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RENTREE PASTORALE ABIDJAN 2012-2013 :Aux prêtres et aux diacres

RENTREE PASTORALE ABIDJAN 2012-2013 : QUE TOUS SOIENT UN AFIN QUE LE MONDE CROIE

Aux prêtres et aux diacres

Je voudrais remercier l’archevêque d’Abidjan et son presbyterium pour l’honneur qu’ils me font de présenter le thème de l’année pastorale 2012-2013. «QUE TOUS SOIENT UN AFIN QUE LE MONDE CROIE» Jean 17, 21. Un thème qui invite à une herméneutique du binôme unité et transmission de la foi. Les évènements que vit l’Église universelle appellent à une meilleure compréhension de ce binôme surtout dans leur interrelation. En effet, le Saint Père vient de décider d’une année de la foi qui commencera dans une semaine, le 11 octobre 2012, lors du cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, et se terminera en la solennité de Notre Seigneur Jésus-Christ Roi de l’univers, le 24 novembre 2013.

Le 11 octobre 2012, aura lieu aussi le vingtième anniversaire de la publication du Catéchisme de l’Église catholique, dans le but d’exposer à tous les fidèles la force et la beauté de la foi. Un évènement de foi et d’unité est la convocation par le pape de l’Assemblée générale du Synode des Évêques, au mois d’octobre 2012, sur le thème de La nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne. Ce sera selon le pape, une occasion propice pour introduire la structure ecclésiale tout entière à un temps de réflexion particulière et de redécouverte de la foi. Le renouveau de l’Église passe aussi à travers le témoignage offert par la vie des croyants: par leur existence elle-même dans le monde les chrétiens sont en effet appelés à faire resplendir la Parole de vérité que le Seigneur Jésus nous a laissée.

Le thème de notre année pastorale, après la réception de l’exhortation apostolique Africae Munus, s’inscrit dans la droite ligne des ces évènements que l’Église universelle s’apprête à vivre. Il s’inscrit encore plus dans l’engagement de l’Afrique au service de la réconciliation, la justice et la paix et la démarche de toute la nation ivoirienne de parvenir à une paix durable et définitive. Notre intervention s’articulera autour de ces points suivants: une exégétique de Jean 17, 21; le binôme unité et foi ou si vous voulez la pleine unité et la transmission de la foi et la réconciliation au service de l’annonce de la Bonne Nouvelle.

I Étude exégétique de Jean 17, 21

L’inspiration du thème de l’année pastorale est le verset johannique «Qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé » (Jn 17, 21). S’il est vrai que dans la pensée de l'Evangéliste, l’unité est surtout pour la gloire de Dieu, la situation de notre pays et de notre Église nous amène à insister avec beaucoup de force sur la foi «pour que le monde croie».

Les versets précédents indiquent qu’il va y avoir une manifestation étonnante d’unité chez les apôtres. Cette manifestation ouvre une autre unité, plus vaste. Ceux qui croiraient en Jésus par la parole des apôtres sont maintenant présentés au Père «afin qu’ils soient un». Il y a place là pour des multitudes de croyants, de gens qui confesseraient Son Nom, Juifs et Grecs, barbares, esclaves ou hommes libres (Col. 3:11). L’Évangile allait se répandre en tout pays et toute langue, comme le Saint Esprit en rendit témoignage au jour de la Pentecôte.

