Fin de la retraite des prêtres pour l’entrée en Carême du Jeudi 5 février 2026
Au terme de la première vague de la retraite de carême du 01 février 2026 au Centre Sainte Thérèse de Bingerville, menée à bien par le père Bernard Odje, ce matin, au cours de la messe, le père Yves Ikomga, de la paroisse du Bon Pasteur de la Rivière 3 a donné
l´homélie que nous vous partageons.
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Chers Pères, chers frères et sœurs, nous voici parvenus au terme de notre retraite spirituelle.
Au moment de conclure ces jours bénis, nous voulons rendre grâce au Seigneur pour tant de grâces reçues dans le silence, la prière et la fraternité. Notre prédicateur a éclairé ce temps en évoquant la figure de Zachée. Il nous a invités à contempler cet homme montant sur un sycomore pour voir Jésus passer. Cette image nous rejoint profondément. Car, d’une certaine manière, cette retraite a été pour nous ce sycomore. Un lieu d’élévation intérieure, un lieu pour être vus par Jésus, un lieu de rencontre avec le Seigneur, un lieu de grâce. Un adage ivoirien dit : « Pour monter, il faut descendre ». Spirituellement, cela signifie descendre en soi-même, descendre de son orgueil, descendre dans l’humilité. Abba Antoine père du désert disait : « Là où il y a l’humilité, là descend la grâce ». Comme Zachée, nous avons accepté de quitter nos sécurités, nos priorités, nos plats de foutou, sauce graine, de prendre de la hauteur, de nous exposer au regard du Seigneur. Et le Seigneur a fixé son regard sur chacun. Il a prononcé notre nom. Il est entré dans la maison de notre cœur. Là, il a opéré son œuvre : œuvre de conversion, de purification, de guérison et de renouvellement intérieur. Ce qui était dispersé, il l’a rassemblé ; ce qui était fatigué, il l’a relevé ; ce qui était obscur, il l’a éclairé. Oui, cette retraite fut pour nous un véritable passage du Seigneur. « Un Kairos ».
Commencée le jour de la présentation du Seigneur au temple, mystère de l’offrande totale. Comme Jésus présenté par Marie et Joseph, les prêtres en retraite se tiennent devant le Seigneur pour se présenter eux-mêmes, renouvelant le don de leur vie et de leur ministère. A la lumière de Siméon et Anne, ils reconnaissent que leur sacerdoce n’est pas d’abord une fonction, mais une offrande vivante, humble et fidèle, déposée entre les mains de Dieu. Et maintenant l’heure du départ approche. Mais pour les disciples du Christ, il n’y a jamais de fin, seulement des commencements. Car toute rencontre authentique avec Jésus devient mission. Comme les Douze dans l’Evangile, le Seigneur nous envoie deux par deux, porter la paix, annoncer le Royaume, relever les blessés de la vie, témoigner de la miséricorde du Père. Nous repartons donc non comme des hommes qui clôturent une retraite, mais comme des prêtres renouvelés dans l’onction de notre vocation, fortifiés dans la fraternité, et envoyés au cœur du monde.
Chers Pères, chers frères et sœurs, dans la première lecture : les dernières volontés du roi David à son fils Salomon ne sont pas d’abord une stratégie politique, mais une transmission spirituelle : « Sois fort, montre-toi un homme. Observe les commandements du Seigneur » (1R2,2). Être fort, ici, ce n’est pas dominer, mais demeurer fidèle. Ce ne pas imposer, mais servir dans l’obéissance à Dieu. David rappelle à Salomon que la fécondité de la mission dépend de la fidélité intérieure. Comme David, la vraie force du prêtre n’est pas le pouvoir, mais la fidélité au Seigneur et le service. Dans l’Evangile, Jésus appelle les Douze, les associe à sa mission, et il les envoie deux par deux. Quelle heureuse coïncidence que cette Parole accompagne précisément la fin de notre retraite. En effet, ce que les Apôtres ont vécu auprès du Maître, nous venons, à notre mesure, de le vivre nous aussi. Comme eux, nous avons d’abord été appelés à demeurer avec Lui. Comme eux, nous avons écouté son enseignement dans le silence et la méditation. Comme eux, nous avons laissé nos cœurs être façonnés, fortifiés, renouvelés. Et maintenant, comme eux, nous repartons dans nos lieux de missions en frères, où nous sommes envoyés, deux, trois ou quatre, selon nos lieux d’affectation. Non pas simplement par organisation pastorale, mais comme un signe évangélique ; signe de communion, de fraternité sacerdotale, de coresponsabilité dans la mission. Car la mission se vit dans la communion. Elle se soutient dans la fraternité. Elle se féconde dans la charité mutuelle. Pour nous aujourd’hui, cela signifie redécouvrir la fraternité presbytérale comme une grâce et non comme une contrainte. Non au presbyterium des clans, des affinités oui à la communion sacerdotale. Transformer le presbyterium en groupes d’amis, en clans ou en équipes de préférés trahit la nature même du sacerdoce. Car nous ne sommes pas les prêtres d’un groupe, mais les prêtres du Christ et de toute l’Eglise. Et nous devons accueillir chaque confrère comme un don.
