partant de notre pays puisse non seulement jouir des biens de la communauté nationale mais aussi mener une vie calme, paisible et digne, tel est le combat qui vaut la peine d’être mené. C’est aussi cela le combat du Christ pour notre humanité quand il affirme : ‘‘Moi, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance’’ Jn. 10, 10

Le constat fait hier par les Pères lors du premier synode, continue aujourd’hui encore d’être d’actualité : ‘‘dans un continent saturé de mauvaises nouvelles, comment le message chrétien est-il "Bonne Nouvelle" pour notre peuple ? Au milieu d'un désespoir qui envahit tout, où sont l'espérance et l'optimisme qu'apporte l'Évangile ? L'évangélisation promeut nombre de ces valeurs essentielles qui font tellement défaut à notre continent: espérance, paix, joie, harmonie, amour et unité’’ Ecclesia in Africa 40

Si le constat est alarmant, il n’est pas pour autant désespérant. En effet et comme le souligne le Pape Jean Paul II dans la même exhortation, ‘‘les « vents de changement » soufflent fortement dans beaucoup de lieux du continent, le peuple demandant avec toujours plus d'insistance la reconnaissance et la promotion des droits et des libertés de l'homme. À cet égard je note avec satisfaction que l'Église en Afrique, conformément à sa vocation, se situe résolument du côté des opprimés, des peuples sans voix et marginalisés. Je l'encourage fermement à continuer à porter ce témoignage. L'option préférentielle pour les pauvres est une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l'Église. [...] L'intérêt actif pour les pauvres - qui sont, selon la formule si expressive, les pauvres du Seigneur - doit se traduire, à tous les niveaux, en actes concrets afin de parvenir avec fermeté à une série de réformes nécessaires.’’ Ecclesia in Africa 44

Cette option préférentielle pour les pauvres, c’est celle que nous décrit d’une certaine manière le Pape émérite Benoit XVI dans l’Exhortation apostolique Africae Munus lorsque commentant l’enseignement de Jésus à la piscine de Bethesda, il affirme que ‘‘ l’accueil de Jésus offre à l’Afrique une guérison plus efficace et plus profonde que toute autre. Comme l’apôtre Pierre l’a déclaré dans les Actes des Apôtres (3, 6), je redis que ce n’est ni d’or, ni d’argent que l’Afrique a d’abord besoin ; elle désire se mettre debout comme l’homme de la piscine de Bethesda ; elle désire avoir confiance en elle-même, en sa dignité de peuple aimé par son Dieu. C’est donc cette rencontre avec Jésus que l’Église doit offrir aux cœurs meurtris et blessés, en mal de réconciliation et de paix, assoiffés de justice. Nous devons offrir et annoncer la Parole du Christ qui guérit, libère et réconcilie.’’Africae Munus 3 § 149

Cette parole du Christ qui guérit, libère et réconcilie, est celle qui a besoin d’être davantage enracinée dans le cœur de nos fidèles, que je considère à raison comme le levain à même de faire lever la pâte d’un nouveau style de vie chez nous en Côte d’Ivoire. Ce nouveau style de vie, cette nouvelle manière de vivre avec les autres, est une urgence si nous scrutons bien ce qu’est devenu le vivre ensemble dans notre pays.

Depuis quelques années, et je l’ai déjà affirmé, en Côte d’Ivoire, on appartient avant tout à l’ethnie du lieu. La localisation est devenue importante. Même si, dans le cosmopolitisme des villes, les populations vivent ensemble, sans grandes difficultés apparentes, on désigne volontiers les personnes par leur ethnie. Qu’est-ce qu’il est ? Cela veut dire : de quelle région vient-il ? Quand on cherche quelqu’un, c’est presque toujours par son identité ethnique ou nationale qu’on vous l’indique. Nous avions déjà à cette époque, un signe annonciateur des difficultés que nous rencontrons aujourd’hui.

Toujours à propos de l’état des lieux, je voudrais rappeler à votre souvenir, les propos que j’ai tenus lors de la messe pour la paix en décembre dernier, propos où j’avais souligné des faits qu’il me plaît de reprendre ici encore :

-      Il se dit de plus en plus en Côte d’Ivoire que les grands marchés de l’Etat sont passés de gré à gré et que ce sont toujours les mêmes personnes qui en tirent profit. Si cela est avéré, ne se trouvent-ils pas en Côte d’Ivoire, d’autres compétences à même de réaliser ces marchés ? Le clientélisme, le favoritisme, la corruption sont de bien vilains défauts dont nous devons nous délaisser si nous voulons une Côte d’Ivoire vraiment une et prospère et cela ne saurait se faire en se passant de compétences avérées !

 

-      L’actualité récente de notre pays a été marquée par les élections locales et générales que nous avons tous suivi avec un certain intérêt pour la simple raison qu’elles nous apparaissaient comme un ballon d’essai pour les élections de 2020. Sans être pessimiste ou alarmiste encore une fois, ce qui nous a été donné de voir n’augure pas des lendemains calmes et sereins. Faudra-t-il qu’avant ces échéances importantes pour la vie de notre nation, nous exigions des politiques une charte de bonne conduite ? Nous n’avons qu’un seul pays, la Côte d’Ivoire ! Notre devise, ne nous invite-elle pas à l’Union ? Est-ce pour nous une simple vue de l’esprit, un slogan vide et creux, un vœu pieux ?

