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  • MOT D’OUVERTURE DE LA 111ème ASSEMBLEE PLENIERE DE LA CONFERENCE DES EVEQUES CATHOLIQUES DE COTE D’IVOIRE

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  • MESSAGE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ  A L’OCCASION DE LA RENTREE PASTORALE 2018-2019  THEME DE L’ANNEE : ‘‘AVEC L’ESPRIT SAINT, VIVONS DE PARTAGE ET DE SOLIDARITE’’ Cf. Ac 2, 44-45

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MESSAGE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ A L’OCCASION DE LA RENTREE PASTORALE 2018-2019 THEME DE L’ANNEE : ‘‘AVEC L’ESPRIT SAINT, VIVONS DE PARTAGE ET DE SOLIDARITE’’ Cf. Ac 2, 44-45

 Abidjan, samedi 6 octobre 2018

 

Aux prêtres,
Aux religieux et religieuses,
Aux agents pastoraux,
Aux fidèles laïcs du Christ,
Aux hommes et aux femmes de bonne volonté,

 ‘‘De nos jours…, nous avons l’impérieux devoir de nous faire le prochain de n’importe quel homme et, s’il se présente à nous, de le servir activement : qu’il s’agisse de ce vieillard abandonné de tous, ou de ce travailleur étranger, méprisé sans raison, ou de cet exilé, ou de cet enfant né d’une union illégitime qui supporte injustement le poids d’une faute qu’il n’a pas commise, ou de cet affamé qui interpelle notre conscience en nous rappelant la Parole du Seigneur : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40).’’ GS 27 § 3

 

Cet impérieux devoir de nous faire proche de n’importe quel homme, c’est celui qui s’inscrit dans l’intuition fondamentale selon laquelle il existe une profonde solidarité de l’Eglise avec l’humanité, puisque l’Église, partie prenante de cette humanité, est dans le monde pour y être le sacrement du salut, pour porter le salut de Dieu pour le monde et en vivre.

L’an dernier, j’avais souligné dans mon adresse à l’occasion de la rentrée pastorale qu’il s’agissait ‘‘en fait pour notre Église diocésaine d’Abidjan, de nous décentrer de nous-mêmes pour regarder l’autre, nous approcher de lui,  l’entendre  et voir comment lui venir en aide s’il a besoin de nous…

Notre Église d’Abidjan devra être conduite par l’Esprit-Saint qui nous donnera les énergies nécessaires pour nous aider à voir, à  entendre, à réfléchir, à agir, pour vivre ce partage, cette solidarité, cette charité en actes à laquelle nous invite l’Evangile.’’ Fin de citation.

Ma conviction est et restera toujours la même à savoir que ‘‘les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce  temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur.

Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire.’’ GS Avant-propos.

Cette année encore et face aux nombreux défis que nous devons relever mais surtout combattre, figurent en bonne place le repli sur soi, l’égoïsme et l’individualisme opposés à la charité, commandement d’amour enseigné par le Seigneur Jésus. Mon souhait le plus profond en reconduisant le thème de l’année dernière, c’est que nous puissions non seulement aller un peu plus en profondeur de ce que nous avons vécu de positifs, réduire davantage ce qui n’a pas bien marché mais bien plus, élargir l’espace de notre tente pour répondre à notre vocation dans le monde de ce temps, puisque la situation interne du pays n’a pas vraiment évolué comme nous l’espérions.

 

 

 

Le thème de notre année pastorale, ‘‘Avec l’Esprit Saint, vivons de partage et de solidarité’’ Cf. Ac 2, 44-45, devrait nous permettre d’une part, de comprendre un peu plus que mue par l’Esprit Saint, l’Eglise n’a pas seulement pour vocation de vivre et de partager le pain eucharistique mais aussi d’être artisan, par le truchement de ses fidèles et le concours de tous, du soulagement des différentes faims et soifs de notre monde par une charité plus audacieuse et plus inventive en s’engageant résolument pour la promotion du développement intégral de l’homme. D’autre part, après avoir compris ce que le Christ attend de nous, à savoir passer de la parole aux actes, des actes qui traduisent notre foi, des actes qui révèlent l’option préférentielle du Christ pour tous les hommes, sans exclusion aucune.

         Pour cette année, tout en maintenant toutes les directives prises pour l’année pastorale écoulée, il m’a paru opportun, que nous portions notre regard et notre attention sur la parabole du Bon Samaritain, telle qu’elle nous est rapportée par l’évangile de saint Luc, au chapitre 10, les versets 25 à 37. 

         Ce regard et cette attention à porter sur le Bon Samaritain part d’un constat sur la condition humaine, sur la condition de nos frères et sœurs ivoiriens, de tous ceux qui habitent notre cher et beau pays, la Côte d’Ivoire. Même si ce constat sur la condition humaine est général, vous conviendrez avec moi qu’il pourrait s’appliquer à bien des situations dans lesquelles bon nombre de nos états se trouvent. Lesquelles situations exigent de la part de tous une action vigoureuse, tout en comptant sur le concours de Dieu.

A propos de la condition humaine dans le monde aujourd’hui, le Concile Vatican ll affirme ceci : ‘‘jamais le genre humain n’a regorgé de tant de richesses, de tant de possibilités, d’une telle puissance économique, et pourtant une part considérable des habitants du globe sont encore tourmentés par la faim et la misère…

Alors que le monde prend une conscience si forte de son unité, de la dépendance réciproque de tous dans une nécessaire solidarité, le voici violemment écartelé par l’opposition de forces qui se combattent : d’âpres dissensions politiques, sociales, économiques, raciales et idéologiques persistent encore, et le danger demeure d’une guerre capable de tout anéantir.’’ GS 4 § 4

Comme l’an dernier, je voudrais m’interroger encore une fois avec vous : ‘‘devant cette situation, l’Eglise va-t-elle laisser la lampe de sa foi sous le boisseau ou la mettre sur le lampadaire afin qu’elle éclaire ce monde?’’ Cette année, je vous exhorte vivement, comme je vous le recommandais à la clôture de l’année pastorale écoulée, à fuir le culte de l’inaction pour une vie de service effectif, une attention efficace pour les plus pauvres ! Bâtissons des ponts entre nous et n’oublions jamais que l’arbre est reconnu par ses fruits et non par ses racines, sans pour autant méconnaître à ces racines leur importance.  

