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MESSAGE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ ARCHEVEQUE D’ABIDJAN A L’OCCASION DE LA CÉLÉBRATION DE LA 52ème JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

Cathédrale Saint Paul du Plateau Abidjan Vendredi 28 décembre 2018 

 

Heureux le politicien qui a une haute idée et une profonde conscience de son rôle.
Heureux le politicien dont la personne reflète la crédibilité.
Heureux le politicien qui travaille pour le bien commun et non pour son propre intérêt.
Heureux le politicien qui reste fidèlement cohérent.
Heureux le politicien qui réalise l’unité.
Heureux le politicien qui s’engage dans la réalisation d’un changement radical.
Heureux le politicien qui sait écouter.
Heureux le politicien qui n’a pas peur.

Excellence Monsieur le Président de la République,…

 

 

Les propos que vous venez d’entendre sont extraits du message que le Saint Père, le Pape François nous adresse pour cette année à l’occasion  de la journée mondiale de la paix. En vous invitant ici encore aujourd’hui, pour notre traditionnelle messe de la paix, il ne s’agit pas uniquement pour moi de partager avec vous les grandes lignes de ce message mais bien plus, de prier pour la paix dans notre pays et dans le monde,  de prendre ensemble davantage conscience que c’est notre intérêt à tous de bâtir la paix et vivre heureux , de la préserver en fédérant nos énergies et nos efforts .

Cette année particulièrement, le Pape interpelle les responsables politiques quant à leur mission au service de la Maison commune. Ses propos commencent par un extrait de l’Évangile de Luc dans lequel Jésus dit à ses disciples: «Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord: ‘‘Paix à cette maison’’. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui; sinon, elle reviendra vers vous». 

Pour lui, la ‘‘maison’’ dont parle Jésus, c’est chaque famille, chaque communauté, chaque pays, chaque continent, dans sa particularité et dans son histoire ; c’est avant tout, poursuit-il, chaque personne, sans distinctions ni discriminations. Cette ‘‘maison commune’’ c’est enfin la planète où Dieu nous a mis pour y vivre et dont nous sommes appelés à prendre soin avec sollicitude. Pour lui en effet, offrir la paix est au cœur de la mission des disciples du Christ. Et cette offre est adressée à tous ceux qui, hommes et femmes, aspirent à la paix au milieu des drames et des violences de l’histoire humaine.

 

Pour réussir cette mission de paix, le Pape relève ce qu’il considère comme étant le défi de la bonne politique: la recherche du pouvoir à tout prix porte à des abus et à des injustices. La politique est un moyen fondamental pour promouvoir la citoyenneté et les projets de l’homme, mais quand elle n’est pas vécue comme un service à la collectivité humaine par ceux qui l’exercent, elle peut devenir un instrument d’oppression, de marginalisation, voire de destruction.

 

C’est pour cela que le Pape nous invite à prendre au sérieux la politique à ses divers niveaux – local, régional et mondial – En agissant ainsi, nous affirmons le devoir de l’homme, de tout homme, de reconnaître la réalité concrète et la valeur de la liberté de choix qui lui est offerte pour chercher à réaliser ensemble le bien de la cité, de la nation, de l’humanité. En effet, pour le Pape, la fonction et la responsabilité politique constituent un défi permanent pour tous ceux qui reçoivent le mandat de servir leur pays, de protéger les habitants et de travailler pour asseoir les conditions d’un avenir digne et juste. Accomplie dans le respect fondamental de la vie, de la liberté et de la dignité des personnes, la politique peut devenir vraiment une forme éminente de charité.

 

Le Pape François continue en nous donnant des instructions pour une politique au service des droits humains et de la paix. Pour lui, l’engagement pour le bien commun, quand la charité l’anime, a une valeur supérieure à celle de l’engagement purement séculier et politique […] Quand elle est inspirée et animée par la charité, poursuit-il, l’action de l’homme contribue à l’édification de cette cité universelle de Dieu,cité vers laquelle avance l’histoire de la famille humaine. Et de conclure : c’est un programme dans lequel peuvent se retrouver tous les politiciens, de n’importe quelle appartenance culturelle ou religieuse, qui souhaitent œuvrer ensemble pour le bien de la famille humaine, en pratiquant ces vertus humaines qui sous-tendent le bon agir politique : la justice, l’équité, le respect réciproque, la sincérité, l’honnêteté, la fidélité.

