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Dimanche 28 mars 2021 Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur- Temps de Carême- Année B

Homélie

LA VIE PLUS FORTE QUE LA MORT.

Frères et sœurs bien-aimés, nous voici dans la dernière ligne droite qui nous mène inexorablement vers Pâques. Nous sommes dans la semaine des semaines, la Semaine Sainte, une semaine riche pour nous dans notre cheminement de foi à la suite de Jésus-Christ. Je la qualifierai de semaine « catéchétique » dans le sens d’enseignement, une semaine qui nous enseigne sur la manière de vivre par le Christ, avec le Christ et en Christ. Elle comprend les moments suivants d’une extrême importance et gravité : le dimanche des Rameaux, la messe chrismale et le Triduum pascal (Jeudi Saint avec la commémoration de la Cène, Vendredi Saint pour la Passion, Samedi Saint pour le Grand silence auprès du Christ dans le tombeau), qui ouvrent sur la Pâques, fête du Christ Ressuscité. Ce dimanche, nous célébrons les Rameaux et la Passion du Seigneur car l’entrée de Jésus à Jérusalem va le conduire à la mort. 

Ce dimanche, le peuple accueille dans la joie voire dans une grande allégresse, Jésus au cri de « Hosanna, au fils de David », titre messianique par excellence. Oui, l’entrée triomphale du Christ à Jérusalem est révélatrice de sa messianité. Mais comme nous le dévoileront les textes de ce jour, il y aura un quiproquo ou un malentendu entre Jésus et la foule. En effet, quand Jésus entre dans une Jérusalem en effervescence, quel est le type de Messie attendu ou accueilli ? Quelle est l’identité profonde et vraie du Messie ?

(1) Le Messie de la foule : Un Messie guerrier

À l’époque de Jésus, Israël est sous occupation romaine. Et on sait ce que cela signifie. Il suffit de relire notre histoire, celle de la colonisation de notre pays. L’occupant ou le colon a le pouvoir politique, économique et législatif. C’est lui qui régente le vécu social, qui impose ses lois, le plus souvent de manière abusive et arbitraire. La population autochtone soumise, est privée d’un certain nombre de droits tels que le droit de décider pour soi-même, le droit d’occuper certaines fonctions importantes dans l’espace public politique, la politique comme moyen de gouvernement de la société humaine, une population privée d’une partie de sa liberté, qui se sent opprimée et oppressée, réduite à effectuer des tâches subalternes voire dégradantes, une population pauvre aussi économiquement dans sa grande majorité. Tel pourrait être le tableau socio-politique et économique du pays de Jésus. Face donc à une telle situation, le peuple rêve ou espère en un avenir meilleur, un avenir où les promesses de Dieu annoncées par les prophètes depuis des lustres se réaliseront (Genèse 49, 10 ; Aggée 2, 7-9 et Malachie 3, 1). 

Et voici qu’un homme apparaît, Jésus, un homme qui prêche avec autorité (Marc 1, 22) et dont les paroles sont suivies d’effets extraordinaires, les miracles : guérisons ( Marc 2, 11-12 ; Matthieu 8, 16-17), expulsion de démons (Luc 8, 26-33), résurrection des morts (Luc 7, 14-15), multiplication de pains et poissons pour nourrir une multitude de personnes à partir de presque rien (Jean 6, 1-15), marche sur l’eau (Jean 6, 19) maîtrise des éléments naturels tels que le vent et la tempête (Marc 4, 35-41) etc . Le peuple est sous le charme et séduit.  Cet homme, Jésus, n’est-il pas le Messie tant attendu ? Jésus lui-même ne reprend-il pas à son compte la prophétie messianique d’Isaïe en Luc 4, 18-19 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur. » ? (Cf. Isaïe 61, 1-2). N’est-il pas le Messie qui viendra libérer le peuple du joug romain, lui redonner ses droits ? Dieu n’a pas oublié son peuple. Il s’est souvenu de lui comme annoncé jadis par Isaïe et Ezéchiel, doivent-ils se dire. Certes, le peuple n’est plus déporté mais il vit sous la coupe des Romains et il se sent en exil sur ses propres terres. Dieu lui envoie donc le Messie libérateur. Le peuple espère un Messie guerrier qui avec la force de son bras, va le débarrasser une fois pour toutes de l’étranger romain. D’où l’accueil triomphal de Jésus par les ovations : « Hosanna, au Fils de David. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » La foule se fait l’image d’un Messie puissant.