Deux questions fondamentales pourraient nous aider à mieux cerner l’enseignement de la parabole du Bon Samaritain :  ''que dois-je faire pour avoir la vie éternelle'' et ''qui donc est mon prochain?''. (Lc 10, 25-37)

 

         l. QUE DOIS-JE FAIRE POUR AVOIR LA VIE ÉTERNELLE ?

 

         Cette question du Docteur de la Loi me semble importante. En effet, dans l’Ancien Testament, la Loi, c’est la Parole de Dieu qui vient à notre rencontre. Parfois, nous nous torturons l’esprit à essayer de comprendre ce que Dieu veut pour nous, quelle est sa volonté ! En agissant ainsi, nous risquons de tomber dans la pure subjectivité. La Loi a l’avantage de nous rappeler l’objectivité des exigences de l’amour de Dieu pour nous.

Mais la réalité de la Loi va plus loin, elle qui nous révèle la réalité de ce que nous sommes en vérité : des êtres de relation avec Dieu, avec les autres et finalement, avec nous-mêmes : ‘‘tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même.’’ C’est là tout l’intérêt de la réponse de Jésus au docteur de la Loi, quand il le ramène à ce qu’il y a d’écrit dans la Loi.

Devenir des êtres de relation, tel est le plan de Dieu pour notre humanité, pour chacun de nous. Evidemment, cela contraste avec le désir de plus en plus égoïste qu’éprouvent les hommes aujourd’hui à vouloir vivre en autarcie, seuls au monde, barricadés à l’extérieur comme à l’intérieur, les yeux et le cœur rivés sur ce que nous considérons comme biens matériels et durement acquis. Il n’est pas possible d’affirmer aimer Dieu, de le servir sans cette ouverture nécessaire à l’autre, cet autre qui nous fait si souvent peur. La peur de l’autre, c’est finalement la peur de Dieu qui a nous créés comme des êtres de relation et de communion.

Par ailleurs, la question elle-même, ‘‘que dois-je faire pour avoir la vie éternelle'' ainsi que la réponse ‘‘dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit’’ nous montrent clairement le lien étroit qui peut exister entre tout désir d'éternité et nos rapports interpersonnels. Ainsi, si la question a le mérite d'affirmer que la vie éternelle existe vraiment, elle devrait être par conséquent le but ultime de toute vie. Pour nous chrétiens, cette même question nous montre comment nous sommes des êtres de relation, car l’homme est et sera toujours la route qui mène à Dieu.

On peut ici s’interroger sur le lien qu’il peut y avoir entre la Loi et la parabole du Bon Samaritain. En vérité, le texte de Luc 10, 25-37 semble reposer sur cette question du Christ au Docteur de la Loi : ‘‘dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ?’’

 

La suite du texte n’est compréhensible que si nous voyons dans l’homme blessé au bord de la route, d’une part l’humanité incapable de se sauver elle-même, et de l’autre, ces nombreux frères et sœurs affaiblis par des blessures souvent invisibles et qui appellent une action de notre part; enfin, dans l’étranger qui passe, le Samaritain, c’est le Christ Lui-même qui a pitié du genre humain et le guérit en nous invitant - nous chrétiens - à faire de même à sa suite. Finalement, en s’occupant du blessé, le Samaritain est celui qui accomplit parfaitement la Loi d’amour, celle de Dieu et du prochain.

 

         ll . QUI DONC EST MON PROCHAIN?

 

Cette question, en la posant, le Docteur de la Loi voulait mettre Jésus à l’épreuve. Son attitude pourrait être comparée à celle d'un inspecteur, tout comme l’était celle des autorités juives qui voulaient vérifier les déclarations de Jésus. Alors qu’Il aurait pu répondre de façon simple, Jésus retourne la situation : Il amène ce Docteur de la Loi à se compromettre. Cette compromission, c’est le désir de Jésus de conduire son interlocuteur jusqu’au plus intime du cœur de Dieu ! Par ailleurs, en soulignant la réponse du Docteur de la Loi à sa propre question, Jésus déplace le problème : il ne s'agit plus d'observer le précepte de la charité pour avoir la vie éternelle, mais d'aimer et par là même, de vivre.

Mais alors pourquoi employer une parabole? C'est justement parce que Jésus préfère un type de discours non légaliste, non juridique: Il veut sortir de la référence matérielle et même matérialiste de la Loi. Il ne veut pas  parler à l'impératif, comme le font précisément les Docteurs de la loi et les Pharisiens de son époque. La parabole a donc ici pour objet de renforcer ce changement de perspective. Comment ?

 

Dans l'Évangile, le prêtre et le lévite qui passaient par là observent la Loi de pureté légale en évitant de toucher un blessé avant de célébrer le culte. Remarquons ici, que cette attitude ‘‘légale’’ vis-à-vis de l’homme tombé aux mains de brigands qui l’ont dépouillé et laissé pour mort, a des conséquences incalculables. En effet, à sa souffrance physique et morale, s’ajoute une exclusion d’ordre religieux en ce sens que touché par des ‘‘impurs’’, il contracte lui aussi une impureté et c’est probablement l’une des raisons de l’indifférence apparente, voire de la répulsion qu’éprouvent le prêtre et le lévite alors que dans la perspective de Jésus, il ne doit pas en être ainsi.

En vérité, la parabole du Bon Samaritain, tout en nous  révélant une certaine conception de la Loi qui empêche de rencontrer l'autre, donc de vivre, nous invite à agir par contre, comme le Samaritain qui est un étranger et qui vient en aide au blessé. Il est intéressant de comprendre que ce voyageur miséricordieux n’est pourtant aux yeux des Juifs qu’un Samaritain, c’est-à-dire une personne peu recommandable, car Samaritains et Juifs étaient normalement ennemis ! Et c’est cet homme méprisé qui est déclaré par Jésus, plus proche de Dieu que les dignitaires et savants du Temple !

C'est là que réside à mon sens la clef de cette parabole car, elle nous présente une manière toute nouvelle d'entrer dans l’intelligence de la Parole de Dieu, d'autant plus qu'il est ici question avant tout de charité, d'amour, donc d'une réalité chaleureuse, intérieure, cordiale. C'est que l'amour est à lui-même sa propre Loi. Saint Jean ne dit pas autre chose quand il affirme que ‘‘Dieu est amour’’.