 

-      Comme je le disais dans mon message de Noël pour cette année, si l’horizon 2020 nous interroge tous, un regard rétrospectif sur notre vivre ensemble ainsi que les dernières élections d’octobre et de décembre 2018, nous commandent de renouer au nom de Dieu avec cette sagesse qui a fait le bonheur et la joie de vivre sur cette terre de Côte d’Ivoire. Rappelons-nous que la crise postélectorale a semé désarroi et désolation. Elle a meurtri le cœur des hommes et éprouvé la foi des croyants. A tous, elle a imposé chagrin et fardeau et mis à mal ce goût d’éternité que Dieu nous propose à tous en nous donnant son Fils ! (Voir message pour la messe de la paix 2018)

 

Les problèmes qui sont les nôtres touchent également à notre écosystème et le Pape émérite Benoit XVI ne croit pas si bien dire quand il affirme que ‘‘des hommes et des femmes d’affaires, des gouvernements, des groupes économiques s’engagent dans des programmes d’exploitation, qui polluent l’environnement et causent une désertification sans précédent. De graves atteintes sont portées à la nature et aux forêts, à la flore et à la faune, et d’innombrables espèces risquent de disparaître à tout jamais. Tout cela menace l’écosystème tout entier et, par conséquence la survie de l’humanité.’’ Africae Munus 2 § 80

C’est volontairement que je passe sous silence le phénomène des enfants en conflits avec la Loi comme on les appelle ici chez nous. Je ne voudrais pas citer non plus les récentes attaques perpétrées contre des postes de polices et autres commissariats qui ne sont pas sans nous rappeler un passé récent mais douloureux ! 

À dessein, je passe encore sous silence les bruits de bottes dont la teneur n’est pas du tout rassurante. Que dire de nos écoles et universités publiques toujours sous la menace de grèves ; et notre système sanitaire, que devient-il ? Puis-je me permettre de souligner en passant, la dérive de notre jeunesse, espoir de demain ? Serait-ce exagéré de dire que le pays inquiète sur le plan social à l’orée de l’année 2020 qui semble toujours cristalliser nos regards ?

Comme vous le savez certainement, ‘‘…tout programme fait pour augmenter la production, n'a en définitive de raison d'être qu'au service de la personne. Il est là pour réduire les inégalités, combattre les discriminations, libérer l'homme de ses servitudes, le rendre capable d'être lui-même l'agent responsable de son mieux-être matériel, de son progrès moral et de son épanouissement spirituel. Dire: développement, c'est en effet se soucier autant de progrès social que de croissance économique.

Il ne suffit pas d'accroître la richesse commune pour qu'elle se répartisse équitablement. Il ne suffit pas de promouvoir la technique pour que la terre soit plus humaine à habiter. Les erreurs de ceux qui les ont devancés doivent avertir ceux qui sont sur la voie du développement, des périls à éviter en ce domaine.

La technocratie de demain peut engendrer des maux non moins redoutables que le libéralisme d'hier. Économie et technique n'ont de sens que par l'homme qu'elles doivent servir. Et l'homme n'est vraiment homme que dans la mesure où, maître de ses actions et juge de leur valeur, il est lui-même auteur de son progrès, en conformité avec la nature que lui a donnée son Créateur et dont il assume librement les possibilités et les exigences. Populorum Progressio 1 § 34

Etre soi-même auteur de son progrès est une grande responsabilité qui invite à prendre conscience que l’homme ne vit pas seul mais en société. Ce vécu en société induit indubitablement des droits et des devoirs pour tous selon les lois dont nos Etats-nations se sont dotés librement. Comme vous le savez certainement, L’Eglise, a de tout temps fourni une contribution importante, et même décisive, par son engagement en faveur de la défense et de la promotion des droits de l'homme : dans des milieux fortement imprégnés d'idéologie, où les prises de position radicales obscurcissaient le sens commun de la dignité humaine, l'Eglise a affirmé avec simplicité et énergie que tout homme, quelles que soient ses convictions personnelles, porte en lui l'image de Dieu et mérite donc le respect.

C’est également au nom de  l’engagement de l’Eglise en faveur de la défense et de la promotion des droits de l'homme  que je m’étais autorisé à dire lors de la clôture de l’année pastorale écoulée, qu’il s’agit pour nous de comprendre qu’avec Dieu, nous devons toujours accepter d’aller en eau profonde, de comprendre que pour vivre ensemble, il faut prendre la décision de ne faire à personne ce que nous ne voulons pas que l’on nous fasse à nous-mêmes, d’où le  choix du thème suivant pour cette année pastorale nouvelle que le Seigneur nous offre: Pour vivre en communion,  faites aux autres, ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous. Cf. Mt. 7, 12 

II- Pour vivre en communion,  faites aux autres, ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous. Cf. Mt. 7, 12

1- De la nécessité de vivre en communion à l’idée d’une Eglise-communion

La nécessité pour nous de vivre en communion se comprend bien dans la prière que le Christ a faite pour ses disciples de tous les temps : ‘‘Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi.

Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux.’’ (Jn 17, 20-26).

Que tous soient un ! C’est bien là aussi le chemin que notre Eglise en Côte d’Ivoire essaie d’emprunter depuis quelques années. En effet, notre Eglise veut être une Eglise-communion autonome, au service de tous. Mais l’Eglise-communion au service de tous ne peut être indifférente de ce qui se vit à l’intérieur de la société à laquelle elle appartient !

En effet, dans la prière que le Christ adresse à Dieu son Père, on voit bien que c’est l’union entre les croyants qui donne à comprendre le Mystère d’amour et de communion mutuelle entre le Père et le Fils. Ainsi, Dieu se fait connaître à celui qui le cherche et Il lui montre parfaitement son amour. Par ailleurs, lorsque nous lisons ce passage, nous le comprenons comme une prière que Jésus adresse à son Père pour l’unité de tous ses fidèles car Lui seul, le Père, pourra faire advenir cette unité nécessaire à la foi en Jésus.

