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    MESSAGE SUR LA FOI CHRETIENNE ET LA FRANC-MAҪONNERIE

HOMELIE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ ARCHEVEQUE D’ABIDJAN A L’OCCASION DE L’ORDINATION SACERDOTALE Abidjan le 11 Février 2017

Lectures : 2Co 5, 14-20 / Jn 10, 11-16
Cathédrale Saint Paul Plateau
Abidjan le 11 Février 2017

Chers fils,
La semaine dernière, lorsqu’à ma demande, le Comité chargé des vocations vous rencontrait pour vous faire part des résultats des délibérations relatives aux publications de bans vous concernant, j’imagine que plusieurs sentiments se sont disputés vos cœurs : sentiments d’angoisse, de peur, de doute et que sais-je encore ? Et puis ces sentiments ont fait place à d’autres : le calme, la sérénité, la joie ! Mais il a fallu attendre ce jour du 11 février pour voir se réaliser concrètement ce qui était encore pour certains d’entre vous comme un rêve ! Et pourtant, elle est bien là la réalité. Non vous ne rêvez pas.

 


En effet, lorsqu’à l’appel de vos noms, vous vous êtes approchés et que je vous ai choisis pour l’ordre des prêtres, un pas décisif venait ainsi d’être franchi pour vous ! Désormais, vous êtes devenus prêtres dans le sillage de Jésus-Christ, le prêtre éternel ! Ceci est une grande joie pour vous je suppose. Mais la joie qui vous habite est la même qui nous habite nous aussi et je voudrais vous inviter à continuer de rêver, non pas de ces rêves utopiques qui vous coupent de la réalité et du monde, mais bien de ces rêves qui partent de la réalité vécue, l’assument et vous projettent vers le futur !


Excellence,
Révérends Pères,
Révérends frères,
Révérendes sœurs,
Chers parents des ordinands de ce jour,
Frères et sœurs en Christ,

Le rêve que je fais pour nos candidats au sacerdoce de ce jour n’est autre que celui contenu dans l’évangile et qui nous invite tous, là où l’appel de Dieu nous a placés, à être images du Christ Bon Berger, Bon Pasteur, pour nos communautés, pour nos familles, pour notre pays, pour notre Église. Cela vaut également pour nos candidats au sacerdoce.


Dans l’évangile de ce jour, deux raisons majeures font de Jésus un bon berger à nul autre pareil : Il donne sa vie pour ses brebis et Il connaît chacune d’elles parfaitement. Le bon berger, c’est donc celui qui garde constamment le souci de chacune de ses brebis et en même temps le souci de l’ensemble du troupeau. Autrement dit, il garde un regard circulaire sur tout le groupe tout en gardant un œil vigilant sur la brebis qui traîne la patte !


A son opposé, les gourous et autres charlatans ont un tout autre fonctionnement : ils réclament de leurs adeptes un sacrifice total mais ces derniers n’ont de valeur à leurs yeux que parce qu’ils augmentent leur clientèle, et donc leurs revenus. Aujourd’hui encore, avec la multiplication des Nouveaux Mouvements Religieux, les bergers foisonnent de toute part et même au sein de notre Eglise ! Là où certains se font appeler ‘‘bergers’’, d’autres portent des titres plus ronflants ! Aujourd’hui dans notre pays, c’est peu de dire que chacun à son ‘‘berger’’ ! Telle est la situation que vous serez appelés à affronter dans votre ministère sacerdotale.
Chers fils,


1- Je fais un rêve !


Le rêve que je fais de votre ministère sacerdotal, c’est celui de pasteurs qui connaissent véritablement le milieu et les personnes vers qui ils sont envoyés. Je vous invite donc à tout mettre en œuvre pour être proches de vos fidèles. C’est cette proximité d’avec vos fidèles qui vous permettra de comprendre par exemple la difficulté de la mère de famille qui, fatiguée en fin de journée, ne peut pas prier aussi longuement qu’elle aimerait le faire ! C’est trop souvent que nous les pasteurs, préoccupés de nous-mêmes et par nous-mêmes, nous passons à côté de la difficulté que les hommes peuvent éprouver à témoigner de leur foi dans leurs différents milieux de vie qui sont de plus en plus austères à l’évangile. Sachez donc marcher dans les pas de Jésus mais surtout, sachez vous inspirer de son action !