Mais qui donc est mon prochain? Telle est la question que le Docteur de la Loi pose à Jésus. Jésus ne lui répond pas directement mais Il lui pose une question : ‘‘lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l'homme tombé entre les mains des bandits?’’ La réponse du docteur de la Loi est assez éclairante: ‘‘celui qui a fait preuve de bonté envers le blessé’’.

Mais qui donc est mon prochain? Jésus ne répond pas comme on s’y attendrait, en traçant le cercle de ceux que nous devons considérer comme notre prochain. Il refuse ce cercle, car aussi large fut-il, ce cercle finira par poser une limite, une limite qui invite à décider jusqu’où nous accepterions de nous faire proches des autres. En fait, il s’agit ici ni plus ni moins que d’une exigence de cohérence : ‘‘va, et toi aussi, fais de même’’ qui sollicite notre capacité à exprimer l’amour sans frontière !

Il me plaît de souligner au passage, que parmi les acteurs de cette parabole, cinq sont bien identifiés : les bandits, le prêtre, le lévite, le Samaritain et l’aubergiste ; le sixième, le dernier nous est présenté sans identité propre, mais à partir de ce qui fait sa souffrance ; il est ‘‘un homme’’, sans précision aucune, ‘‘tombé sur des bandits, qui après l’avoir dépouillé, roué de coups, s’en allèrent en le laissant à moitié mort’’.

Cet homme sans identité propre, n’interpelle-t-il pas nos consciences comme tous ces nombreux anonymes, abimés par les vicissitudes de la vie, couchés au sens propre comme au figuré, qui ‘‘mendient’’ partage et solidarité de notre part et que le Christ met sur les chemins de nos vies au quotidien ?

 

III. DE LA FIGURE DU BON SAMARITAIN

 

Qui est-il ? Arrêtons-nous un peu sur la figure et l’attitude de ce Samaritain, ce méprisé des Juifs. De lui, voici ce que révèle le texte de l’évangile: ‘‘il le vit et fut saisi de pitié. Il s’approcha, pansa ses plaies…puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.’’

Ainsi donc, le Christ nous propose la figure du Bon Samaritain en raison de ce qu’il a été capable d’être saisi de pitié, d’être ‘‘l’image de Dieu’’ pour son prochain. Si nous transposons ce récit dans notre vie de tous les jours, comme je le souhaite de tous mes vœux, il s’agira pour nous d’avoir l’attitude même du Samaritain qui ne s’est pas contenté simplement d’être saisi de pitié.

A ce propos, je voudrais partager avec vous la belle réflexion qu’en a faite le Pape François : ‘‘Les brigands s’en étaient allés heureux, parce qu’ils l’avaient dépouillé de nombreuses choses, et sa vie leur importait peu. Le prêtre, « qui devrait être un homme de Dieu », et le lévite, qui était proche de la Loi, sont passés outre face à l’homme blessé, presque en fin de vie : « Une attitude habituelle entre nous : regarder une calamité, regarder une mauvaise chose, et passer outre. Et ensuite la lire dans les journaux, un peu dépeinte dans le scandale ou le sensationnalisme. Au contraire, ce païen, pécheur, qui était en voyage, a vu et n’est pas passé outre : il a eu compassion”. Et Luc le décrit bien : « Il l’a vu, il en a pris compassion, il s’en est fait proche, il ne s’est pas éloigné : il s’est rapproché. Il lui a pansé les plaies, en versant de l’huile et du vin. Mais il ne l’a pas laissé ici », en pensant, comme beaucoup, qu’il aurait fait sa part : non, il l’a ensuite pris en charge sur sa selle, l’a emmené dans une auberge et il a pris soin de lui, mais, le jour suivant, devant s’en aller pour ses affaires, il a payé l’aubergiste pour qu’il prenne soin de lui, en lui disant aussi que ce qu’il aurait dépensé en plus «de ces deux deniers », il les lui paierait à son retour.

 

Et le Saint Père de poursuivre : ‘‘Ceci est « le mystère du Christ » qui « s’est fait serviteur, s’est abaissé, s’est annihilé et est mort pour nous ». Jésus « n’est pas passé outre, il est allé vers nous, blessés à mort, il a pris soin de nous, il a payé pour nous, et il continue à payer », et «il paiera, quand il viendra pour la deuxième fois », comme «il a déjà payé ». 

Avec ce mystère Jésus répond au docteur de la Loi, qui voulait le mettre à l’épreuve. Jésus est le Bon Samaritain qui invite cet homme à faire la même chose !

 

« En regardant cette parabole, nous comprendrons mieux la profondeur, la grandeur du mystère de Jésus-Christ. Le Docteur de la loi s’en est allé sans rien dire, plein de honte, il n’a pas compris. Il n’a pas compris le mystère du Christ.

 

Mais peut-être qu’il aura compris ce principe humain qui nous rapproche de la compréhension du mystère du Christ : le fait que chaque homme regarde un autre homme de haut en bas seulement quand il doit l’aider à se relever. Et si quelqu’un fait cela, il est en bon chemin, et sur la bonne voie, vers Jésus. »

 

En faisant référence à l’aubergiste qui « n’a rien compris » mais a ressenti «de la stupeur », la stupeur de la rencontre avec quelqu’un qui faisait des choses dont il n’avait jamais entendu qu’elles puissent se faire, le Pape François précise que cet étonnement de l’aubergiste traduit justement la surprise de la rencontre avec Jésus. Et le Saint Père de conclure : « Qu’est-ce que je fais, moi ? Est-ce que je suis un brigand, un manipulateur, un corrompu ? Est-ce que je suis un prêtre qui regarde, et qui s’en va ? Ou un dirigeant catholique qui fait la même chose ? Ou bien, suis-je un pécheur ? Quelqu’un qui doit être condamné pour ses propres péchés ? Est-ce que je me rapproche, je me fais proche, je prends soin de celui qui est dans le besoin ? Comment est-ce que je fais moi, face à tellement de blessures, a tellement de personnes blessées que je rencontre tous les jours ? Est-ce que je fais comme Jésus, prenant la forme d’un serviteur ? Cela nous fera du bien de faire cette réflexion, en lisant et relisant ce passage.