 

Le Pape fait aussi remarquer que chaque renouvellement des fonctions électives, chaque échéance électorale, chaque étape de la vie publique constitue une occasion pour retourner à la source et aux repères qui inspirent la justice et le droit: la bonne politique, dira-t-il, est au service de la paix ; elle respecte et promeut les droits humains fondamentaux, qui sont aussi des devoirs réciproques, afin qu’entre les générations présentes et celles à venir se tisse un lien de confiance et de reconnaissance.

Maisà côté des vertus citées plus haut, le Pape François fait observer que malheureusement, il ne manque pas non plus dans la politique les vices, dus soit à une inaptitude personnelle soit à des déformations dans l’entourage et dans les institutions. Pour lui, les vices de la vie politique ôtent la crédibilité aux systèmes dans lesquels elle s’exerce, ainsi qu’à l’autorité, aux décisions et à l’action des personnes qui s’y consacrent. Ces vices qui affaiblissent l’idéal d’une authentique démocratie, sont la honte de la vie publique et mettent en danger la paix sociale : la corruption – sous ses multiples formes d’appropriation indue des biens publics ou d’instrumentalisation des personnes –, la négation du droit, le non-respect des règles communautaires, l’enrichissement illégal, la justification du pouvoir par la force ou par le prétexte arbitraire de la ‘‘raison d’État’’, la tendance à s’accrocher au pouvoir, la xénophobie et le racisme, le refus de prendre soin de la Terre, l’exploitation illimitée des ressources naturelles en raison du profit immédiat, le mépris de ceux qui ont été contraints à l’exil.

Poursuivant sur sa lancée, le Saint Père nous invite aussi à comprendre que la bonne politique est celle qui promeut la participation des jeunes et la confiance dans l’autre. Je le cite : ‘‘quand l’exercice du pouvoir politique vise uniquement à sauvegarder les intérêts de certains individus privilégiés, l’avenir est compromis et les jeunes peuvent être tentés par la méfiance, parce que condamnés à rester en marge de la société, sans possibilité de participer à un projet pour l’avenir. Quand, au contraire, la politique se traduit, concrètement, dans l’encouragement des jeunes talents et des vocations qui demandent à se réaliser, la paix se diffuse dans les consciences et sur les visages, elle devient une confiance dynamique. La politique est pour la paix, si elle se manifeste dans la reconnaissance des charismes et des capacités de chaque personne.

Pour le Pape, chacun peut apporter sa pierre à la construction de la maison commune. La vie politique authentique, qui se fonde sur le droit et sur un dialogue loyal entre les personnes, se renouvelle avec la conviction que chaque femme, chaque homme et chaque génération portent en eux une promesse qui peut libérer de nouvelles énergies relationnelles, intellectuelles, culturelles et spirituelles. Une telle confiance n’est jamais facile à vivre, car les relations humaines sont complexes.

Et le Pape de nous rappeler que nous vivons ces temps-ci dans un climat de méfiance qui s’enracine dans la peur de l’autre ou de l’étranger, dans l’angoisse de perdre ses propres avantages, et qui se manifeste malheureusement aussi, au niveau politique, par des attitudes de fermeture ou des nationalismes qui remettent en cause cette fraternité dont notre monde globalisé a tant besoin. Aujourd’hui plus que jamais, nos sociétés ont besoin ‘‘d’artisans de paix’’ qui puissent être des messagers et des témoins authentiques du Dieu Père, qui veut le bien et le bonheur de la famille humaine.

D’où son invitation à dire non à la guerre et à la stratégie de la peur. En effet, dira-t-il, aujourd’hui plus qu’hier, nous connaissons la terrible leçon des guerres fratricides, à savoir que la paix ne peut jamais être réduite au seul équilibre des forces et de la peur. Maintenir l’autre sous la menace veut dire le réduire à l’état d’objet et en nier la dignité. C’est pourquoi nous réaffirmons que l’escalade en termes d’intimidation et la prolifération incontrôlée des armes sont contraires à la morale ainsi qu’à la recherche d’une vraie concorde. La terreur exercée sur les personnes les plus vulnérables contribue à l’exil d’entières populations en quête d’une terre de paix. Les discours politiques qui tendent à accuser les migrants de tous les maux et à priver les pauvres de l’espérance ne sont pas justifiables. Au contraire, il faut réaffirmer que la paix se fonde sur le respect de chaque personne, quelle que soit son histoire, sur le respect du droit et du bien commun, de la création qui nous a été confiée et de la richesse morale transmise par les générations passées.

