CATHEDRALE SAINT PAUL D’ABIDJAN : LE CARDINAL IGNACE BESSI DOGBO A CELEBRE LA MESSE DE LA NUIT
Depuis le dimanche 1er décembre 2024, 1er dimanche de l’Avent, les fidèles chrétiens étaient en attente du Messie Fils de Dieu qui vient. Ce mardi 24 décembre 2024, c’est la nuit de Noel. Les fidèles laïcs se sont réunis dans leurs différentes églises pour célébrer la Naissance du SAUVEUR.
A la paroisse cathédrale Saint Paul du plateau, le cardinal Ignace Bessi DOGBO a présidé la messe devant un grand nombre de fidèles.
AUJOURD’HUI VOUS EST NE UN SAUVEUR
1- Chers frères et sœurs une voix illumine cette nuit très sainte.
Chers frères et sœurs, nous sommes rassemblés en cette nuit très sainte pour célébrer les merveilles de Dieu pour son peuple. Une voix limpide et claire traverse le silence de la nuit profonde et obscure. Le monde, la société humaine baigne dans la nuit obscure du péché, des déviations de toutes sortes brandies comme des trophées. Aujourd’hui, le mal, le règne du diable et démon sont présentés comme un honneur. Ceux qui excellent dans le mal, la corruption, la malhonnêteté sont proposés comme des modèles à imiter. Plus l’on triche, vole, viole, détourne, corrompt, plus l’on est applaudi. Le monde chancelle. La société tangue comme la pirogue sur l’eau. C’est alors qu’une voix se fait entendre, discrète mais audible. C’est une voix céleste dont le message étonne les cœurs d’hommes englués dans les ténèbres épaisses du péché, une voix qui porte l’espérance par la présence d’un Dieu qui chemine avec l’homme. « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un sauveur qui est le Christ, le Seigneur. (Lc 2, 11).
Cette voix qui perce le silence de la nuit, c’et la voix du Père dont l’ange révèle aux hommes la réalisation du plan de salut. C’est aujourd’hui que se réalise pour l’ancien Israël, le salut annoncé et attendu. « Aujourd’hui vous est né le messie, de la descendance de David ! Aujourd’hui nait, dans notre monde enténébré, le Sauveur, le Christ, le Seigneur, pour illuminer nos ténèbres épaisses qui freinent 2 nos pas sur le chemin de Dieu et de l’homme à aimer sans discrimination.
2- C’est le Fils de Marie Chers frères et sœur,
« aujourd’hui nous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. » C’est le fils de Marie, la Vierge de Nazareth, l’épouse de l’Esprit Saint totalement obéissante à l’Esprit Saint, qui nous ouvre la porte du Salut. En elle se réalise pour nous une merveille étonnante, la naissance dans notre monde du Fils du Très Haut, qui vient sauver son peuple de ses péchés. C’est aujourd’hui, dans notre cœur de pécheur, dans nos familles perturbées, dans nos pays et monde déchirés, défigurés, méconnaissables, que nait le Sauveur, le Christ, le Seigneur, le Fils de Marie
En lui, Jésus, le fils de Marie, « la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes ». Lui, Jésus « Notre grand Dieu et Sauveur » (He 2, 13). Que se prosternent devant lui tous les rois de la terre ! Que s’inclinent devant lui les principautés ! Que tous les pécheurs se frappent la poitrine et confessent leurs péchés pour obtenir la miséricorde de notre grand Dieu et Sauveur ».
3- Qui réalise les Promesses (Is 9)
Le Fils de Marie qui nait aujourd’hui dans notre monde accomplit à la perfection, les promesses de Dieu faites par la voix des prophètes. Ainsi, Dieu accomplit son plan de salut pour son peuple Israël et pour l’humanité entière. Au temps d’Isaïe l’attente d’un sauveur était très forte. En effet, la menace incessante des règnes voisins tenait le peuple dans la peur. De nos jours, l’on parle de terrorisme. Cette hydre rampante à plusieurs têtes que le monde entier ne peut trancher, montrant une impuissance douteuse pour ne pas dire complice. Comment comprendre autrement ces guerres et conflits autour des zones riches ou minières uniquement ? Une atmosphère de ténèbres et d’obscurité, d’ombre couvrait le peuple d’Israël qui gisait dans l’ombre de la mort. C’est au cœur des ténèbres épaisses de la peur et des menaces qui jaillit une grande lumière. La Lumière de Dieu qui intervient en faveur de son peuple illumine la nuit. Et pour cause : « Un enfant nous est né, un fils nous est donné ! sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Ce fils, qui nait dans ce contexte sociopolitique incertain, ce Fils porteur de bonne nouvelle pour le peuple montre à quel point Dieu n’abandonne pas Israël malgré ses infidélités. Et c’est en celui qui nait aujourd’hui, dans notre monde, que s’accomplit de manière définitive la promesse du salut, le salut éternel.
4- Contexte historique et sociopolitique
« Aujourd’hui vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur ». Le fils de Marie nait au cours d’un recensement. Le contexte est donc sociopolitique à travers lequel l’évangéliste Luc, en bon historien, veut attester à notre foi la véracité de l’évènement de Noël. Noël n’est pas une idée mais un fait ; Noël n’est pas une création de l’esprit fécond de l’homme, mais une réalité, réalité divine qui a fait irruption dans l’histoire des hommes. Sans la prétention de donner une date de naissance précise à Jésus, il est impérieux d’inscrire le nom de Jésus dans le registre de l’histoire vécue par Joseph et Marie sur la terre d’Israël, une nuit de Bethléem. Le Verbe, par qui Dieu a tout créé, s’est fait chair ; il a habité parmi nous ; il a planté sa tente au milieu de nous ; il a marché sur le sol dur et mouvent de notre terre.