 

 

 

 

Aller plus en profondeur de ce que nous avons vécu de positifs l’an dernier, élargir l’espace de nos tentes, c’est nous aussi, à l’exemple de Jésus, notre bon Samaritain, qui se penche sur nous pour guérir nos blessures, savoir éprouver de la compassion et porter secours aux personnes qui souffrent.

Vivre de partage et de solidarité, c’est comprendre qu’il n’existe de vrai culte que lorsque celui-ci est vraiment mis au service du prochain. Il s’agit pour nous  catholiques, de ne jamais regarder les gens épuisés par la faim, la violence et les injustices en simple spectateurs, mais avec compassion en allant vers eux comme le Seigneur fait avec chacun de nous. En effet, ‘‘Dieu ne nous ignore pas, il connait nos peines et sait quand nous avons besoin d’aide et de consolation, Il nous caresse et nous guérit et, même si [nous] Le repoussons, Il reste à nos côtés et attend’’ comme le dit le Pape François.

Conscient qu’avec l’aide et le secours du Saint Esprit, nous pouvons relever  les défis qui se présentent à notre vivre ensemble pour nous inscrire résolument dans une vie de partage et de solidarité, je voudrais cette année encore vous faire ces appels.

 

IV. APPELS

 

1-    A MES FRÈRES PRÊTRES

 

L’an dernier, une chape de plomb s’était abattue sur notre presbyterium et nous avait tous plongés dans une situation difficile. Cette chape de plomb, nous l’avons tous vécue comme une écharde dans nos cœurs. Tous, nous avons supplié le Seigneur de nous aider à sortir de cette situation à la fois délicate et difficile. Cette situation regrettable, c’est celle qui m’autorise à vous inviter, vous mes frères prêtres, à plus de vigilance, de prudence et de solidarité entre vous.

 

Le Directoire pour le ministère et la vie des prêtres ne dit pas autre chose quand il affirme ceci : ‘‘Le presbyterium est un lieu privilégié où le prêtre devrait pouvoir trouver les moyens spécifiques de formation, de sanctification et d’évangélisation. Il devrait y être aidé à surmonter les limites et les faiblesses propres à la nature humaine qui sont particulièrement ressenties de nos jours. Le prêtre par conséquent fera un effort pour éviter de vivre son sacerdoce de manière isolée et subjective.

Il cherchera à favoriser la communion fraternelle en donnant et en recevant – de prêtre à prêtre – la chaleur de l’amitié, de l’aide affectueuse, de l’accueil, de la correction fraternelle, bien conscient que la grâce de l’Ordre ‘‘assume et élève les rapports humains, psychologiques, affectifs, amicaux et spirituels... et se révèle concrètement dans les formes les plus variées d’entraide spirituelle et aussi matérielle’’.

L’exemple de solidarité à donner ici ne doit pas être compris comme un soutien naïf, une complaisance, une solidarité malsaine mais bien comme la main tendue par le Christ à tout pécheur désireux de repentir. Resserrer nos rangs, prendre conscience que nous appartenons au même corps nous offrira la force nécessaire pour répondre de manière efficiente à notre vocation commune, à l’appel que le Christ nous a adressé à tous.

Le même Directoire poursuit en révélant que ‘‘le profond sens ecclésial du presbyterium non seulement ne met pas obstacle, mais facilite les responsabilités personnelles de chaque prêtre dans l’exercice du ministère particulier confié par l’évêque. La capacité de cultiver et de vivre des amitiés sacerdotales mûres et profondes apparaît comme une source de sérénité et de joie dans l’exercice du ministère, un soutien décisif dans les difficultés, et une aide précieuse pour la croissance de la charité pastorale, que le prêtre doit exercer d’une façon particulière envers les confrères en difficulté qui ont besoin de compréhension, d’aide et de soutien.

 

La fraternité sacerdotale, expression de la loi de la charité, bien loin de se réduire à un simple sentiment, devient pour les prêtres une mémoire existentielle du Christ et un témoignage apostolique de communion ecclésiale.’’

J’engage pour cette année pastorale, chacun de nous à veiller sur la vie et le ministère de son confrère. Les aînés dans le sacerdoce, les Vicaires généraux, épiscopaux et les curés doyens, veilleront à ce que s’installent entre nous, de vraies relations de fraternité, de solidarité et de partage. Il y va de la crédibilité de notre presbyterium et de l’annonce de la Parole dont nous sommes les intendants.

Cette année, un accent particulier sera mis sur la vie communautaire en ce sens que ‘‘la vie commune manifeste l’aide que le Christ accorde à notre existence en nous appelant à travers la présence des frères à une configuration toujours plus profonde à sa personne. Vivre avec les autres signifie accepter la nécessité de l’humilité, de la pénitence, mais également de la conversion, du pardon réciproque, du soutien mutuel’’. En ce sens, je vous recommande ‘‘une vie commune qui s’oriente tout entière vers le ministère proprement spirituel ; la pratique de rencontres fréquentes au cours desquelles ont lieu de fraternels échanges d’idées, de conseils et d’expériences entre confrères ; l’encouragement à entrer dans des associations qui favorisent la sainteté sacerdotale’’, et j’y tiens fermement !

Je vous invite tous à retenir comme la plus importante de nos activités, la participation communautaire à la prière liturgique. En effet, il faut savoir demeurer avec Jésus pour pouvoir savoir être avec les autres. J’insiste pour que les curés favorisent la vie commune dans la maison paroissiale avec leurs vicaires, en les considérant effectivement comme des collaborateurs qui participent à la sollicitude pastorale ; de leur côté, les vicaires, pour construire la communion sacerdotale, doivent reconnaître et respecter l’autorité du curé.

 

Enfin, vous n’oublierez pas comme le dit si bien le Directoire, que ‘‘le prêtre ne pourra exprimer son amour pour le Seigneur et pour l’Église sans le traduire dans un amour effectif et inconditionnel pour le peuple chrétien, objet de son soin pastoral.’’ Je vous exhorte tous à relire en équipes presbytérales, le Directoire pour le ministère et la vie des prêtres. Désormais, soyez vous-mêmes, les premiers catéchètes de vos catéchumènes en les rencontrant au moins une fois par mois. Il en va de même pour les préparations de mariage et autre sacrement : impliquez-vous vous-mêmes !