Remarquons ici que c’est Dieu le Père qui est interpellé dans l’activation de son projet sur l’homme. Nous pourrions également comprendre que le Fils demande à son Père de permettre que ses disciples soient un, donnant ainsi à l’homme, la capacité d’œuvrer à être un avec ses autres frères, disciples du Fils. En somme, l’unité des disciples est pour Jésus, le seul facteur pour que le monde croie en lui. Si le monde croit et confesse que le Christ est le seul Sauveur, envoyé par le Père, alors il sera sauvé (cf. Rm 10, 10).

Selon la vison de la Conférence des Evêques catholiques de Côte d’Ivoire, l’Eglise communion autonome, au service de tous ne sera ce qu’elle est que par une solidarité vécue au concret. Pendant des années les Evêques ont réfléchi à la concrétisation de cette solidarité, une solidarité sans comparaison, une solidarité qui ne peut se réaliser sans renoncement et sans sacrifice, une solidarité, signe d’une vraie vie d’Eglise dont les membres n’ont qu’un seul cœur et qu’une seule âme (cf. Ac 2-4).

Vous réalisez qu’une telle solidarité ne peut se vivre sans l’engagement généreux d’un laïcat dévoué, sans calcul au service de l’Eglise. C’est l’heure de prendre conscience que l’Eglise-communion autonome, au service de tous, c’est vous, c’est nous tous et que sans la conjugaison de nos efforts, l’Eglise ne pourra jamais atteindre ses objectifs de solidarité concrète.

L’Eglise-communion autonome, au service de tous, non seulement a pour obligation d’organiser la solidarité en son sein, mais elle est encore tenue d’occuper sa place dans la participation à la construction d’une société pacifiée où il fait bon vivre. Cela ne peut se faire sans une réflexion sur sa place et son rôle qui débouche sur une parole et une action.

       Vivant dans un contexte donné, où une certaine effervescence se vit autour des grandes questions de la réconciliation, de la sécurité, des élections démocratiques, les réflexions de l’Eglise-communion autonome, au service de tous, ne peuvent faire la politique de l’autruche, ignorant les problèmes dans lesquels elle évolue avec ses membres. C’est pourquoi, notre Eglise sera toujours présente là où se joue l’avenir de nos populations dans l’intérêt de tous, sans parti pris, sinon celui de la vérité évangélique.

        Entre un mutisme complice et une parole subversive, destructrice, l’Eglise doit se positionner. Comme nous le devinons, sa position ne saurait s’accommoder d’un discours partisan ; sa position ne peut que s’inspirer de l’Evangile qui indique la parole nécessaire, opportune, bonne et constructive, pour reprendre les mots de l’Apôtre des Nations (cf. Ep 4, 29).

       Finalement, l’Eglise ne saurait se dérober à un tel engagement au service de la société, dans la mesure où le Magistère est plus que clair à ce sujet. L’Eglise, dans la constitution pastorale Gaudium et Spes du Concile Vatican 2, est présentée comme le signe de la fraternité qui rend possible le dialogue entre les hommes malgré leurs diversités (cf. GS 92 §1).

Un des chemins pour vivre cette communion et pour parvenir au bonheur, c’est justement, de ne faire à personne ce que nous ne voudrons pas qu’il nous fasse ou mieux, de faire aux autres ce que nous voulons qu’ils fassent pour nous.

2- Faites aux autres, ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous!

L’évangile selon Saint Matthieu qui a inspiré le thème de notre année pastorale présente la particularité d’avoir regroupé une importante partie de l’enseignement de Jésus en cinq grands discours. Le sermon sur la montagne qui s’étend du chapitre cinq au chapitre sept, décrit la véritable fidélité attendue des nouveaux citoyens du Royaume des cieux. Il est intéressant de constater que ce chapitre cinq débute par les béatitudes, comprises ici comme chemin du vrai bonheur.

Notre époque veut le bonheur et elle le souhaite même bien des fois, ici et maintenant. Pas question alors de se résigner; et quelques fois tous les moyens semblent bons pour y arriver. Mais comme le bonheur n’est pas à portée de main, certains se sentent parfois frustrés. Que faut-il faire alors pour être heureux sur cette terre?

Dans l’Ancien Testament, Dieu avait semblé dans un premier temps donner au peuple juif la bonne réponse: ‘‘… mettez en pratique ses lois et ses commandements, que je vous communique aujourd’hui. Vous, et vos descendants par la suite, vous y trouverez le bonheur, et vous vivrez ainsi longtemps dans le pays que le Seigneur votre Dieu vous donne pour toujours.’’ (Cf. Dt. 4, 32- 40).

Comme on peut le constater dans cet extrait du livre du Deutéronome, il est rappelé ici la vocation unique et privilégiée d’Israël. Le peuple ne doit pas son statut à ses mérites mais bien à l’initiative absolument gratuite de Dieu. C’est par amour que Dieu intervient dans l’histoire de son peuple pour le délivrer. En retour, la réponse du peuple était la mise en pratique de ses lois.

Cette correspondance avec la volonté de Dieu est source de bonheur. Et tout semblait se dérouler ainsi : quand le peuple était fidèle, ses ennemis étaient vaincus, et les cultures luxuriantes ! Au contraire, quand le peuple pactisait, par exemple avec les cultes païens, Dieu l’abandonnait jusqu’au jour où un prophète venait lui rappeler les exigences de l’Alliance et remettait le peuple sur le droit chemin.