En ce temps-là, le joug comme au temps d’Isaïe, pesait sur les épaules d’Israël ; l’empereur romain, régnait en colon sur le pays de Joseph et Marie, en route pour le recensement ordonné par l’empereur Auguste. C’est dans ce contexte d’attente de libération politique incarnée par des groupes politiques et religieux que nait le fils de Marie, dans la ville de David.
5- Signe contradictoire (Is 9)
« Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un sauveur qui est le Christ ».
Si le contexte de naissance du Messie, fils de Marie, est proche de celui annoncé par le prophète Isaïe 9, 1-6, il convient de bien remarquer que Jésus qui accomplit cette annonce prophétique, l’élève et la transforme en profondeur. Le signe auquel il se fait reconnaitre est loin de faire de lui le roi puissant qui vient écraser les ennemis de son peuple ; il se revêt plutôt de faiblesse comme l’indique l’ange : « Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Le Sauveur qui nait dans la ville de David, aujourd’hui, prend à contre-pied les conceptions des hommes de son temps et de tout temps. Il nait hors de la ville et de son luxe, de ses luxures et immoralités. Personne ne l’attendait dans la ville de David ; on ne soupçonnait même pas sa présence. C’est au cours d’une nuit froide et comme un sans domicile, qu’il vient dans notre monde inhospitalier : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas accueilli. » (Jn 1,11).
Il vient dans notre monde, humble, pauvre, nu et exclu du temple comme les bergers qu’il rejoint dans une mangeoire. Eux, au moins, n’avaient pas besoin d’une permission pour l’accueillir. La mangeoire est le signe par lequel, aujourd’hui encore, le sauveur, le Seigneur ; le Roi des rois, se fait reconnaitre. Courbons-nous devant la crèche, imitons celui qui fait de la crèche son signe en venant dans le monde. Le Fils de Marie, dans la crèche, fait signe à tous ceux qui ont l’autorité et le pouvoir : qu’ils s’abaissent en silence devant lui et devant les hommes pour le service humble qui élève.
6- Promesse : Prince de la Paix, dans le droit et la justice, dans la gloire de Dieu, dans l’ardeur à faire le bien.
« Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un sauveur qui est le Christ, le Seigneur… Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». Le fils de Marie, le sauveur annoncé comme Prince de la Paix qui affermira le trône de David sur le droit et la justice, en venant dans le monde, relie la gloire rendue à Dieu et la paix donnée aux hommes sur la Terre : « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». Reconnaitre la Gloire de Dieu et lui rendre toute la gloire qui lui revient, voilà le chemin tracé en cette nuit de Noël par l’Enfant de Marie, couché dans une mangeoire. C’est lui le Prince-de-la-Paix, c’est lui la Paix, c’est lui notre Paix. En lui la Paix prend les noms de droit et de justice. Ce sont le droit et la justice qui affermissent la Paix. Là où règne le droit, là règne la paix, là où règne la justice, là règne la paix véritable. C’est dans la mesure où l’homme rend toute la gloire à Dieu qu’il rend le droit et la justice à l’homme et obtient et affermit la paix sur la Terre.
Voilà pourquoi, il ne peut y avoir de Noël pour l’homme qui nie tout droit à l’autre et refuse de marcher selon la justice ; qui écrase les autres pour en tirer profit. Il n’y aura pas de Noël pour qui entretient les guerres et engendre des sans-abris ; il n’y aura pas de Noël pour qui piétine le pauvre et le faible et organise la spoliation des humbles et des démunis ; il n’y aura pas de Noël pour qui soutient des systèmes mafieux qui organisent et entretiennent la destruction des peuples et la mort pour des intérêts bassement financiers, égoïstes et individualistes. En effet, comment peux-tu prétendre célébrer Noël dans la vie de l’enfant Dieu, quand la vie des hommes tes frères et sœurs ne compte pas à tes yeux ? Comment peux-tu danser pour l’enfant Dieu, quand tu réduis au silence de la mort le pauvre auquel il est identique ?
Noël, Jésus, Fils de Marie, le Sauveur du monde, nait dans les cœurs, les familles, les pays, les régions où le droit et la justice sont portés très haut sur un piédestal ; où le don de la vie trouve tout son sens. Noël, Jésus, Fils de Marie, le Sauveur du monde, nait dans les cœurs qui renoncent à leurs intérêts particuliers pour rechercher l’intérêt commun dans une marche synodale qui donne la Paix, la Paix de Dieu. Car comme le chante cette hymne : « La Paix de Dieu n’est pas un cri lancé des quatre vents de l’univers. La Paix, c’est Dieu risquant sa vie, enfant des hommes la nuit de Noël ». La Paix, c’est donc aussi l’homme risquant sa vie avec Dieu pour ses frères et sœurs sans discrimination. C’est alors seulement que chaque jour sera Noël, quand tous ensemble dans la synodalité nous marcherons vers l’éternité de Dieu, membre d’un peuple libéré de la corruption et des ténèbres du péché.
Que Saint Paul Intercède pour nous ! Amen !
Cardinal Ignace Bessi DOGBO
Archevêque Métropolitain d'Abidjan