Ce serait faire preuve de charité envers ceux qui viennent à vous sans qu’ils aient l’impression d’avoir été délaissés entre les mains de laïcs, vos collaborateurs dont je salue au passage le dévouement.

Et comme pour l’année pastorale écoulée, j’engage ici, les Vicaires Généraux aidés des Vicaires épiscopaux et du Conseil Presbytéral à me proposer un schéma d’application concret du thème de l’année pastorale, qui sera une feuille de route pour chacun de nous, dans les plus brefs délais.  Je renouvelle encore mon invitation à étendre à toutes les paroisses de notre Archidiocèse d’Abidjan, en collaboration avec la Coordination des Communautés Nouvelles, l’organisation des cénacles à partir de thèmes uniques d’enseignement, qui porteront sur les sept (7) dons du Saint Esprit. Enfin, je souhaite que l’hymne qui a été composée avec les mots mêmes du thème de notre année pastorale soit connue de toutes nos chorales, qui l’exécuteront à la fin de toutes nos grandes célébrations eucharistiques. Tous, nous devrons regarder dans une même direction !

 

 

 

 

 

 

 

2       - APPEL AUX RELIGIEUX, RELIGIEUSES

 

 

L’adresse que j’ai faite aux prêtres vous concerne également en ces grandes lignes en ce sens que tous, nous avons un témoignage à donner à nos frères et sœurs. Comme vous le savez certainement, vous portez une identité qui dit ce que vous êtes appelés à être : ‘‘religieux et religieuses’’ ! De même que nos chrétiens appellent très respectueusement leurs prêtres ‘‘mon père’’  et qu’ils attendent d’eux d’être des ‘‘pères’’, de même, vous aussi, vous êtes désignés du qualificatif ‘‘mon frère’’, ‘‘ma sœur’’. Ces qualificatifs, vous devez les traduire en actes concrets en vivant réellement en frères et sœurs et en le laissant transparaître! Il ne s’agit pas ici de faire semblant, de jouer un rôle comme dans une pièce de théâtre !

S’il est vrai que vous n’êtes pas exposés aux feux de la rampe comme les prêtres, il n’en demeure pas moins que Celui qui vous a appelés à tout laisser pour le suivre, vous regarde vivre au quotidien votre relation avec Lui et avec vos frères et sœurs communautaires, ces frères et sœurs que vous n’avez pas choisis et que le Christ vous ‘‘impose’’ d’une certaine manière !

L’an dernier, je vous invitais à comprendre que le frère ou la sœur que le Seigneur met sur les chemins de votre vocation est une chance pour vous et que le pauvre devant la porte du riche ne représente pas un obstacle gênant mais un appel à nous convertir et à changer de vie. Vous devez donc vous montrer solidaires non seulement de vos frères et sœurs communautaires mais également du monde dans lequel vous vivez.

Le Concile Vatican ll ne dit pas autre chose quand il affirme ceci : ‘‘ils s’éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n’avons point ici-bas de cité permanente, mais que nous marchons vers la cité future croient pouvoir, pour cela, négliger leurs tâches humaines, sans s’apercevoir que la foi même, compte tenu de la vocation de chacun, leur en fait un devoir plus pressant. Mais ils ne se trompent pas moins ceux qui, à l’inverse, croient pouvoir se livrer entièrement à des activités terrestres en agissant comme si elles étaient tout à fait étrangères à leur vie religieuse – celle-ci se limitant alors pour eux à l’exercice du culte et à quelques obligations morales déterminées. Ce divorce entre la foi dont ils se réclament et le comportement quotidien d’un grand nombre est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps.’’

C’est dire que vous aussi, votre consécration au Christ ne vous met pas en index de notre marche commune. Vous devez en ce sens vous aussi apprendre à découvrir les souffrances qui se cachent derrière certaines bravoures de vos frères et sœurs communautaires tout comme de tous ceux vers qui votre apostolat pourrait vous conduire.

Solidarité et partage pourraient se traduire aussi par une prière plus assidue pour notre pays et pour tous ceux qui l’habitent. J’insiste pour dire qu’il ne s’agit pas d’une prière ‘‘vague’’ et qui ne serait pas enracinée dans le vécu de vos frères et sœurs, eux qui ont faim et soif de solidarité et de partage.

 

3-APPEL AUX COMMUNAUTÉS NOUVELLES

 

         Dans son Exhortation apostolique post-synodale ‘‘Verbum Domini’’, le Pape émérite Benoît XVI affirme ceci : ‘‘les horizons immenses de la mission ecclésiale, la complexité de la situation présente demandent aujourd’hui des modalités nouvelles pour communiquer de façon efficace la Parole de Dieu. L’Esprit Saint, premier agent de toute évangélisation, ne manquera jamais de guider l'Église du Christ dans cette action. Il est important toutefois que chaque forme d’annonce soit structurée par la relation intrinsèque entre communication de la Parole de Dieu et témoignage chrétien.

De cela dépend la crédibilité même de l’annonce. D’une part, la Parole est nécessaire pour communiquer ce que le Seigneur lui-même nous a dit ; d’autre part, il est indispensable de donner crédibilité à cette parole par le témoignage afin qu’elle n’apparaisse pas comme une belle philosophie ou une utopie, mais plutôt comme une réalité que l’on peut vivre et qui fait vivre. Cette réciprocité entre Parole et témoignage rappelle la manière par laquelle Dieu lui-même s’est communiqué dans l’incarnation de son Verbe. La Parole de Dieu rejoint les hommes « à travers la rencontre avec des témoins qui la rendent présente et vivante »… Il y a un rapport étroit entre le témoignage de l’Écriture, comme attestation que la Parole de Dieu donne d’elle-même, et le témoignage de vie des croyants.’’

         Ce témoignage de vie des croyants, c’est celui que pour notre archidiocèse d’Abidjan, nous essayons de traduire depuis l’année pastorale écoulée par une vie de partage et de solidarité, aidés en cela par la force qui nous est donnée par le Saint Esprit. Tout en vous reconnaissant un certain droit à la proclamation de cette parole par le fait même que votre baptême vous confère à vous aussi, le sacerdoce commun, je ne peux m’empêcher de m’interroger avec vous : appartenez-vous encore à notre Eglise diocésaine ou bien vivez-vous comme vous le souhaitez, libre vis-à-vis de tous, même de l’Ordinaire que je suis ?