Plus tard, l’histoire va nous révéler avec le livre de Job, comment un homme juste comme il l’était, pouvait être écrasé par les pires malheurs. C’est alors que les juifs, voyant que l’Alliance ne garantissait plus le bonheur, se sont dit que la Parole de Dieu ne peut être que vraie, donc doit se réaliser au-delà de la mort, dans la vie éternelle. En effet, avec la venue de Jésus Christ, tous les biens sont virtuellement donnés, et le bonheur trouve en Lui, à la fois son idéal et son accomplissement, car Il est Lui-même le Royaume présent et Il donne à ses fidèles le bonheur suprême !

Quand on relit le texte des béatitudes, il faut garder en mémoire que Jésus a passé une grande partie de son temps à consoler, à guérir, à encourager les hommes et les femmes qu’il rencontrait. Et si Jésus a passé du temps à guérir ses contemporains, cela ne peut-il pas signifier que toute souffrance et en particulier, la maladie et l’infirmité sont à combattre ?

En effet, il ne faut certainement pas lire ‘‘heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés’’ comme si c’était une chance de pleurer ! Ceux qui, aujourd’hui encore pleurent de douleur ou de chagrin ne peuvent pas considérer cela comme un bonheur à moins que ce ne soient des larmes de repentir ! Par ailleurs, il est bon de noter que le discours des béatitudes s’adresse à des juifs : tout ce qu’il leur dit, ils le savent déjà car c’est la prédication habituelle des Prophètes.

Finalement, les béatitudes sont et doivent être comprises comme les multiples chemins du Royaume. Ainsi, les pauvres, les doux, les affligés, les affamés et les assoiffés de justice, les compatissants et les cœurs purs, les artisans de paix et les persécutés, toutes ces situations qui ne correspondent guère à l’idée que le monde se fait du bonheur, de même que tous ceux qui empruntent ces chemins,  sont ceux-là, selon le Christ, qui sont les mieux placés pour accueillir et construire le Royaume de Dieu. Il s’agit finalement pour nous de comprendre que l’horizon de l’existence humaine, c’est la venue du royaume de Dieu et tous les chemins d’humilité y mènent.

Si la quête du bonheur est légitime pour tout vivant et si nombre de chemins y conduisent, on ne peut que rester admiratif des personnes qui mettent toutes leurs énergies pour y parvenir. Mais à quel prix et après combien de sacrifices ? Est-il légitime de bâtir son bonheur sur la souffrance des autres ? A-t-on raisonnablement le droit d’être heureux tout seul ou seulement avec les membres de son clan ? Le bonheur à tout prix mille prix, est-il réellement un bonheur ? Est-on véritablement heureux quand on a spolié, déshérité, calomnié, dénigré, volé son frère ?

Dans le texte de l’évangile qui soutient le thème de notre année pastorale, Jésus énonce une règle capitale qui résume l’esprit de la Loi et des Prophètes. Cette règle, c’est celle qui ouvre finalement la porte de la vraie vie, du vrai bonheur : ‘‘faites aux autres, ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous.’’ Certes, cette porte est étroite parce que suivre la volonté de Dieu exige des efforts ! Mais rien n’est impossible à Dieu !

Ne pas faire aux autres ce que nous ne voulons qu’ils fassent pour nous, c’est positivement faire aux autres ce que nous voulons qu’ils fassent pour nous et cela est possible ! En effet, tous nous savons que ceux qui aspirent à une vie paisible et heureuse savent qu’un rien, un accident, une maladie peut détruire leur bonheur ! Améliorer un peu les choses et pourquoi pas grandement, cela est possible si chacun de nous comprend que son aspiration au bonheur est toute aussi légitime que celle de son frère et que par conséquent, il ne devrait pas avoir de raison à le traiter de manière à ce qu’il finisse comme un indigent !

La deuxième partie du thème de notre année pastorale commence par dire, ‘‘faites aux autres… !’’ Il y’a donc une action à mener et le principal acteur de cette action à mener, c’est soi-même, non pas dans une forme d’égoïsme, de nombrilisme qui nous fait revenir sur nous-même en ne considérant que notre ego et uniquement nos intérêts à nous ! Il s’agit de considérer profondément le bien auquel j’aspire en toute légitimité et honnêteté.

L’action ici devrait commencer par l’identification de nos besoins réels ! Si le monde est devenu un village planétaire, il convient que nous ne nous trompions pas de combat ! En effet, la publicité dans laquelle baigne notre monde actuel n’offre finalement qu’un rêve ! Elle joue et se joue des hommes, évitant de parler de la souffrance réelle !

Le phénomène des brouteurs, de l’immigration clandestine et même celui plus dramatique des djihadistes, les pots de vins et autres raccourcis que certains empruntent souvent, pour ne citer que ceux-là, sont là pour nous rappeler qu’il y’a urgence à agir face aux rêves publicitaires . Par ailleurs, ceux qui travaillent pour changer le monde et assument des responsabilités syndicales, politiques ou sociales savent toutes les limites de leurs actions!

Agir, c’est refuser de céder à notre inclination naturelle à l’ambition et à l’orgueil qui nous pousse toujours un peu plus dans le sens de l’oppression de notre prochain comme cela se vérifie dans le monde actuel. Si, en revanche, nous décidons d’accueillir le bonheur tel qu’il nous est proposé par le Christ, de le diffuser, nous pourrons changer nos cœurs et nos esprits pour poursuivre non pas la gloire humaine mais la solidarité et le partage voulus dans l’amour de Dieu.