Dans l’évangile de ce jour, il est dit aussi que ‘‘le bon berger connaît ses brebis et ses brebis le connaissent et le suivent’’. L’image ici est frappante en ce sens qu’elles n’ont pas besoin de le voir car sa voix seule suffit à les rassurer et à les faire avancer. Quelle belle complicité ! Parce qu’Il est le bon Berger, et si vous êtes intimement liés à Lui, le Christ de qui vous tenez votre sacerdoce vous apprendra à déceler les besoins, les talents, les attentes mais aussi les richesses profondes dont Il a gratifiées ses fils vers qui vous êtes envoyés. N’oubliez jamais qu’à l'opposé du berger fuyard, qui ne se soucie guère des brebis, ne les protège pas et n’en prend pas soin, Jésus se présente comme le berger qui meurt pour sauver son troupeau, car, pour lui toutes les brebis du troupeau ont du prix à ses yeux. En définitive, entre Jésus-pasteur et ses brebis, il existe une communauté de destin, une indéfectible union qui va jusqu’à la mort. Telle doit être votre attitude vis à vis des fidèles. En agissant ainsi, vous nous offrirez un merveilleux cadeau, celui de rassurer et de faire avancer vos frères et sœurs.

 

2- Désormais, vous avez pour ministère de travailler à la réconciliation.


Chers fils,
A propos de cadeau, avez-vous remarqué le clin d’œil que le Christ vous fait particulièrement à vous ? Ordonnés diacres en l’année du jubilé extraordinaire de la miséricorde puis prêtres en cette année où nous sommes invités à aller plus en profondeur dans la réconciliation, ne voyez-vous pas là un appel particulier pour vous ? Cet appel, c’est celui que la lecture de la deuxième lettre aux Corinthiens rend plus explicite et qui vous confère la responsabilité de médiateur de réconciliation. Dans cette lecture, nous notons que l’apostolat de Saint Paul est fondé sur l’événement de la mort et de la résurrection du Christ, source de vie pour ceux qui croient. Ce message est au cœur de son activité. Désormais, il ne veut savoir qu’une chose : le Christ mort et ressuscité en qui il voit Celui qui a rétabli la communication entre Dieu et l’humanité. Dès lors, le croyant uni au Christ, devient un être nouveau qui vit déjà de la vie nouvelle et qui est appelé à son tour à rétablir cette communication entre Dieu et l’humanité, entre les hommes eux-mêmes !


Partant de cette lettre aux Corinthiens, je vous invite à comprendre que le prêtre est celui qui opère la réconciliation de Dieu et des hommes non seulement quand il célèbre les sacrements spécifiques de la réconciliation et l’Eucharistie, mais également dans tout son ministère, spécialement dans l’annonce de la Parole de Dieu. Paul ne nous parle pas de Dieu en parabole mais d’une manière directe avec des affirmations qui en manifestent l’extraordinaire générosité. Il affirme entre autre que ‘‘Dieu nous a réconciliés avec Lui par le Christ’’ et qu’Il nous a donné ‘‘pour ministère de travailler à cette réconciliation’’. Comme vous le savez certainement, face à un outrage, habituellement, c’est celui qui a commis l’offense qui doit faire le premier pas. Mais, dans l’histoire du salut, il en va autrement : les premiers pas de la réconciliation, et ces pas sont énormes, ont été accomplis par Dieu alors que c’est Lui qui est offensé par nos fautes. Dieu s’est préoccupé de nous obtenir la réconciliation à grands prix : Il a donné son propre Fils en Lui inspirant un très grand amour pour les pécheurs jusqu’à offrir sa vie pour eux.


Paul en tire la conclusion que nous devons accueillir cette miséricorde de Dieu dans notre vie. Il dit en effet : ‘‘au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu’’. Dès lors, nous devons accueillir en nous la miséricorde de Dieu, la réconciliation avec Lui dont nous avons toujours besoin. Voilà en quoi consiste votre responsabilité de médiateur de réconciliation. J’insiste pour dire que cela doit se traduire par des engagements véritables et l’un de ces engagements qui vous est recommandé, c’est celui de l’annonce de la Parole de Dieu. Au risque de me répéter encore une fois, cette annonce de la Parole de Dieu, c’est celle qui exige ‘‘que les prêtres [eux-mêmes] soient radicalement et totalement plongés dans le mystère du Christ et capables de réaliser un nouveau style de vie pastorale’’ comme le souligne le Directoire pour le ministère et la vie des prêtres.