L’an dernier, l’un des témoignages que j’attendais de vous était de vous voir collaborer avec moi à l’édification du peuple de Dieu, par les orientations que je vous avais données. Je me rappelle vous avoir dit que  je continue de croire en vos divers charismes. Toutefois je m’étais interrogé pour savoir si vos charismes vous ont-ils rendus plus proches, plus sensibles à la souffrance de vos frères et sœurs ? Et de me demander : ne prêchez-vous pas uniquement pour vos chapelles au point d’être préoccupés uniquement par le nombre de vos adeptes ? Avez-vous conscience qu’il s’agit uniquement du même troupeau que le Christ nous recommande de faire paître ? Que faisons-nous des pauvres parmi nous ?

Comme le dit le Pape émérite dans cette même exhortation : ‘‘notre responsabilité ne se limite pas à proposer au monde des valeurs communes ; il faut arriver à l’annonce explicite de la Parole de Dieu. C’est seulement ainsi que nous serons fidèles à la mission du Christ : « La Bonne Nouvelle, proclamée par le témoignage de la vie, devra donc être tôt ou tard proclamée par la Parole de vie. Il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, ne sont pas annoncés.’’ 

Cette année, je vous invite à rejoindre votre église, vos paroisses pour vous engager avec vos prêtres, vos frères et sœurs, sur l’unique et même chemin qui passe par le partage et la solidarité. Je vous exhorte à vous rapprocher de vos curés de paroisses pour voir avec eux comment monnayer concrètement dans vos différentes prédications le thème de l’année tel que présenté. Il ne s’agit plus pour vous d’avoir une inspiration autre que celle qui conduit notre marche diocésaine. J’accorde un très grand prix à cette recommandation en engageant les curés à être disponibles pour cet échange.

Jamais, les prêtres ne seront en concurrence avec vous sur le terrain de l’apostolat. C’est ensemble, main dans la main, pour la gloire de l’unique Seigneur et sauveur que nous œuvrons, chacun avec son charisme propre, non comme des adversaires, mais comme des partenaires.

 

 

 

 

 

 

 

4. APPEL AUX JEUNES

 

On peut lire dans l’Exhortation Apostolique post-synodale ‘‘Ecclesia in Africa’’ ces paroles qui, à mon sens devraient fouetter votre orgueil en tant que espoirs de demain pour nos nations. Je cite : ‘‘une situation commune est, sans aucun doute, le fait que l'Afrique est saturée de problèmes : dans presque toutes nos nations, il y a une misère épouvantable, une mauvaise administration des rares ressources disponibles, une instabilité politique et une désorientation sociale. Le résultat est sous nos yeux : misère, guerres, désespoir. Dans un monde contrôlé par les nations riches et puissantes, l'Afrique est pratiquement devenue un appendice sans importance, souvent oublié et négligé par tous »…

L'Afrique est un continent où d'innombrables êtres humains — hommes et femmes, enfants et jeunes — sont étendus, en quelque sorte, sur le bord de la route, malades, blessés, impotents, marginalisés et abandonnés. Ils ont un extrême besoin de bons Samaritains qui leur viennent en aide.’’

 

Chers fils,

 

Les défis qui sont les nôtres en matière de développement sont trop nombreux et ne sauraient souffrir que ceux qui constituent la relève de nos états partent en rangs dispersés et handicapés par un manque de cohésion si ce n’est par une attitude de replis sur soi-même, pour ne pas parler d’égoïsme. En le disant, je veux vous exhorter à prendre davantage conscience dès aujourd’hui de ce que solidaires, nous sommes forts mais divisés, nous sommes à la merci du premier vendeur d’illusion qui se présentera à nous.

 

 

La parabole du Bon Samaritain est l’occasion que le Christ saisit pour nous donner des instructions sur notre marche commune à sa suite. Je pense pour ma part que ces instructions qui portent dans une certaine mesure sur notre vivre ensemble est encore d’actualité en ce sens que les stigmates de la crise que nous avons connue sont encore assez visibles, pour celui qui sait lire entre les lignes, les propos que nous tenons où entendons à longueur de journée, et cela, relativement aux problèmes de la réconciliation en Côte d’ivoire.

Vous ne devez pas vous résigner à voir notre pays et ses habitants être considérés comme des malades, des blessés, des impotents, des marginalisés et finalement comme des abandonnés sur le bord de la route, attendant d’hypothétiques bons Samaritains qui leur viennent en aide. Je fais le rêve que ces bons samaritains, ce soient vous amis jeunes ! Votre engagement à la suite du Christ est désormais connu de tous.

Comme je vous le disais à l’occasion des confirmations l’an dernier, il est possible aujourd’hui encore, par l’action du Saint Esprit, de s’entendre et de se comprendre quelques soient nos différences religieuses, nos appartenances politiques ou ethniques, nos situations sociaux professionnelles ! Oui, il est possible aujourd’hui encore, par l’action du Saint Esprit, qu’un peuple nouveau surgisse, et que la réunification commence pour la gloire de Dieu et pour notre salut à tous. Cette réunification, c’est celle qui se décline pour nous en termes de partage et de solidarité.

Vous aussi, avec vos aumôniers paroissiaux, je vous invite à me proposer avant la fin de ce mois d’octobre, un programme d’actions concrètes en direction des jeunes et qui prenne en compte le thème de notre année pastorale. J’ai confiance en vous parce que vous avez su me démontrer que quand vous voulez, vous pouvez ! Je vous assure mes prières ferventes pour chacun de vous, en ce début d’année scolaire et académique !  

 

5 - APPEL AUX JOURNALISTES ET HOMMES DE MEDIAS

 

Chers amis des médias,

La répétition est pédagogique dit-on et je voudrais vous ramener, en espérant que vous prêterez une oreille plus attentive à mes propos, à l’appel que je ne cesse de vous adresser régulièrement. Beaucoup de vos articles de presse ont réussi l’exploit de nous déconnecter de la réalité du moment pour nous plonger déjà à 2020, crispant les attentions et les énergies uniquement vers cet horizon, oubliant que Dieu seul est Maître de la vie et que d’ici là, nous avons à vivre ensemble, au quotidien !