 

Avez-vous remarqué que les premiers à recevoir une invitation pour se rendre à la crèche, au moment de l’Incarnation du Fils de Dieu, ce sont des bergers inconnus et souvent méprisés ? Pourquoi, alors qu’Il pouvait offrir à son Fils tout le luxe du monde, une chambre dans un bon hôtel ou une belle maternité, le champagne au frais, Dieu a-t-il préféré une naissance dans la plus grande indifférence malgré la foule des gens venus pour se faire recenser ? N’est-ce pas justement là une invitation à l’humilité et à la simplicité, toutes choses qui auront caractérisé le Christ toute sa vie durant ?

   

Ensuite, ‘‘faites aux autres… !’’ indique bien qui doit être l’objet de notre action. En face du monde où il ne peut aimer le règne du Mauvais, le chrétien est appelé à aimer ses frères d’un amour exigeant et concret, où se joue la loi du renoncement  et de la mort, sans laquelle il n’est pas de vraie fécondité. Par cette charité, tout croyant demeure en communion avec Dieu. Telle est la dernière prière de Jésus : ‘‘que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux’’ (Jn. 17, 26)

 

Vécu par les disciples au milieu du monde auquel ils n’appartenaient pas, cet amour fraternel est le témoignage à travers lequel le monde peut reconnaître Jésus comme l’Envoyé du Père : ‘‘A ceci, tous vous reconnaîtront comme mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres’’ Jn. 13, 35 Les chrétiens que nous sommes avons donc le devoir de faire en sorte que notre témoignage de vie soit authentique et reflète toujours davantage notre adhésion au Christ !

 

Finalement, la question reste bien celle-là : que voulez-vous que l’on fasse pour vous et que vous devrez faire pour les autres ? La question ainsi posée pourrait laisser supposer qu’il existerait des domaines réservés ! Loin s’en faut car il s’agit de notre vécu au quotidien et rien ne devrait échapper à l’action que nous sommes tous appelés à mener.

 

Ainsi donc, c’est tout ce qui peut contribuer à notre bonheur qui doit être l’objet de cette attention à laquelle nous sommes invités tout au long de cette année pastorale : depuis les situations de la vie ordinaire à celles de la vie affective, familiale, professionnelle, politique, religieuse… Il s’agit en fin de compte d’agir envers les autres avec amour, l’amour dont nous souhaiterions être l’objet. L’amour en effet ne peut se décourager : il a pour expressions le pardon sans limite, le geste spontané vers l’adversaire, la patience, le bien rendu pour le mal.

 

Dans le mariage, il s’exprimera sous la forme d’un don total de soi à l’image du sacrifice du Christ. Pour tous, c’est finalement un esclavage mutuel où l’homme renonce à lui-même avec le Christ crucifié. Et Saint Paul, dans sa 1ère lettre aux Corinthiens chapitre 13, manifeste bien la nature et la grandeur de l’amour. Sans négliger aucunement ses exigences quotidiennes, il affirme que sans la charité, rien n’a de valeur car seule la charité survivra ! Faisons en sorte qu’elle survive et triomphe de tous nos mauvais penchants !

 

III-           Appels

Il y’a dans la vie des hommes, des coïncidences heureuses; et je voudrais saisir celle de ce mois d’octobre consacré mois missionnaire extraordinaire dans l’Eglise catholique, avec pour thème, ‘‘baptisés et envoyés : l’Eglise du Christ en mission dans le monde’’. Dans la lettre qu’il a adressée a cet effet au Cardinal Fernando FILONI, Préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, le Pape François écrit ceci : ‘‘…l’activité missionnaire “représente, aujourd’hui encore le plus grand des défis pour l’Église” et “la cause missionnaire doit avoir la première place”. Que se passerait-il si nous prenions réellement au sérieux ces paroles ? Nous reconnaîtrions simplement que l’action missionnaire est le paradigme de toute tâche de l’Église.’’ Voir Lettre du Pape François à l’occasion du centenaire de la promulgation de la lettre apostolique ‘‘Maximum Illud’’

Je voudrais donc saisir cette heureuse coïncidence pour vous lancer ces appels:

1- A mes frères prêtres

Il me plait ici de citer notre saint Père le Pape François à l’occasion du mois missionnaire extraordinaire dans lequel nous sommes: ‘‘…J’espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont. Ce n’est pas d’une “simple administration” dont nous avons besoin. Constituons-nous dans toutes les régions de la terre en un “état permanent de mission”.

Ne craignons pas d’entreprendre, avec confiance en Dieu et beaucoup de courage, un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale devienne un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation.’’ Lettre du Pape François à l’occasion du centenaire de la promulgation de la lettre apostolique ‘‘Maximum Illud’’

       L’état permanent de mission auquel nous sommes invités par le pape est celui qui doit vous trouver assez imaginatifs pour faire en sorte que le thème de notre année pastorale soit bien vécu dans nos communautés paroissiales, et par nous-mêmes, et par nos fidèles. Vous êtes des acteurs importants dans le déroulé de ce thème dont vous-mêmes devrez  saisir toute la portée.

        A cet effet, j’accueillerai avec bienveillance toutes les initiatives pastorales qui viseraient un meilleur vécu de ce thème. Je vous exhorte à être pour vos fidèles, les premiers à vivre de ce thème. Trop de reproches nous sont faits quant à notre ponctualité, à notre façon d’accueillir nos fidèles, à nos célébrations qui sont tout sauf priantes et recueillies !