Pour terminer son adresse, le Saint Père annonce un grand projet de paix : la paix, dira-t-il, est le fruit d’un grand projet politique qui se fonde sur la responsabilité réciproque et sur l’interdépendance des êtres humains. Mais elle est aussi un défi qui demande à être accueilli jour après jour. La paix est une conversion du cœur et de l’âme ; et il est facile de reconnaître trois dimensions indissociables de cette paix intérieure et communautaire : 1– La paix avec soi-même, en refusant l’intransigeance, la colère et l’impatience et en exerçant ‘‘un peu de douceur avec soi-même’’, afin d’offrir ‘‘un peu de douceur aux autres’’ ; 2– La paix avec l’autre : le proche, l’ami, l’étranger, le pauvre, le souffrant… ; en osant la rencontre et en écoutant le message qu’elle porte avec elle ; enfin, 3– La paix avec la création, en redécouvrant la grandeur du don de Dieu et la part de responsabilité qui revient à chacun d’entre nous, en tant qu’habitant du monde, citoyen et acteur de l’avenir.

 

Excellence Monsieur le Président de la République,

Frères et sœurs,

 

Reconnaissons que ce message du Pape François arrive bien à son heure pour nous en Côte d’Ivoire qui nous préparons à vivre des échéances importantes en 2020. Comme vous le savez tous,  l’année 2020 a polarisé et continue de polariser l’attention de tous et dans l’esprit de beaucoup de nos concitoyens, si nous ne prenons garde, nous risquons de renouer avec les vieux démons d’une autre crise post-électorale ! Les germes en sont visibles pour celui qui sait lire entre les lignes.

 

Dans son message pour la journée mondiale de la paix pour l’année 2019, le Pape en parlant d’une politique au service des droits humains et de la paix faisait remarquer que ‘‘tous les politiciens…souhaitent œuvrer ensemble pour le bien de la famille humaine. [Ils doivent] œuvrer à acquérir  les vertus humaines qui sous-tendent le bon agir politique : la justice, l’équité, le respect réciproque, la sincérité, l’honnêteté, la fidélité. Je ne doute pas un seul instant que ces vertus, vous les possédez. Au nom du peuple de Côte d’Ivoire, je vous exhorte à les rendre plus visibles !

 

Par ailleurs, le Saint Père a aussi fait mention des vices de la vie politique qui ôtent  la crédibilité aux systèmes dans lesquels elle s’exerce, ainsi qu’à l’autorité, aux décisions et à l’action des personnes qui s’y consacrent. Ces vices poursuit-il, qui affaiblissent l’idéal d’une authentique démocratie, sont la honte de la vie publique et mettent en danger la paix sociale. Je pense ici, au débat sur la réforme de la Commission Electorale Indépendante. Sa recomposition a été promise, et pour ce faire,  je crois qu’un dialogue franc et courageux avec l’opposition , serait de nature à apaiser le climat politique avant les échéances de 2020.

 

Dans son message, le Pape fait remarquer aussi que quand l’exercice du pouvoir politique vise uniquement à sauvegarder les intérêts de certains individus privilégiés, l’avenir est compromis… La politique est pour la paix si elle se manifeste donc, dans la reconnaissance des charismes et des capacités de chaque personne. Il se dit de plus en plus en Côte d’Ivoire que les grands marchés de l’Etat sont passés de gré à gré et que ce sont toujours les mêmes personnes qui en tirent profit. Si cela est avéré, ne se trouvent-ils pas en Côte d’Ivoire, d’autres compétences à même de réaliser ces marchés ? Le clientélisme, le favoritisme, la corruption sont de bien vilains défauts dont nous devons nous délaisser si nous voulons une Côte d’Ivoire vraiment une et prospère et cela ne saurait se faire en se passant de compétences avérées ! Comme dit le Pape, chacun peut apporter sa pierre à la construction de la maison commune : qu’il en soit ainsi !

 

Le pape souligne enfin que nous vivons ces temps-ci dans un climat de méfiance qui s’enracine dans la peur de l’autre d’où son appel à dire non à la guerre et à la stratégie de la peur. L’actualité récente de notre pays a été marquée par les élections locales et générales que nous avons tous suivi avec un certain intérêt pour la simple raison qu’elles nous apparaissaient comme un ballon d’essai pour les élections de 2020. Sans être pessimiste ou alarmiste encore une fois, ce qui nous a été donné de voir n’augure pas des lendemains calmes et sereins. Faudra-t-il qu’avant ces échéances importantes pour la vie de notre nation, nous exigions des politiques une charte de bonne conduite ? Nous n’avons qu’un seul pays, la Côte d’Ivoire ! Notre devise, ne nous invite-elle pas à l’Union ? Est-ce pour nous une simple vue de l’esprit, un slogan vide et creux, un vœu pieux ?

