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Protection des mineurs : selon Mgr Dogbo, il faut adapter la communication à la culture

 Mgr Ignace Bessi Dogbo Mgr Ignace Bessi Dogbo 

 

La rencontre sur la protection des mineurs dans l’Eglise qui a réuni notamment 114 présidents des conférences épiscopales du monde, s’est achevée à Rome dimanche 24 février 2019 par une messe. Beaucoup de présidents des conférences épiscopales rentrent avec une plus grande prise de conscience de la réalité du problème et de son universalité.

Entretien réalisé par Jean-Pierre Bodjoko, SJ – Cité du Vatican

L’appréhension du phénomène des abus sur les mineurs varie d’un continent à un autre. Mgr Ignace Bessi Dogbo, évêque de Katiola et président de la Conférence Episcopale de la Côte d’Ivoire, estime qu’en Afrique, on ne peut pas nier la réalité du phénomène, même si on n'en parle pas. En raison de la divergence des cultures, il propose une adaption de la communication d’un lieu à un autre.

https://media.vaticannews.va/media/audio/s1/2019/02/25/18/134890563_F134890563.mp3

Nous sommes venus avec quelques appréhensions… Parce qu’on s'est dit quel est ce problème qui chez nous reste tabou : on n'en parle pas... Est-ce que ça existe… ça n'existe pas. J'ai fait une interview avant de venir…. Le Pape, je pense qu'il veut nous envoyer en mission. Puisque le thème est positif : « La protection des mineurs ». Je pense que le Pape veut nous avons une mission. Nous sommes venus avec des appréhensions mais ici nous avons découvert que le problème était sérieux et donc c'est surtout dans le groupe que nous avons apporté notre contribution. Des diocèses, des pays ont révélé qu'effectivement on ne peut pas nier la réalité en Afrique même si on n'en parle pas, cette réalité existe bel et bien. Donc il faut que nous entrions dans la vision de l'Eglise universelle du Pape. Il faut que nous sachions que le problème sexuel, le péché est partout, en Afrique, en Europe.. peut-être à des degrés plus ou moins variés.

Quand vous dites que le problème existe aussi en Afrique vous voulez insinuer par là qu'il y a des cas concrets que vous avez déjà par exemple traités dans votre diocèse ?
Non ! Dans mon diocèse je n’ai pas traité de cas. Mais je pense que l'entretien de la sœur de ce matin nous a ouvert les yeux. On ne peut pas nier puisque (elle-même) elle a été courageuse et elle a témoigné qu’elle-même a été victime. Donc je pense que même dans le diocèse puisqu’on n'y a jamais pensé. Il y a quelques années…. J’ai appris que Rome avait demandé depuis 2014 que les diocèses et conférences puissent faire quelque chose mais chez nous j'ai été surpris parce que apparemment on n'a eu aucune information.

Donc vous pensez que le problème existe mais la différence est qu'en Afrique on parle très peu publiquement des problèmes de sexes et c'est difficile aussi pour les victimes même de dénoncer puisque elles ont honte pour elles-mêmes, et pour la famille.
Oui les victimes… c’est partout que les victimes ont honte de dénoncer, d’en parler…en Afrique comme en Europe. Et comme vous le savez les affaires de sexe c'est tabou en Afrique. Mais ça ne veut pas dire qu'on est plus saint mais on n'en parle pas, on n'ose pas en parler.

Votre Conférence épiscopale va maintenant prendre la chose au sérieux et chercher des dispositions, ou prendre des dispositions pour mieux protéger les mineurs ?
Parce que je crois qu'il faut positiver cette rencontre et donc en partant en tant que président de la Conférence je vais demander à mes confrères, à notre rencontre de mars… Que nous puissions prendre le problème au sérieux et nous dire que ce n'est pas contre l'Eglise au contraire c'est dans l'intérêt même de l'Eglise de prendre ce problème à bras le corps, de le traiter à l'intérieur de l’Eglise. Et en le traitant à l’intérieur de l’Eglise on pourra aider aussi la société.

Quand vous dites que le problème doit être traité à l’intérieur de l’Eglise.. c’est en tenant compte des cultures locales… Puisque si on ne traite pas avec une attention particulière on risque de scandaliser les chrétiens…
Ah oui c'est ça il faut bien sûr les préparer. Parce que effectivement il y a des films parfois qui veulent aller contre certaines dérives. Mais quand on ne les regarde pas jusqu'à la fin on prend une autre direction ou une autre décision parce qu'on n'a pas fini le film. Alors on peut produire l'effet inverse si on ne va pas jusqu'au bout dans la communication en expliquant bien les choses aux gens… Je crois qu'il faut qu'on fasse attention parce que qu'on peut produire l'effet inverse avec une communication qui n'a pas été préparée dans une certaine culture. On doit adapter la communication à la culture dans laquelle on est. Je pense que l'Eglise en Afrique doit être une église qui évangélise, qui évangélise la culture, qui aide à sortir de ce qui peut être déviation, de tout ce qui peut détruire l'homme et particulièrement l'enfant mineur.
 

25 février 2019, 18:03