(2) Le Messie pour Jésus : Le Serviteur souffrant

 

Toute la vie et l’enseignement de Jésus nous montrent son identité de Messie contraire à l’opinion de ses contemporains. Il nous dit qui il est un messie courageux, humble, et pacifique. Tout un programme de vie. Tel est aussi le message qu’il nous donne en montant sur le dos d’un âne ou d’un petit âne pour son entrée à Jérusalem. La foule est en liesse, elle chante sa joie peut-être sa victoire proche, la victoire du Messie sur l’envahisseur romain. Jésus entre dans une ville qui exulte et qui est enthousiaste. Mais chose surprenante, Jésus reste silencieux, il ne parle pas, il ne dit aucun mot. Il regarde tout simplement cette foule joyeuse qui plus tard deviendra son bourreau. En effet, aux « Hosanna » se succèderont des « Crucifie-le ! À mort ! ». Jésus entre silencieux dans Jérusalem sur le dos d’un âne.

L’âne, symbole du courage. Oui, avec courage, Jésus marche vers la mort, sa Mort, mort pour le salut de l’humanité. Il ne change pas de chemin, il ne dévie pas de sa route. Avec courage, il va affronter les jours à venir, jours tragiques et dramatiques : trahison des siens, arrestation, condamnation et crucifiement comme un vulgaire malfrat. Quand il n’était que bébé, il s’était enfui sur le dos d’un âne en Égypte avec ses parents Joseph et Marie pour échapper à la mort de la part d’Hérode (Matthieu 2, 13-1). Adulte, il entre à Jérusalem sur le dos d’un âne pour affronter et vaincre la mort. Sa victoire n’est pas celle sur l’occupant romain mais sur le péché, le mal et sur la mort, le plus grand ennemi de l’homme. Toute sa vie est faite de courage. En effet, il fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux (Mathieu 9, 10-11 et Luc 19, 7). Il n’hésite pas à briser les barrières traditionnelles pour toucher un lépreux (Matthieu 8, 1-4), se laisser toucher par la femme ayant des pertes de sang (Matthieu 9, 20-22), relevant la fille de Jaïre morte (Marc 5, 41), prenant la défense de la femme accusée d’adultère (Jean 8, 1-11) et surtout « violant » le précepte sacré du sabbat (Matthieu 12, 1-14).

L’âne, symbole d’humilité : À la force des armes et des bras réclamée par la foule, Jésus le Messie propose la force de l’humilité voire de l’humiliation. Il accepte le dénuement total. Comme nous le dit Isaïe dans la première lecture, « le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. » (Isaïe 50,4-7). Voici l’Homme, le Messie, notre Messie, humble, qui accepte les pires atrocités, les pires humiliations, les pires atteintes aux droits de l’homme par amour pour nous. Il le dira à plusieurs reprises : « Il n’y a pas plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jean 15, 13). Ou encore, « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance. » (Jean 12, 24).

