DIFFICULTE DE COLLABORATION ET DE COMMUNICATION ENTRE LES DIFFERENTES COMPOSANTES DE L’ÉGLISE Sr Sandrine Désirée AGNERO Religieuse de Notre Dame de la Paix
DIFFICULTE DE COLLABORATION ET DE COMMUNICATION ENTRE LES DIFFERENTES COMPOSANTES DE L’ÉGLISE
Introduction
Nous rendons grâce au Seigneur qui a commencé à nous faire expérimenter les fruits du synode sur la synodalité. Pour ma part, cette session unique de rentrée pastorale, répond à la recommandation du synode qui demande aux Eglises locales de poursuivre la méthodologie synodale de consultation et de discernement. La mission de l’Eglise exige de chacun de nous, collaboration et communication. Comment se font cette collaboration et cette communication ? quelles sont les différentes composantes qui se croisent dans le champ missionnaire ? autant de questions qui nous aident à cerner le thème qui nous retient à savoir : Difficultés de collaboration et de communication entre les différentes composantes de l’Eglise. Pour aborder la question plus aisément une définition terminologique est nécessaire.
- Collaboration renvoie au travail en commun, action de collaborer, de participer à une œuvre avec d'autres. Le verbe « collaborer » vient de la racine latine collaborare (travailler avec), qui se compose du préfixe latin cum- (avec, ensemble) et du verbe laborare (travailler, se fatiguer). Le mot a été emprunté par le français et a conservé ce sens d'action de travailler conjointement avec d'autres pour atteindre un objectif commun.
- Communication c’est l'action de communiquer avec quelqu'un, d'être en rapport avec autrui, généralement par le langage, ainsi que l'échange verbal entre un locuteur et un interlocuteur qui sollicite une réponse.
La racine latine du mot « communiquer » est commūnicāre, dérivé de l'adjectif latin commūnis (commun). Le sens originel de communicare était de « mettre en commun », « partager » ou « faire part ».
Les termes collaboration et communication impliquent la communion, le fait d’être ensemble et de travailler ensemble. Seul, on ne peut collaborer ni communiquer.
En comprenant le sens des deux mots communiquer et collaborer, nous pouvons parler de collaboration et de communication entre les différentes composantes de l’Eglise à travers 3 points. La collaboration et la communication bien vécues dans l’Eglise, les difficultés et les limites dans la mission et enfin quelques moyens pour une meilleure collaboration.
I. La collaboration et la communication bien vécues dans l’Eglise
Qui sont les composantes de l’Eglise ?
Il y en a trois : les ministères ordonnés, la vie consacrée, le laïcat et c’est à partir du document final sur la synodalité et la Constitution apostolique LUMEN GENTIUM que nous allons présenter ces 3 états.
- 1. Les ministères ordonnés
Le document final du synode dit au numéro 68. « Comme tous les ministères de l’Église, l'épiscopat, le presbytérat et le diaconat sont au service de l’annonce de l’Évangile et de l’édification de la communauté ecclésiale. Le Concile Vatican II a rappelé que le ministère ordonné, d’institution divine, « est exercé dans la diversité des ordres par ceux que déjà depuis l’Antiquité on appelle évêques, prêtres, diacres » (LG 28). Dans ce contexte, le Concile Vatican II a affirmé la sacramentalité de l'épiscopat (LG 21), retrouvé la réalité communautaire du presbytérat (LG 28) et ouvert la voie à la restauration de l'exercice permanent du diaconat dans l'Église latine (LG 29). »
Nous comprenons parfaitement que les ministres ordonnés sont au service de l’annonce de l’Evangile, et de l’édification de la communauté ecclésiale, dans un ordre hiérarchique bien défini : Evêque, Prêtre, Diacre.
- 2. La vie consacrée
Il est dit au numéro 65 du document final du synode. « Au cours des siècles, les dons spirituels ont également donné naissance à diverses expressions de la vie consacrée. Dès les origines, l’Église a reconnu l’action de l’Esprit dans la vie des hommes et des femmes qui ont choisi de suivre le Christ sur le chemin des conseils évangéliques, en se consacrant au service de Dieu dans la contemplation et dans de multiples formes de service. La vie consacrée est appelée à interpeller l’Église et la société par sa voix prophétique. Dans leur expérience séculaire, les familles religieuses ont mûri des pratiques éprouvées de vie synodale et de discernement en commun, apprenant à harmoniser les dons individuels et la mission commune. Les ordres et les congrégations, les sociétés de vie apostolique, les instituts séculiers, ainsi que les associations, les mouvements et les communautés nouvelles ont une contribution spéciale à apporter à la croissance de la synodalité dans l’Église. Aujourd’hui, de nombreuses communautés de vie consacrée sont un laboratoire d’interculturalité qui constitue une prophétie pour l’Église et le monde. En même temps, la synodalité invite – ce qui constitue parfois un défi – les pasteurs des Églises locales, autant que les responsables de la vie consacrée et des associations ecclésiales, à renforcer leurs relations afin de donner vie à un échange de dons, au service de la mission commune. »
Ici l’on retient que la vie consacrée a sa place et une place très importante dans l’annonce de l’Evangile et le salut des âmes, par sa voix prophétique.