Mais ce ne fut pas tout; la puissance du Saint Esprit baptisa tous les croyants en un seul corps, l’Église. Toutefois l’unité ici en Jean 17, bien que produite par le même Esprit chez ceux qui composaient ce corps, n’est pas ce qui saisit l’apôtre Paul au commencement. De nature spirituelle, l’unité ici se déploie dans ce que le monde peut voir et apprécier dans une mesure. Ce n’est pas exactement «un comme nous», c’est-à-dire comme le Père et le Fils, ce que le v. 11 affirme au sujet des disciples. Comme le Père et le Fils n’ont qu’une pensée et une affection, ainsi ce genre d’unité était désiré pour les apôtres dans leur œuvre et dans leur vie; et ce fut merveilleusement réalisé en eux comme nous l’avons déjà noté. Au v. 17 ce sont ceux qui allaient croire par leur parole qui sont en vue; et ce qui faisait l’objet de la requête était que «tous soient un» «comme toi, Père, en Moi, et Moi en Toi, afin qu’eux aussi soient un en nous» — non pas «comme nous», mais «en nous» dans le Père et le Fils. C’est une communion en vertu du Père donné à connaître dans le Fils, et du Fils l’objet de l’amour du Père, dans lesquels nous sommes introduits par le Saint Esprit. Avec le Père, nous partageons le Fils; avec le Fils nous partageons le Père. Jésus prie pour qu’ils soient un, comme le Père dans le Fils, et le Fils dans le Père, qu’ils soient aussi un dans le Père et le Fils.

Ceci devait être un témoignage au monde, non pas seulement de la prédication, mais cette unité effective si étrangère à la terre, si inouïe parmi les hommes, l’unité effective dans la joie de la grâce divine qui attire les hommes divers les uns vers les autres. L’unité recherchée est celle qui rend crédible et authentique la foi en celui que le Père a envoyé.

II Pleine unité et transmission de la foi

L’impuissance à changer les logiques humaines et à faire triompher les raisons de la paix dans le monde nous fait sentir avec davantage d’urgence le besoin de réaliser cela dans l’Église, afin que, comme le dit une des nouvelles prières eucharistiques, «dans un monde lacéré par les discordes, l’Église resplendisse comme un signe prophétique d’unité et de paix ». La transmission de la foi ne peut se faire sans tenir compte des deux composantes de l’Église, à savoir l’unité et la diversité.

La diversité seulement comme moyen de réaliser l’unité puisqu’il s’agit d’unité entre les personnes et non entre des choses. De toute manière, il est évident que la division des chrétiens est en contradiction avec la vérité qu'ils ont la mission de répandre, et qu'elle altère gravement leur témoignage. C’est pourquoi Jean-Paul dans l’Encyclique Ut unum sint reprend l’invitation du Pape Paul VI, lorsqu'il écrivait dans son exhortation apostolique Evangelii nuntiandi: « Evangélisateurs, nous devons offrir aux fidèles du Christ, non pas l'image d'hommes divisés et séparés par des litiges qui n'édifient point, mais celle de personnes mûries dans la foi, capables de se rencontrer au-delà des tensions réelles grâce à la recherche commune, sincère et désintéressée de la vérité. Oui, le sort de l'évangélisation est certainement lié au témoignage d'unité donné par l'Eglise. Sur ce point, nous voudrions insister sur le signe de l'unité entre tous les chrétiens comme voie et instrument d'évangélisation. La division des chrétiens est un grave état de fait qui parvient à entacher l'œuvre même du Christ»[1].

L’unité des ministres: Le chapitre 1 du décret sur le ministère de prêtres regrettait l’individualisme des prêtres et ses conséquences néfastes sur le relâchement du tissu communautaire de l’Église. En comprenant le ministère ordonné comme un service de l’unité de l’Église, Vatican II était conduit à insister sur le corps ministériel comme corps. Le décret ne parle jamais du prêtre au singulier, mais au pluriel avec des formules englobantes comme «les prêtres», «l’ordre presbytéral». La nature du presbytérat est donc originairement communautaire: on le savait bien en participant à une ordination; mais on semblait l’avoir oublié dans le comportement individualiste des prêtres. L’œuvre des prêtres est donc commune non seulement parce qu’elle vise la construction de l’unique Corps du Christ par l’annonce de l’Évangile, mais encore parce que cette transmission de la foi s’exerce à partir d’un commun presbytérat.