 

Comme je le disais dans mon message de Noël pour cette année, si l’horizon 2020 nous interroge tous, un regard rétrospectif sur notre vivre ensemble ainsi que les dernières élections d’octobre et de décembre 2018, nous commandent de renouer au nom de Dieu avec cette sagesse qui a fait le bonheur et la joie de vivre sur cette terre de Côte d’Ivoire. Rappelons-nous que la crise postélectorale a semé désarroi et désolation. Elle a meurtri le cœur des hommes et éprouvé la foi des croyants. A tous, elle a imposé chagrin et fardeau et mis à mal ce goût d’éternité que Dieu nous propose à tous en nous donnant son Fils !

 

Je crois fortement que les divergences de points de vue politique, loin de nous appauvrir, peuvent et doivent nous enrichir comme les différentes couleurs d’une œuvre d’art qui loin de se disputer, forment un tout chaleureux et harmonieux. Serait-il possible que nos leaders politiques nous offrent ce merveilleux cadeau en 2020 ?

 

Excellence Monsieur le Président de la République,

Frères et sœurs,

 

 A l’occasion de la rentrée pastorale 2018-2019, je faisais remarquer que bientôt, ce seront les élections locales et régionales et plus tard, la présidentielle ! Je me suis même interrogé en ces mots, m’adressant aux leaders politiques qui animent l’espace politique ivoirien : ‘‘comment croire encore à la politique sous nos tropiques, quand on pense à tort ou à raison que ce sont ceux qui veulent nous diriger qui sont la cause de tous nos maux ? Serait-il exagéré de dire qu’un profond malaise habite notre pays et ses habitants ?

J’avais indiqué également que le manque d'humilité et le refus des différences, l’égoïsme et l'orgueil génèrent presque toujours les animosités, la haine et les situations confligènes… Pour terminer, je faisais remarquer que l’horizon 2020 que nous espérions tous être celui de l’émergence semble de plus en plus trouble à cause des alliances qui se font et se défont à la grande stupéfaction de nos concitoyens. Plus simplement et sans être pessimiste, beaucoup ont peur. Ont-ils raison de l’être ? Seriez-vous pour nos concitoyens, les bons samaritains que le Christ mettra sur les chemins de cette vie de partage et de solidarité que nous appelons de tous nos vœux ? Fin de citation

J’espère m’être trompé dans mon analyse sur la situation politique de notre pays. Mais si cette analyse s’avère juste, je vous en conjure, vous nos leaders politiques, au nom du peuple souverain de Côte d’Ivoire et de tous ceux qui l’habitent, au nom du Forum des Confessions Religieuses de Côte d’Ivoire ici présent et en nom personnel, offrez-nous pour 2020, des élections calmes et apaisées ! Je sais que vous en êtes capables ! Je vois comment vos militants et sympathisants vous écoutent et cela est de bonne augure ! Dites seulement un mot et la Côte d’Ivoire s’en trouvera guérie !

Politiciens d’Eburnie,dans l’exercice de votre charge,rappelez-vous toujours de ceci: la situation d’un homme peut changer à tout moment. Si vous êtes puissants aujourd’hui,sachez que demain est plus puissant que vous. Alors ne cherchez pas à être méchants,à brimer,à briser , à réduire au silence. Mais cherchez plutôt à ouvrir un compte d’épargne dans lequel vous verserez la bonte,le respect réciproque ,le partage,le pardon. Et si demain votre situation venait à changer,qu’on puisse aller puiser dans ce compte tout ce que vous y avez mis pour   vous remettre debout.

Pour conclure le message de ce soir , je voudrais reprendre encore ses premiers mots .

 

Heureux le politicien qui a une haute idée et une profonde conscience de son rôle.
Heureux le politicien dont la personne reflète la crédibilité.
Heureux le politicien qui travaille pour le bien commun et non pour son propre intérêt.
Heureux le politicien qui reste fidèlement cohérent.
Heureux le politicien qui réalise l’unité.
Heureux le politicien qui s’engage dans la réalisation d’un changement radical.
Heureux le politicien qui sait écouter.
Heureux le politicien qui n’a pas peur.

 

À tous, je souhaite une bonne, heureuse et sainte année 2019 qui nous préparera à une merveilleuse année 2020 !

 

 

 

 

+Jean Pierre Cardinal KUTWÃ,

Archevêque Métropolitain d’Abidjan