Dans l’exhortation apostolique Vita Consecrata, le Pape St Jean Paul II nous instruit sur les rapports qui doivent exister entre les Supérieures et les Evêques : un dialogue constant animé par la charité 50. « Pour promouvoir la connaissance mutuelle, condition nécessaire d'une coopération efficace, surtout dans le domaine pastoral, il est des plus opportuns que les supérieurs et supérieures des Instituts de vie consacrée et des sociétés de vie apostolique restent en dialogue constant avec les Évêques. Grâce à ces contacts habituels, les supérieurs et les supérieures pourront informer les Évêques des initiatives apostoliques qu'ils envisagent de prendre dans leurs diocèses, pour parvenir avec eux aux accords nécessaires à leur mise en œuvre. De la même façon, il convient que des personnes déléguées par les Conférences des supérieurs et des supérieures majeures soient invitées à assister aux assemblées des Conférences des Évêques et, inversement, que des délégués des Conférences épiscopales soient invités aux Conférences des supérieurs et des supérieurs majeurs, selon des modalités à déterminer. Dans cette perspective, on pourra tirer un grand avantage, là où elles n'existeraient pas encore, de la constitution et des travaux, au niveau national, de commissions mixtes d'Évêques et de supérieurs et supérieures majeurs, qui examineront ensemble les questions d'intérêt commun. »
Nous entendons ici que les consacrés présents dans un diocèse le sont en accord avec l’Evêque et doivent collaborer à la mission dans ce diocèse, informer l’Evêque de leurs initiatives et s’accorder avec lui de la manière de déployer leur charisme.
- 3. Le laïcat.
Au numéro 66. La mission implique tous les baptisés. La première tâche des laïcs, hommes et femmes, est d’imprégner et de transformer les réalités temporelles selon l’esprit de l’Évangile (cf. LG 31.33 ; AA 5-7).
La constitution apostolique LUMEN GENTIUM nous explique clairement qui sont les laïcs. « Sous le nom de laïcs, on entend ici tous les fidèles, en dehors des membres de l’ordre sacré et de l’état religieux reconnu dans l’Église qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, et participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien. »
Voici présentés selon les participants au synode sur la synodalité et La constitution apostolique LUMEN GENTIUM, les différentes composantes de l’Eglise. Il est important de le savoir pour promouvoir le respect mutuel et permettre à chacun de trouver sa place et mieux exercer sa fonction dans l’Eglise.
Avec les pères synodaux, nous pouvons rendre grâce à Dieu pour cette belle collaboration qui existent entre tous dans le champ de la mission. Si l’on demandait des témoignages, on en aurait une multitude. D’abord à l’intérieur de chaque corporation et entre les différentes couches de l’Eglise.
Je cite le n° 74 du document final du synode. « À plusieurs reprises au cours du processus synodal, les évêques, les prêtres et les diacres ont été remerciés pour la joie, l'engagement et le dévouement avec lesquels ils accomplissent leur service ». Et c’est vrai et c’est beau de voir un évêque avec ses prêtres qui collaborent tellement bien qu’ils trouvent des espaces pour se détendre ensemble, se taquiner, rigoler, se soutenir dans les joies comme dans les peines. Ils sont certes liés par le ministère, par la fonction mais ils sont avant tout, frères dans le sang du Christ. Le respect, la bienveillance, l’amour inconditionnel sont des mots qui doivent prévaloir dans leurs relations. Le ministre ordonné en arrive là quand il a compris au nom de qui lui et les autres, ses confrères ont reçu le sacrement de l’ordre. Au nom de Jésus.
Dans les congrégations et communautés religieuse le témoignage de la vie fraternelle est source de sanctification pour les membres et un terreau fertile pour les vocations. Les religieux et religieuses ne laissent pas indifférents quand on les voit pour la première fois. Ils interrogent toujours par leur aspect physique (habit) et par l’amour du Christ dont ils témoignent autour d’eux, à travers l’exercice de leurs charismes respectifs. Les communautés quand elles se laissent guider par l’Esprit saint sont de véritables lieux de rencontre et de pardon.