Collaborateurs proches et indispensables de l’Évêque, les prêtres ont la charge de poursuivre l’œuvre d’évangélisation. La deuxième Assemblée du Synode pour l’Afrique a été célébrée au cours de l’année que j’avais consacrée au sacerdoce, lançant un appel particulier à la sainteté. Chers prêtres, souvenez-vous que votre témoignage de vie pacifique, par-delà les frontières tribales et raciales, peut toucher les cœurs.L’appel à la sainteté nous invite à devenir des pasteurs selon le cœur de Dieu, qui font paître le troupeau avec justice (cf. Ez 34, 16). Céder à la tentation de vous transformer en guides politiques ou en agents sociaux, serait trahir votre mission sacerdotale et desservir la société qui attend de vous des paroles et des gestes prophétiques. Saint Cyprien le disait déjà: «Ceux qui ont l’honneur du divin sacerdoce ne doivent prêter leur ministère qu’au sacrifice et à l’autel, et ne vaquer qu’à la prière».

En vous consacrant surtout à ceux que le Seigneur vous confie pour les former aux vertus chrétiennes, et les conduire à la sainteté, non seulement vous les gagnerez à la cause du Christ, mais vous en ferez aussi les protagonistes d’une société africaine renouvelée. Face à la complexité des situations auxquelles vous êtes confrontés, je vous invite à approfondir votre vie de prière et votre formation continue; que celle-ci soit à la fois spirituelle et intellectuelle. Devenez des familiers des Saintes Écritures, de la Parole de Dieu que vous méditez chaque jour et que vous expliquez aux fidèles. Développez aussi votre connaissance du Catéchisme, des documents du Magistère ainsi que de la Doctrine sociale de l’Église. Une telle formation n’est possible et productive qu’à l’intérieur d’un presbyterium uni et solidaire. Vous serez ainsi capables, à votre tour, de former les membres de la communauté chrétienne dont vous êtes les responsables immédiats et convertir d’autres à la foi au Christ. Vivez avec simplicité, humilité et amour filial, votre obéissance à l’Évêque de votre diocèse. «Par respect pour celui qui nous a aimés, il convient d’obéir sans aucune hypocrisie; car ce n’est pas cet Évêque visible que l’on abuse, mais c’est l’Évêque invisible que l’on cherche à tromper. Car, dans ce cas, ce n’est pas de chair dont il s’agit, mais de Dieu qui connaît les choses cachées» (AM 109-110).

Unité dans les plans pastoraux

Dans l'exercice de leur ministère, il est nécessaire que les prêtres participent de manière responsable à la définition des plans pastoraux que l'Évêque détermine avec la collaboration du Conseil Presbytéral, et aussi qu'ils harmonisent avec eux les réalisations pratiques de leur communauté. La sage créativité et l'esprit d'initiative propres à la maturité des prêtres ne seront pas amoindris, mais au contraire pourront croître opportunément au bénéfice de la fécondité pastorale. Prendre des chemins séparés dans ce domaine pourrait signifier affaiblir l'œuvre même d'évangélisation[2].

L’œuvre urgente de l’évangélisation se réalise de manière différente, selon la diversité des situations de chaque pays. «Au sens propre, il y a la mission ad gentes pour ceux qui ne connaissent pas le Christ. Au sens large, on parle d’ “évangélisation” pour ce qui concerne l’aspect ordinaire de la pastorale, et de la “nouvelle évangélisation” pour ceux qui ne suivent plus une conduite chrétienne».Seule l’évangélisation qui est animée par la force de l’Esprit-Saint, devient la «loi nouvelle de l’Évangile» et porte des fruits spirituels. Le cœur de toute activité évangélisatrice est l’annonce de la personne de Jésus, le Verbe de Dieu incarné (cf. Jn 1, 14), mort et ressuscité, pour toujours présent dans la communauté des fidèles, dans son Église (cf. Mt 28, 20). Il s’agit d’une tâche urgente non seulement pour l’Afrique, mais pour le monde entier, car la mission que le Christ rédempteur a confiée à son Église n’a pas encore atteint sa pleine réalisation (AM 160. 163).