Le même directoire poursuit en affirmant que ‘‘pour pouvoir réaliser leur mission, [les prêtres] ont besoin de nourrir en eux-mêmes une vie qui soit le pur reflet de leur identité, et de vivre une union d'amour avec Jésus-Christ, Prêtre Suprême et Éternel, Tête, Maître, Époux et Pasteur de son Église…’’ Tout en mettant en lumière le rôle primordial des prêtres que vous serez dans la nouvelle évangélisation, le Directoire insiste sur plusieurs exigences qu’il me plaît de relever : d’abord, le fait que pour pouvoir réaliser leur mission, les prêtres aient ‘‘besoin de nourrir en eux-mêmes une vie qui soit le pur reflet de leur identité’’, ensuite, le fait de vivre ‘‘une union d'amour avec Jésus-Christ, Prêtre Suprême et Éternel, Tête, Maître, Époux et Pasteur de son Église’’ et enfin qu’ils soient radicalement et totalement plongés dans le mystère du Christ, et capables de réaliser un nouveau style de vie pastorale…


3- Avec vos prêtres et jamais contre eux, engagez-vous sur ce chemin que le Christ nous recommande


Frères et sœurs,
Ces exigences, vous conviendrez avec moi que si elles s’appliquent aux prêtres, elles pourraient être élargies à tous les disciples du Christ que vous êtes, dans la mesure où de nos jours, là où l’action pastorale des seuls prêtres ne suffit plus à satisfaire toutes les demandes des fidèles chrétiens, elle est merveilleusement suppléé par celle des laïcs et du personnel consacré de nos Eglises. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir de plus en plus de laïcs, hommes et femmes, jeunes et adultes, travailler avec succès dans le champ missionnaire confié aux soins pastoraux des prêtres. Le véritable enjeu de cette nouvelle évangélisation, c’est de pouvoir proclamer Jésus-Christ qui nous invite à la réconciliation dans un monde qui tend à dénier tout droit à une parole qui dérange. Oui, la réconciliation telle que présentée dans l’histoire du salut dérange. Et pourtant, c’est bien le chemin que nous sommes tous appelés à emprunter ! Avec vos prêtres et jamais contre eux, engagez-vous sur ce chemin que le Christ nous recommande !


Chers fils,


En terminant, je voudrais revenir encore une fois au Directoire pour le Ministère et la vie des prêtres. Je cite : ‘‘les prêtres sont donc aujourd'hui engagés dans divers champs d'apostolat qui demandent la générosité et un don de soi complet, une préparation intellectuelle certaine, et surtout une vie spirituelle mûre et profonde, enracinée dans la charité pastorale. C'est cette vie qui constitue leur chemin spécifique vers la sainteté, et qui est un service authentique rendu aux fidèles dans le ministère pastoral.’’ Merci de nous offrir le cadre de ce service authentique rendu aux fidèles.
Merci aussi aux parents, qui ont fait le sacrifice de leurs ambitions pour leurs enfants en les offrant au Seigneur. Que Dieu lui-même qui sait ce dont vous avez besoin, vous le rende à la mesure de votre générosité. Merci au Comité Diocésain des vocations qui ne ménage aucun effort dans le suivi des vocations. Merci enfin à l’équipe des chargés de vocations dont le travail est bien souvent ingrat et pas toujours reconnu à sa juste valeur. Avec eux, j’ai une pensée forte pour tous leurs formateurs et pour le père Alphonse BADJO, Recteur du Séminaire Universitaire Paul VI qui a accompagné nos fils lors de leur retraite.


Je vous recommande tous à l’intercession de la Vierge Marie, Notre Dame de Lourdes que nous célébrons aujourd’hui et vous souhaite à tous une très bonne fête.

+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ,
Archevêque d’Abidjan