Les laïcs représentent une entité importante de l’Eglise. Ils sont les plus nombreux et très présents dans la société. Ils sont une force pour l’Eglise. En cela ils ont besoin d’être encouragés, encadrés et formés. Ils sont appelés à s’impliquer dans la mission aux cotés des ministres ordonnés et des consacrés. Ils assurent plusieurs services dans l’Eglise. Ils sont Catéchistes, responsables de mouvements et associations, animateurs de la vie paroissiale et diocésaine. Ils sont les garants de l’avenir de l’Eglise par le maintien de la famille. L’Eglise vit de leurs ressources. Dans Vita Consecrata au numéro 54, le Pape St Jean-Paul II nous parle de Communion et collaboration avec les laïcs. […] « Les membres des Instituts séculiers, laïcs ou clercs, entretiennent des relations avec les autres fidèles dans les formes ordinaires de la vie quotidienne. Aujourd'hui, beaucoup d'Instituts, souvent en raison de situations nouvelles, sont parvenus à la conviction que leur charisme peut être partagé avec les laïcs, qui, par conséquent, sont invités à participer de façon plus intense à la spiritualité et à la mission de l'Institut lui-même. On peut dire que, dans le sillage des expériences historiques comme celles des divers ordres séculiers ou tiers-ordres, un nouveau chapitre, riche d'espérance, s'ouvre dans l'histoire des relations entre les personnes consacrées et le laïcat. »
Le cheminement synodal de l’Eglise nous a conduits à redécouvrir que la variété des vocations, des charismes et des ministères a une racine unique : le baptême dans un unique Esprit pour former un seul corps. Grâce à une collaboration et une communication efficaces empreintes de charité et de communion, l’Eglise rassemble autour d’elle ses fils et ses filles ordonnés, consacrés et laïcs pour œuvrer à l’annonce de la Bonne Nouvelle. Cependant, nous ne pouvons nier l’existence de grandes difficultés qui mettent souvent à mal l’esprit synodal et la mission.
II. les difficultés de collaborations et de communication
- Le cléricalisme : « entendu comme l’utilisation du pouvoir à son propre profit et la distorsion de l’autorité de l’Eglise qui est au service du peuple de Dieu. Celui-ci s’explique en particulier dans les abus … Le cléricalisme favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup de maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme » disait le pape François, le 20 aout 2018. Document final du synode n° 74
- La recherche du gain personnel
- Le manque de profondeur spirituelle
- Le refus de participer, les critiques malveillantes, les suspicions
- La non connaissance du droit et de la fonction de chacun dans l’Eglise.
- Le manque de plan stratégique ou de projet communautaire
Nous sommes en pleine rentrée pastorale diocésaine, chaque curé ira organiser sa paroisse en fonction des orientations données par l’Evêque. Le manque d’organisation est une grande difficulté dans la collaboration. Elle implique le manque de communication et laisse les collaborateurs et les fidèles comme des brebis sans bergers
- Le manque de rencontres et d’évaluations
Après avoir établi un projet pour l’année, les rencontres d’évaluations sont nécessaires pour des encouragements et de possibles recadrages. Il est difficile de vivre et de travailler sans révision, le feedback permet d’apprécier ce qui est fait et de relever les manquements
- Le rejets des pauvres, des malades, des personnes vivant avec des handicaps
- L’esprit de clan et de tribu tue la collaboration et constitue un danger pour la mission
Cette liste qui n’est pas exhaustive présentent les difficultés et les maux qui malheureusement peuvent nous éloigner de l’essentiel de la mission. Cependant des attitudes et comportements orientés vers le désir de conversion peuvent nous aider à améliorer nos relations de missionnaires de la Bonne Nouvelle.
III. Quelques recommandations pour une meilleure collaboration
- L’acceptation de sa mission
- Le désir de l’accomplir pour le bien de l’Eglise
- la fidélité, l’obéissance, l’écoute, la responsabilité, la participation
- la prière et la méditation des Saintes Ecritures, une intimité profonde avec le Christ
- le respect des personnes et de ses engagements
- le respect de la hiérarchie
- le respect des consignes
- les demandes de permissions
- l’information
- La formation
- la communication non violente, la recherche de la paix
- Le suivi attentif des groupes, mouvements et associations
- l’acceptation des pauvres
- la bonne gestion de son bien-être et de sa santé physique, morale et mentale
Conclusion
La synodalité étant le fait de marcher ensemble, elle ne peut se réaliser sans collaboration et communication. L’Eglise nous invite tous clercs, consacrés, laïcs, à communier et à travailler ensemble. Dans l’Eglise synodale, nous n’avons rien à nous cacher, nous n’avons personne à isoler. Donnons-nous la main, entrons dans la vision de notre archevêque pour une année pastorale réussie et sanctifiante pour chacun et chacune. Aimons-nous et portons ensemble l’Evangile au monde qui nous attend.
Sr Sandrine Désirée AGNERO
Religieuse de Notre Dame de la Paix