Je me demande parfois, s’il vous arrive de lire ou de relire vos propres articles de presse ainsi que ceux de vos confrères appartenant à d’autres rédactions ! Encore une fois, je vous invite à méditer les paroles du Pape François: ‘‘que de mal les paroles ne font-elles pas lorsqu’elles sont animées par des sentiments de jalousie ou d’envie ! Mal parler du frère en son absence, c’est le mettre sous un faux jour, c’est compromettre sa réputation et l’abandonner aux ragots. Ne pas juger et ne pas condamner signifie, de façon positive, savoir accueillir ce qu’il y a de bon en toute personne et ne pas permettre qu’elle ait à souffrir de notre jugement partiel et de notre prétention à tout savoir.’’

Certains de vos écrits me donnent le sentiment que vous n’avez cure de ce qui pourrait arriver au cas où le pays s’embraserait! Ceux qui achètent vos journaux ne sont-ils pas vos frères et sœurs ? La charité commande-t-elle vos écrits ? Vos écrits sont une forme de partage : partage de l’information, partage de vérités sur la vie et la marche du monde et de notre pays ! Mais quand un partage est biaisé, consciemment faussé, ne pensez-vous pas qu’il peut être source de conflit ?

 

Il y’a deux années, à l’occasion de la rentrée pastorale, je vous disais que ‘‘je crois fortement que vous nous rendriez un grand service, si vous acceptez de vous mettre au service de la communication, de l’information, de l’éducation et du divertissement, rien que cela, en évitant d’être au service d’un intérêt politique ou mercantile. Être au service de l’unique vérité, sans passion et sans compromis, voici ce que j’attends de vous pour cette année que Dieu nous donne et que nous voulons accueillir avec vous, comme une année de grâce accordée par le Seigneur. Sur ce chemin de la communication de l’unique vérité, sans fards et sans faux-fuyants, vous pouvez compter sur ma prière.’’

Ai-je été seulement écouté et compris ? encore une fois, de même que Dieu ne désespère de personne, moi non plus, je ne désespère de personne et je continue de croire que votre rôle dans nos états est trop important. Au nom du Seigneur, je vous exhorte par vos plumes, à nous aider à désarmer les cœurs endurcis, pour que notre vœu de vivre une année de partage et solidarité ne soit pas une simple vue de l’esprit. Je sais que le Saint Esprit est capable de vous conduire vous aussi, mais à condition que vous l’acceptiez, vous aussi. Ma prière se fait forte pour vous.

 

6 -APPEL AUX LEADERS POLITIQUES

 

Comme toutes les années , je me fais l’agréable devoir de m’adresser à vous mes frères, vous qui animez la marche politique de notre pays pour vous encourager dans votre détermination à vouloir offrir ce qu’il y a de bien, de grand et de beau à nos concitoyens. Mais pour cette année particulièrement, je me suis posé à moi-même un certain nombre de questions : comment exercer librement ses activités politiques dans un pays divisé, quand nos concitoyens ont faim ?

 

Comment réussir à mettre en œuvre son projet de société quand les habitants d’un même pays ont l’impression d’être à vos yeux uniquement que du bétail électoral dont l’importance n’est révélée qu’à l’occasion des joutes électorales ?

Comment croire encore à la politique sous nos tropiques, quand on pense à tort ou à raison que ce sont ceux qui veulent nous diriger qui sont la cause de nos maux ? Ces questions que je me suis posées relèvent du constat que j’ai pu faire en écoutant nombre de nos frères et sœurs. Serait-il exagéré de dire qu’un profond malaise habite notre pays et ses habitants ? Et ce, malgré le geste combien magnanime qu’a posé le Chef de l’Etat à qui je dis solennellement un très grand merci en signant l’ordonnance portant amnistie de 800 de nos concitoyens poursuivis ou condamnés pour des infractions en lien avec la crise post-électorale de 2010.

L’an dernier, je vous indiquais que le manque d'humilité et le refus des différences, l’égoïsme et l'orgueil génèrent presque toujours les animosités, la haine et les situations confligènes. Il en va de même avec le chômage, la dégradation des mœurs et du tissu social avec pour corollaire la paupérisation de nos populations. Beaucoup de nos frères et sœurs ont le sentiment que la croissance économique qui est certainement vraie ne profite en fait qu’à une infime minorité et ont le sentiment que la pauvreté se fait sélective. Je crois personnellement qu’il revient à ceux qui gouvernent nos Etats de créer le cadre de ce partage et de cette solidarité et d’en prendre les moyens. Aussi ma voix se fait-elle forte pour inviter le régime à accentuer réellement (comme il l’a dit) les efforts en ce qui concerne le social et la lutte contre la cherté de la vie.

Par ailleurs, je vous disais aussi que le vivre-ensemble est encore pour beaucoup de nos concitoyens à l’étape d’un vœu pieux voire un slogan de campagne qui passe difficilement. L’horizon 2020 que nous espérions tous être celui de l’émergence semble de plus en plus trouble à cause des alliances qui se font et se défont à la grande stupéfaction de nos concitoyens.

Plus simplement et sans être pessimiste, beaucoup ont peur. Ont-ils raison de l’être ?

Dans la parabole du Bon Samaritain, le pape François faisait remarquer ceci face à ceux qui se dérobent d’apporter de l’aide à l’homme blessé : ‘‘une attitude habituelle entre nous : regarder une calamité, regarder une mauvaise chose, et passer outre. Et ensuite la lire dans les journaux, un peu dépeinte dans le scandale ou le sensationnalisme. Au contraire, ce païen, pécheur, qui était en voyage, a vu et n’est pas passé outre: il a eu compassion’’. En sera-t-il de même pour vous face à vos concitoyens ?

Bientôt, ce seront les élections locales et régionales pour lesquelles il aurait fallu un vrai et courageux dialogue entre le parti au pouvoir et l’opposition. Mais cela a manqué, et c’est dommage! Cependant, quoiqu’il en soit, l’amour que vous et nous avons chacun pour notre pays, doit nous engager tous à le préserver de toute action violente à l’occasion de ces joutes électorales.  Serez-vous pour nos concitoyens, les bons samaritains que le Christ mettra sur les chemins de cette vie de partage et de solidarité que nous appelons de tous nos vœux ?