L’invitation que je vous avais faite que chacun de nous  veille sur la vie et le ministère de son confrère, je la réitère encore cette année : les aînés dans le sacerdoce, les vicaires généraux, épiscopaux et les curés doyens, veilleront à ce que s’installent entre nous, de vraies relations de fraternité, de solidarité et de partage. Peut-être, faudra-t-il instaurer un cadre de réflexion et d’accompagnement générationnel et qui consisterait à se retrouver en promotion pour nous parler régulièrement ? 

L’invitation à faire aux autres ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous doit trouver chez vous un écho particulier. J’insiste pour dire que les médisances, les calomnies, les ambitions personnelles démesurées ainsi que les jugements erronés sur les autres nos confrères nous discréditent à un plus haut point. Je vous en conjure, cette année, prêchez pour vous-mêmes avant tout, il y va de la crédibilité de notre presbyterium et de l’annonce de la Parole dont nous sommes les intendants.

Nous devons davantage prendre conscience, comme le signifiait le saint Pape Jean Paul ll dans son Exhortation apostolique Pastores dabo vobis que ‘‘le désir de Dieu et d'une relation vivante et significative avec lui est si manifeste aujourd'hui qu'il favorise, là où manque l'annonce authentique et intégrale de l'Évangile de Jésus, la diffusion de formes de religiosité sans Dieu et de multiples sectes.

Leur propagation, même dans certains milieux traditionnellement chrétiens, est, pour tous les fils de l'Église, particulièrement pour les prêtres, un motif constant d'examen de conscience sur la crédibilité de leur témoignage évangélique ; mais cette propagation est aussi un signe de ce que la recherche de Dieu demeure profonde et largement répandue.’’ Pastores dabo vobis 1 § 6

       C’est donc un véritable appel que je vous adresse : nos fidèles ont de plus en plus soif de Dieu et attendent de nous une action, celle que nous-mêmes aurions aimé avoir en pareille circonstance. L’état permanent de mission dont parle le Pape François, c’est celui qui trouve également son origine dans le fait que ‘‘… partout dans le monde, même après la chute des idéologies qui avaient fait du matérialisme un dogme et du rejet de la religion un programme, se diffuse une sorte d'athéisme pratique et existentiel qui coïncide avec une vision sécularisée de la vie et du destin de l'homme. Cet homme « tout préoccupé de lui-même, cet homme qui se fait non seulement centre de tous les intérêts, mais ose se dire le principe et la raison de toute réalité », se trouve toujours plus dépourvu du « supplément d'âme » qui lui est d'autant plus nécessaire qu'une plus grande disponibilité de biens matériels et de ressources lui donne l'illusion de l'autosuffisance. On n'a plus besoin de combattre Dieu, on se passe tout simplement de lui.’’ Pastores dabo vobis 1 § 6

       C’est à nous de montrer le chemin de Dieu à nos frères. Je vous confie tous, dans cette mission, en ce mois missionnaire extraordinaire, à l’intercession bienveillante de la Vierge Marie, mère du Christ, mère des prêtres.  

 

2- Aux religieux et religieuses

A votre sujet, le Concile Vatican II, dans sa Constitution dogmatique sur l’Eglise, Lumen Gentium, affirme ceci : ‘‘…Mais comme les conseils évangéliques, grâce à la charité à laquelle ils conduisent, unissent de manière spéciale ceux qui les pratiquent à l’Église et à son mystère, leur vie spirituelle doit se vouer également au bien de toute l’Église. D’où le devoir de travailler, chacun selon ses forces et selon la forme de sa propre vocation, soit par la prière, soit aussi par son activité effective, pour le règne du Christ à enraciner et à renforcer dans les âmes, à répandre par tout l’univers. C’est pourquoi l’Église protège et soutient le caractère propre des divers instituts religieux.’’ Lumen Gentium 44

Votre vocation a cela de particulier que votre vie spirituelle doit se vouer également au bien de toute l’Église. Ce bien de l’Eglise, c’est celui de l’harmonie qui doit régner entre nos concitoyens et que je vous recommande vivement dans vos prières. Enraciner et renforcer le règne du Christ dans les âmes suppose que vous aussi, vous ne soyez pas discréditer dans votre mission. A ce titre, dans vos différentes maisons communautaires, je vous exhorte vous aussi, à faire pour les autres, ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous. Comme dit le psalmiste, ‘‘ qu’il est bon, qu’il est doux pour des frères d’être ensemble et d’être unis.’’ Vous l’aurez bien compris, il ne s’agit pas seulement d’être ensemble mais d’être unis en évitant de faire aux autres, ce que vous ne voulez pas qu’ils vous fassent.

Par ailleurs et comme le souligne la même constitution Lumen Gentium, ‘‘la profession des conseils évangéliques apparaît en conséquence comme un signe qui peut et doit exercer une influence efficace sur tous les membres de l’Église dans l’accomplissement courageux des devoirs de leur vocation chrétienne…

Or l’état religieux, qui assure aux siens une liberté plus grande à l’égard des charges terrestres, manifeste aussi davantage aux yeux de tous les croyants les biens célestes déjà présents en ce temps, il atteste l’existence d’une vie nouvelle et éternelle acquise par la Rédemption du Christ,… il fait voir enfin d’une manière particulière comment le règne de Dieu est élevé au-dessus de toutes les choses terrestres et combien ses nécessités sont suprêmes.’’ Lumen Gentium 44

       Merci de nous indiquer toujours par votre agir que Dieu est élevé au-dessus de toutes les choses terrestres et qu’il est le bonheur auquel tous nous aspirons !

