Mercredi de la 20ᵉ semaine du temps ordinaire — Mt 20, 1-16. mémoire facultative de saint Jean Eudes)
La parabole des ouvriers de la onzième heure
Le maître de la vigne sort cinq fois dans la journée. C'est le détail qui frappe : il ne se contente pas d'une tournée d'embauche au petit matin, il revient, encore et encore, jusqu'à la fin du jour. Il n'y a pas d'heure où Dieu cesse de chercher. La première lecture disait la même chose autrement : contre les bergers qui se paissent eux-mêmes, Dieu annonce qu'il ira lui-même chercher ses brebis (Ez 34). Le maître de la vigne, c'est ce berger-là, qui ne supporte pas de voir quelqu'un rester sur la place, inutile.
Et puis vient le scandale , car c'en est un, et il ne faut pas trop vite le désamorcer. Les premiers ont raison de trouver le compte étrange. Leur erreur n'est pas de savoir compter ; elle est d'avoir travaillé toute la journée dans la vigne sans jamais regarder le visage du maître. Ils ont vu un employeur là où il y avait un père. D'où la question qui clôt la parabole : « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » Le murmure ne naît pas d'une injustice reçue, mais d'une bonté qui dérange.
Alors deux questions pour aujourd'hui. Si je suis de la première heure ,baptisé depuis toujours, fidèle, fatigué peut-être , est-ce que je sers encore par amour, ou pour un salaire ? Et si je me sens de la onzième heure ,revenu tard, ou pas encore vraiment entré , est-ce que je crois que l'appel m'est adressé aussi, maintenant, tel que je suis ? Le denier, c'est Dieu lui-même : il ne se donne pas en parts, il se donne tout entier à chacun. Comme le disait saint Jean Eudes, il ne s'agit pas de faire des choses pour Jésus, mais de le laisser vivre en nous. Amen
P. Hippolyte AGNIGORI