L’âne, symbole de paix : Quand on se réfère au livre du prophète Zacharie (Zacharie 9, 10), on a l’annonce du roi messie qui apporte la paix, monté sur un ânon tout jeune. C’est aussi le sens de l’entrée de Jésus à Jérusalem. La foule souhaiterait la force pour sa libération, peut-être même la prise des armes pour chasser l’occupant romain, Jésus, silencieux, se présente plutôt comme Messie de paix, Prince de paix. La violence est l’arme des faibles ; la paix est l’arme des forts. Et Jésus, Prince de la Paix déclarera les artisans de paix comme fils de Dieu : « Heureux les artisans de paix car ils seront appelés fils de Dieu. » (Mathieu 5,9). Il osera même choquer ses auditeurs en leur demandant d’aimer leurs ennemis, de prier pour leurs persécuteurs et de vouloir le bien de ceux qui leur souhaiteraient du mal (Matthieu 5, 43-48 ; Luc 6, 27-28 et 32-36).

On découvre ainsi que le Christ se présente comme un Messie aux antipodes de la conception que se faisaient ses contemporains à commencer par ses Apôtres. Qui ne se souvient des vifs reproches de Pierre à l’annonce du Christ de son sort futur : « Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. » (Marc 8, 31-32). Ce qui amènera le Christ à cette réponse cinglante : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. ». Le Messie se fait faible, humble, pacifique dans sa marche courageuse pour le salut de l’humanité. Il rame à contre-courants (une habitude chez lui) de la volonté et des aspirations purement terrestres de ses concitoyens. Ceux-ci, le comprennent et le lui feront payer cher. En effet, leurs espoirs et leurs attentes étant déçus, ils vont se soulever contre lui et exigeront sa mise à mort. La foule qui l’acclame « Fils de David » est celle-là même qui lui dira plus tard « À mort ! ».

 

(3) Le chrétien à l’image du Christ est porteur d’une espérance en la Vie.

Que retenir pour nous, chrétiens d’ici et d’ailleurs ? Notre monde a été frappé   en son temps par des attentats terroristes. Oui, des individus sans foi ni loi ont tué des innocents et fait des blessés graves au nom d’un dieu qui n’est pas le nôtre, un dieu qui serait assoiffé de sang. Ils ont endeuillé des familles, notre pays et des peuples entiers. Je m’incline encore une fois devant la mémoire de ces chers disparus. Notre pays fut aussi touché et était est devenu en quelques heures, sur les belles plages de Bassam, un cimetière à ciel ouvert. Notre pays, avant même le Vendredi Saint de l’année 2016, venait de vivre sa « Passion » car son cœur fut blessé et meurtri, sa tristesse indicible et profonde nous laissait sans voix. Dans le silence de nos cœurs et de nos consciences, dans notre chair marquée à jamais, nous pleurions. Mais nous nous posions aussi les questions suivantes : « Pourquoi, Seigneur ? », « Que faire ? »

En outre, en cette période de Covid-19, la question de la souffrance, du mal et de la mort se pose avec acuité et de notre rapport face à cela. Que faire ? Le Christ par sa passion nous montre qu’il faut l’appréhender avec espérance et confiance en Dieu qui se tient toujours à nos côtés. Il est avec nous et nous aide à vivre cela dans un esprit de conversion. Offrons nos souffrances au Seigneur en signe de réparation.

Je n’ai pas de réponse à ces quelques interrogations parmi tant d’autres. Toutefois, au regard de ce dimanche des rameaux et de la passion du Seigneur, je voudrais nous inviter à la prière, au recueillement et à la solidarité. Prière pour obtenir de Dieu courage et force car la Vie et l’Amour sont plus forts que la mort et la haine. Recueillement pour honorer la mémoire de nos chers disparus et respecter la douleur de toutes les familles qui souffrent terriblement. Solidarité pour exprimer notre compassion et notre soutien aux victimes blessées à vie, et dire non à la barbarie humaine d’un groupuscule de personnes diaboliques. À l’image donc du Christ qui entre à Jérusalem pour affronter la barbarie humaine et la violence faite chair, opposons et proposons la force de l’Amour et de la Joie de Vivre.

 

Que Dieu nous garde tous dans sa Paix en cette Semaine Sainte. 

Fraternellement, soyez tous bénis.

        

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