Jésus donne aussi autorité sur les esprits impurs. Ce que Jésus donne aux Douze, l’Eglise le transmet sacramentellement aux prêtres. Le prêtre est donc envoyé pour libérer et guérir. Toute mission sacerdotale : vient non de la compétence humaine, non du charisme personnel, non du pouvoir social mais du Christ Seul. « Sans moi vous ne pouvez rien faire » (Jn15,5). Le prêtre participe au combat du Christ contre le mal. Mais on ne chasse pas les ténèbres sans être rempli de lumière. Le prêtre doit d’abord combattre ses propres résistances intérieures, ses peurs, ses attachements, son orgueil.
Puis, Jésus demande un dépouillement radical : sans pain, sans sac, sans monnaie. La mission naît du dépouillement. Les Pères du désert nous rappellent que : « Celui qui possède Dieu ne manque de rien ». Or, un danger subtil menace tout agent pastoral : l’attachement excessif aux biens matériels, aux sécurités humaines, aux postes et aux lieux d’affectation. Ces attachements peuvent étouffer l’élan missionnaire et affaiblir la disponibilité à l’appel de Dieu. Car le missionnaire attaché à ses sécurités devient hésitant, craintif et moins disponible. L’attachement enferme dans la peur de perdre, engendre jalousies et rivalités, freine l’obéissance, affaiblit la fécondité apostolique. Le missionnaire est un homme du départ, un envoyé, non un installé. La finalité de sa pastorale est que les âmes rencontrent le Christ et soient sauvés. En effet, si une volonté humaine du supérieur l’envoie en « enfer », qu’il transforme l’enfer en paradis. Saint Jean-Marie Vianney disait : « Une paroisse froide devient ardente si le prêtre brûle ». Il faut faire fleurir le désert. Le missionnaire ne subit pas le lieu. Il le transforme. Dieu transforme la croix en résurrection.
Chers Pères, frères et sœurs, nous redescendons maintenant vers nos paroisses, non avec plus de moyens, mais avec un cœur renouvelé. Une liberté intérieure. Là où est un cœur rempli du Christ, là commence le Royaume de Dieu. Le psalmiste proclame : « Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien » (Ps23,1). Oui, de quoi avons-nous besoin pour annoncer l’Evangile ? Souvent de moins que ce que nous croyons, mais de plus de confiance en Dieu. Un prêtre confiant est déjà un signe d’espérance pour son peuple. Un prêtre qui meurt de faim dans une paroisse c’est un mauvais prêtre. « Quand je vous ai envoyés en mission sans bourse, ni sac, ni chaussures, avez-vous manqué de quelque chose ? » « De rien » répondirent-ils (Lc 22,35). Il y a dans chaque paroisse et dans chaque lieu où le Seigneur nous envoie, des chrétiens généreux, des hommes et des femmes de bonne volonté. Ces lumières discrètes qui aiment, qui soutiennent, qui servent, qui donnent sans bruit. Oui le ministère porte du fruit lorsqu’il est accueilli dans la foi et que le missionnaire se sent aimé, soutenu et épanoui.
C’est pourquoi Jésus parle aussi de l’accueil et du refus. Car la mission n’est pas toujours couronnée de succès. Il y aura des portes fermées, des paroles non reçues, des incompréhensions. Le Christ nous apprend à ne pas nous enfermer dans l’amertume ou le ressentiment. Là où il n’y a pas d’accueil, Jésus nous dit : « secouez la poussière de vos pieds », et de poursuivre la mission ailleurs.
Enfin, les disciples partent, annoncent, guérissent. La parole est crédible quand elle est accompagnée par le témoignage, la proximité, la compassion et la prière. Dans l’Evangile proclamé le Mardi dernier, au milieu de la foule, Jésus perçoit un geste discret : une femme touche son manteau. Personne ne l’a vue. Lui, oui. Le prêtre doit entendre la souffrance silencieuse. Car, il risque parfois de voir les groupes organisés, les responsables, les notables…et de passer à côté des blessures cachées ; femmes meurtries, jeunes découragés, pauvres et malades invisibles aux yeux du monde. Être pasteur, c’est voir l’invisible. La femme est impure selon la loi. Jésus ne la repousse pas. Il ne l’humilie pas. Il l’appelle : « ma fille ». Ainsi, le prêtre devient : signe d’une Eglise pauvre mais riche de Dieu, fragile mais portée par l’Esprit. Oui, le prêtre est beaucoup sollicité, mais, il doit prendre le temps de toucher la souffrance afin de restaurer la dignité.
Pour terminer, après ces jours de retraite, nous ne sommes plus tout à fait les mêmes. Que ce temps de carême qui approche soit pour nous un nouveau sycomore : un temps pour voir Jésus, pour l’entendre nous appeler par notre nom et pour accueillir Sa présence dans nos vies. Seigneur Jésus, Toi qui as levé les yeux vers Zachée, regarde-nous, en cette fin de retraite. Donne-nous l’humilité de Zachée, la fidélité de David, la sagesse de Salomon et l’audace missionnaire des Apôtres. Fais de nous des prêtres qui savent monter vers Toi pour mieux descendre vers Ton peuple comme instruments de ta paix. Afin que là où il y a la haine, que nous mettions l’amour. Là où il y a l’offense, le pardon. Là où il y a le doute, la foi. Là où il y a la tristesse, la joie.
Amen.
Père Urbain Braginel IKONGA