3- Aux fidèles laïcs du Christ

Dans l’Exhortation Apostolique Christifideles Laici on peut lire ceci vous concernant : ‘‘des situations nouvelles, dans l'Eglise comme dans le monde, dans les réalités sociales, économiques, politiques et culturelles, exigent aujourd'hui, de façon toute particulière, l'action des fidèles laïcs. S'il a toujours été inadmissible de s'en désintéresser, présentement c'est plus répréhensible que jamais. Il n'est permis à personne de rester à ne rien faire.’’ Christifideles Laici (Introduction §3)

Plus loin, dans le même paragraphe, il est encore écrit: ‘‘la voix du Seigneur résonne certainement en chaque chrétien, au plus profond de son être. Chacun, en effet, est configuré au Christ par la foi et les sacrements de l'initiation chrétienne, est inséré comme un membre vivant dans l'Eglise, et est sujet actif de sa mission de salut. La voix du Seigneur se transmet aussi à travers les événements de l'histoire de l'Eglise et de l'humanité, comme nous le rappelle le Concile: mû par la foi, se sachant conduit par l'Esprit du Seigneur qui remplit l'univers, le Peuple de Dieu s'efforce de discerner dans les événements, les exigences et les aspirations de notre temps, auxquels il participe avec les autres hommes, quels sont les signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu. La foi, en effet, éclaire toutes choses d'une lumière nouvelle et nous fait connaître la volonté divine sur la vocation intégrale de l'homme, orientant ainsi l'esprit vers des solutions pleinement humaines.’’ Christifideles Laici (Introduction §3)

En parlant de l’Eglise-Communion autonome, au service de tous, j’avais fait remarquer qu’une telle solidarité ne peut se vivre sans l’engagement généreux d’un laïcat dévoué, sans calcul, au service de l’Eglise. C’est l’heure de prendre conscience que l’Eglise-communion autonome, au service de tous, c’est vous, c’est nous tous et que sans la conjugaison de nos efforts, l’Eglise ne pourra jamais atteindre ses objectifs de solidarité concrète.

L’heure est venue pour vous, au regard de l’état des lieux que j’ai brièvement dressé en début de mes propos, de prendre ou de reprendre la place qui est la vôtre dans l’annonce de l’évangile du Christ. La recherche du bonheur et d’un mieux-être sont légitimes mais tous les moyens pour y accéder ne sont pas licites et vous le savez ! Le monde des affaires est impitoyable parfois, mais je reste convaincu que l’évangile a toute la force d’y pénétrer si vous le voulez bien, avec la force que donne le Saint Esprit !

L’appel à faire aux autres ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous est un excellent exercice spirituel dans votre marche à la suite du Christ ! Il m’est arrivé de constater, sans porter de jugement, qu’en face de certaines situations où les enjeux financiers étaient importants, votre foi au Christ a été rapidement mise sous le boisseau. Laissez-moi vous le redire : on ne peut pas être chrétien les jours pairs, et le contraire les jours impairs ! Certaines luttes entre vous, si elles sont compréhensibles ne doivent pas être l’occasion où tous les coups sont permis, au point de se demander si nous avons affaire à des croyants ! Je vous en conjure, au nom du Seigneur, ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu’ils fassent pour vous !   

4- Aux acteurs politiques et aux gouvernants

Dans son message aux gouvernants, le pape Paul VI a eu cette belle adresse à votre endroit : ‘‘C’est à vous qu’il revient d’être sur terre les promoteurs de l’ordre et de la paix entre les hommes. Mais ne l’oubliez pas: c’est Dieu, le Dieu vivant et vrai, qui est le Père des hommes. Et c’est le Christ, son Fils éternel, qui est venu nous le dire et nous apprendre que nous sommes tous frères. C’est lui, le grand artisan de l’ordre et de la paix sur la terre, car c’est lui qui conduit l’histoire humaine, et qui seul peut incliner les cœurs à renoncer aux passions mauvaises, qui engendrent la guerre et le malheur. C’est lui qui bénit le pain de l’humanité, qui sanctifie son travail et sa souffrance, qui lui donne des joies que vous ne pouvez pas lui donner, et la réconforte dans des douleurs que vous ne pouvez pas consoler…

Laissez le Christ exercer cette action purifiante sur la société! Ne le crucifiez pas à nouveau: ce serait sacrilège, car il est Fils de l’Homme. Et nous, ses humbles ministres, laissez-nous répandre partout sans entraves la «bonne nouvelle» de l’Evangile de la paix, que nous avons méditée pendant ce Concile. Vos peuples en seront les premiers bénéficiaires, car l’Eglise forme pour vous des citoyens loyaux, amis de la paix sociale et du progrès.’’ Concile Vatican II, Message aux gouvernants.

M’appuyant sur ce message, je voudrais rappeler à vos mémoires, les différents appels que je n’ai eu de cesse de vous adresser. Je crois aujourd’hui encore que les divergences de points de vue politique, loin de nous appauvrir, peuvent et doivent nous enrichir comme les différentes couleurs d’une œuvre d’art qui loin de se disputer, forment un tout chaleureux et harmonieux. Serait-il possible que nos leaders politiques que vous êtes, nous offrent non pas seulement en paroles,mais en actes ,le merveilleux cadeau d’une année électorale 2020 calme et paisible?

 

Savez-vous que nos populations vivent dans la hantise parce que chaque petit heurt débouche sur des conflits et que tout se règle désormais dans la violence ? Serait-il possible que dès maintenant, comme une charte que je vous propose, chacun de vous décide de faire aux autres ce qu’il veut qu’on fasse pour lui ? Mieux, serait-il possible que chacun de vous ne fasse pas aux autres ce qu’il ne voudrait pas qu’on lui fasse ? Faites donc aux autres ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous !

 

5- Aux forces de défenses et de sécurité

Si nous vous reconnaissons un rôle délicat dans le maintien de l’ordre dans nos états, il n’en demeure pas moins que vous aussi êtes des acteurs importants dans la vie de notre patrie. Notre société est gagnée par une forme d’indiscipline qui semble se propager à toutes les couches socio-professionnelles. Par moment, vous nous donnez l’impression aussi que la discipline qui caractérise toute armée digne de ce nom, ne compte pas aux yeux de certains d’entre vous, jetant ainsi le discrédit sur toute votre corporation. Il y’a urgence à agir.

En effet, vous aussi, vous avez été créés par le même Créateur et vous vivez dans le même pays que vos frères. Pour des forces de défenses et de sécurité, vous devez pouvoir inspirer confiance aux populations dont vous avez la garde. J’encourage les efforts que année après année, vous faites pour vous rendre plus proches de vos frères et sœurs. Comme pour les autres, des ambitions légitimes vous habitent et c’est votre droit. Mais ce droit doit-il s’exercer au détriment de vos différents corps d’arme, au point de susciter de la méfiance entre  vous ? A vous aussi, je dis solennellement, faites aux autres, ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous !

L’année 2020, je ne vous apprends rien, est une année qui s’annonce crucial aux yeux de bon nombre des habitants de ce pays avec les élections qui se profilent à l’horizon. Encore une fois, vous serez sollicités sur différents théâtres d’opération et nos populations ont peur ! Avec force, je vous invite dans l’exercice de vos missions, à vous laisser rejoindre par la parole de Dieu : ‘‘ne faites pas aux autres, ce que vous ne voulez pas qu’ils vous fassent !’’ Notre pays a trop souffert de ses crises à répétition ! Faites aux autres, ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous ! 

6- Aux hommes de médias

Ces derniers temps, les coupures et articles de journaux que nous voyons ne sont pas du tout rassurant et c’est de votre fait. Le magnifique pouvoir que vous avez s’est transformé en une véritable arme de guerre et c’est peu de le dire ! Une même information, traitée par des organes de presse différents, et l’on se demande lequel de vous était véritablement présent lors des faits que vous relatez.

Aujourd’hui, à l’heure des réseaux sociaux où les informations circulent à une vitesse effrayante, votre rôle et votre mission d’informer juste et vrai prend tout son sens, sinon, à qui se fier ? Des informations relayées sans vérifications préalables ressemblent à de la calomnie, de la médisance ! Lequel d’entre vous aimerait être sujet de calomnie ou de médisance ?

Certains parmi vous avancent toujours la solution du droit de réponse. Certes ! Mais quand l’honorabilité ainsi que la dignité d’un être humain ont été souillé, pensez-vous qu’il est capable, même à coups de démentis et autres droits de réponse, de retrouver toute la sérénité qui était la sienne ? La course à l’information est et sera toujours une bonne chose pourvue que cela se fasse dans les règles de l’art et de la déontologie qui caractérisent votre profession. Vous avez un pouvoir entre vos mains et il sied que vous observiez la prudence qui va avec.

Loin de moi l’envie et l’idée de vous accabler. Votre travail est trop noble et à ce titre, il convient qu’en interne et peut-être entre différentes rédactions, vous preniez les mesures nécessaires pour jouer pleinement votre partition dans la marche de notre beau pays. La dépénalisation des délits de presse si elle est une bonne chose, ne vous autorise pas à toute sorte de dérive non plus ! Au nom de vos frères et sœurs qui habitent ce pays, je vous exhorte vous aussi : ne faites pas aux autres ce que vous ne voulez pas qu’on vous fasse ! Faites donc aux autres ce que vous voulez qu’ils fassent pour vous !

 

IV-             Conclusion

Au terme de l’année pastorale 2018-2019, je vous partageais ma conviction que ‘‘unis dans l’amour, les hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence, jusqu’à l’accomplissement de cette parole : « De leurs épées ils forgeront des socs et de leurs lances des faucilles. Les nations ne tireront plus l’épée l’une contre l’autre et ne s’exerceront plus au combat » (Is 2, 4).

Cela est possible si nous savons vraiment ‘‘aimer l’homme non pas comme un simple moyen, mais comme un premier terme dans la montée vers le terme suprême et transcendant, vers le principe et la cause de tout amour…’’ En effet, l’homme, tout homme n’est pas autre chose ‘‘qu’un appel amical et pressant qui convie l’humanité à retrouver, par la voie de l’amour fraternel, ce dont Dieu a pu dire : s’éloigner de Lui, c’est périr ; se tourner vers Lui, c’est ressusciter ; demeurer en Lui, c’est être inébranlable ; retourner à Lui, c’est renaître ; habiter en Lui, c’est vivre.’’ Message de Paul VI à la fin du Concile (7 décembre 1965)

Tel est le vœu mais aussi telle est la prière que je forme pour chaque habitant de notre très cher et beau pays la Côte d’Ivoire. Avec Dieu, nous ferons des prouesses, Lui qui nous dit que ses pensées sont des pensées de paix et non pas de malheur et que si nous l’appelons, Il nous écoutera et de partout, nous rassemblera !

Bonne rentrée pastorale à tous ! Paix et bien à notre cher pays la Côte d’Ivoire et à tous ceux qui l’habitent !

+ Jean Pierre Cardinal KUTWà
Archevêque Métropolitain d’Abidjan