 

7-APPEL AUX FEMMES

Cet appel aux femmes, c’est celui que j’adresse aux « femmes de toutes conditions, filles, épouses, mères et veuves ; à vous aussi, vierges consacrées et femmes solitaires ». C’est à dessein que je m’adresse à vous en dernier ressort pour vous confier toutes les adresses que j’ai faites. Comme dit le Concile Vatican II, »….l’heure vient, l’heure est venue, où la vocation de la femme s’accomplit en plénitude…  C’est pourquoi, en ce moment où l’humanité connaît une si profonde mutation, les femmes imprégnées de l’esprit de l’Evangile peuvent tant pour aider l’humanité à ne pas déchoir. Vous femmes, vous avez toujours en partage la garde du foyer, l’amour des sources, le sens des berceaux. Vous êtes présentes au mystère de la vie qui commence. »

Je vous confie une mission spéciale en cette année pastorale : « Réconciliez les hommes avec la vie. Et surtout veillez, nous vous en supplions, sur l’avenir de notre espèce. Retenez la main de l’homme qui, dans un moment de folie, tenterait de détruire la civilisation humaine. Epouses, mères de famille, premières éducatrices du genre humain dans le secret des foyers, transmettez à vos fils et à vos filles les traditions de vos pères, en même temps que vous les préparez à l’insondable avenir. »

« Vous surtout, vierges consacrées, dans un monde où l’égoïsme et la recherche du plaisir voudraient faire la loi, soyez les gardiennes de la pureté, du désintéressement, de la piété…Femmes dans l’épreuve, qui vous tenez toutes droites sous la croix à l’image de Marie, vous qui, si souvent dans l’histoire, avez donné aux hommes la force de lutter jusqu’au bout, de témoigner jusqu’au martyre, aidez-les encore une fois à garder l’audace des grandes entreprises, en même temps que la patience et le sens des humbles commencements. Femmes, ô vous qui savez rendre la vérité douce, tendre, accessible, attachez-vous à faire pénétrer l’esprit de [de cette année pastorale où nous sommes appelés à vivre de solidarité et de partage] dans les institutions, les écoles, les foyers, dans la vie de chaque jour. Femmes de tout l’univers, chrétiennes ou incroyantes, vous à qui la vie est confiée en ce moment si grave de l’histoire, à vous de ‘sauver la paix du monde !’, dans notre pays. Je reste ouvert à toutes vos propositions pour ensemble impacter notre pays. Je vous confie tous les appels que j’ai adressés ainsi que la paix dans notre paix.

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION

A la fin de ce message, je voudrais citer encore une fois le Concile Vatican II : ‘‘ En ces années mêmes, où les douleurs et les angoisses de guerres tantôt dévastatrices et tantôt menaçantes pèsent encore si lourdement sur nous, la famille humaine tout entière … doit entreprendre une œuvre qui ne peut être menée à bien que par la conversion renouvelée de tous à une paix véritable : édifier un monde qui soit vraiment plus humain pour tous et en tout lieu...

La paix n’est pas une pure absence de guerre et elle ne se borne pas seulement à assurer l’équilibre de forces adverses ; elle ne provient pas non plus d’une domination despotique…Elle est le fruit d’un ordre inscrit dans la société humaine par son divin fondateur, et qui doit être réalisé par des hommes qui ne cessent d’aspirer à une justice plus parfaite. En effet, encore que le bien commun du genre humain soit assurément régi dans sa réalité fondamentale par la loi éternelle, dans ses exigences concrètes il est pourtant soumis à d’incessants changements avec la marche du temps : la paix n’est jamais chose acquise une fois pour toutes, mais sans cesse à construire. Comme de plus la volonté humaine est fragile et qu’elle est blessée par le péché, l’avènement de la paix exige de chacun le constant contrôle de ses passions et la vigilance de l’autorité légitime.

Mais ceci est encore insuffisant. La paix dont nous parlons ne peut s’obtenir sur terre sans la sauvegarde du bien des personnes, ni sans la libre et confiante communication entre les hommes, des richesses de leur esprit et de leurs facultés créatrices. La ferme volonté de respecter les autres hommes et les autres peuples ainsi que leur dignité, la pratique assidue de la fraternité sont absolument indispensables à la construction de la paix. Ainsi la paix est-elle aussi le fruit de l’amour qui va bien au-delà de ce que la justice peut apporter.

 

La paix terrestre qui naît de l’amour du prochain est elle-même image et effet de la paix du Christ qui vient de Dieu le Père. Car le Fils incarné en personne, prince de la paix, a réconcilié tous les hommes avec Dieu par sa croix, rétablissant l’unité de tous en un seul peuple et un seul corps. Il a tué la haine dans sa propre chair et, après le triomphe de sa résurrection, il a répandu l’Esprit de charité dans le cœur des hommes.

C’est pourquoi, accomplissant la vérité dans la charité (Ep 4, 15), tous les chrétiens sont appelés avec insistance à se joindre aux hommes véritablement pacifiques pour implorer et instaurer la paix. Poussés par le même esprit, nous ne pouvons pas ne pas louer ceux qui, renonçant à l’action violente pour la sauvegarde des droits, recourent à des moyens de défense qui, par ailleurs, sont à la portée même des plus faibles, pourvu que cela puisse se faire sans nuire aux droits et aux devoirs des autres ou de la communauté.

Dans la mesure où les hommes sont pécheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu’au retour du Christ. Mais dans la même mesure où, unis dans l’amour, les hommes surmontent le péché, ils surmontent aussi la violence, jusqu’à l’accomplissement de cette parole : « De leurs épées ils forgeront des socs et de leurs lances des faucilles. Les nations ne tireront plus l’épée l’une contre l’autre et ne s’exerceront plus au combat » (Is 2, 4).

Sur ces paroles, je souhaite à tous une bonne rentrée pastorale et vous confie tous ainsi que notre pays, à l’intercession bienveillante de la Vierge Marie, Notre Dame de la Paix et de la réconciliation et de Saint Paul. Qu’à leur intercession, nous arrivions à vivre tous de partage et de solidarité par l’action du Saint Esprit, pour une Côte d’Ivoire où il fait vraiment bon vivre !

 

+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ
Archevêque Métropolitain d’Abidjan