L'annonce de l'Évangile et la transmission de la foi peuvent devenir un aiguillon positif pour les transformations qui intéressent actuellement de près les communautés paroissiales. Les réponses demandent de mettre au centre de la nouvelle évangélisation la paroisse, communauté de communautés, pas seulement administratrice de services religieux, mais espace de rencontre pour les familles, promotrice de groupes de lecture de la Parole et d'engagement laïc renouvelé, un lieu où est vécue la véritable expérience d'Église grâce à une action sacramentelle vécue dans sa signification la plus authentique. Outre le rôle irremplaçable de la communauté chrétienne dans son ensemble, la tâche de transmission de la foi et d'éducation à la vie chrétienne met en cause nombre de sujets chrétiens[3].

III La réconciliation au service de l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Les Pères synodaux ont souligné que l’évangélisation «consiste essentiellement à rendre témoignage au Christ dans la puissance de l’Esprit par la vie, puis par la parole, dans un esprit d’ouverture aux autres, de respect et de dialogue avec eux, en s’en tenant aux valeurs de l’Évangile».Pour ce qui est de l’Église en Afrique, ce témoignage doit être au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. C’est pourquoi l’Année de la foi sera aussi une occasion propice pour intensifier le témoignage de la charité. Saint Paul rappelle: «Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité, ces trois choses, mais la plus grande d’entre elles, c’est la charité» (1 Co 13, 13). Avec des paroles encore plus fortes – qui depuis toujours engagent les chrétiens – l’Apôtre Jacques affirmait: «A quoi cela sert-il, mes frères, que quelqu’un dise: ‘J’ai la foi’, s’il n’a pas les œuvres? La foi peut-elle le sauver ? Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise : ‘Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous’, sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi : si elle n’a pas les œuvres, elle est tout à fait morte. Au contraire, on dira: ‘Toi, tu as la foi, et moi, j’ai les œuvres? Montre-moi ta foi sans les œuvres; moi c’est par les œuvres que je te montrerai ma foi’» (Jc 2, 14-18).

La foi sans la charité ne porte pas de fruit et la charité sans la foi serait un sentiment à la merci constante du doute. Foi et charité se réclament réciproquement, si bien que l’une permet à l’autre de réaliser son chemin. En effet de nombreux chrétiens consacrent leur vie avec amour à celui qui est seul, marginal ou exclus comme à celui qui est le premier vers qui aller et le plus important à soutenir, parce que justement en lui se reflète le visage même du Christ. Grâce à la foi nous pouvons reconnaître en tous ceux qui demandent notre amour, le visage du Seigneur ressuscité. «Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait» (Mt 25, 40): ces paroles du Seigneur sont un avertissement à ne pas oublier et une invitation permanente à redonner cet amour par lequel il prend soin de nous. C’est la foi qui permet de reconnaître le Christ et c’est son amour lui-même qui pousse à le secourir chaque fois qu’il se fait notre prochain sur le chemin de la vie. Soutenus par la foi, regardons avec espérance notre engagement dans le monde, en attente «d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle où résidera la justice» (2 Pi 3, 13; cf. Ap 21, 1).

En effet, comment annoncer l'Evangile de la réconciliation sans s'engager en même temps à travailler pour la réconciliation des chrétiens? S'il est vrai que l'Eglise, sous l'impulsion de l'Esprit Saint et avec la promesse de son indéfectibilité, a prêché et prêche l'Evangile à toutes les nations, il est vrai également qu'elle doit faire face aux difficultés qui découlent des divisions. Mis en présence de missionnaires en désaccord entre eux, même s'ils se réclament tous du Christ, les non-croyants sauront-ils accueillir le message authentique? Ne penseront-ils pas que l'Evangile est un facteur de division, même s'il est présenté comme la loi fondamentale de la charité?

Si la situation a changé en Afrique, elle a considérablement changé dans notre pays depuis la première assemblée synodale de 1994, qui nous a fait découvrir notre identité d’Église-Famille de Dieu. Le pays a connu le coup d’état en 1999, une rébellion armée qui a divisé le pays en deux de 2002 à 2010, une crise post électorale en 2010.

Ces évènements dramatiques que nous avons connus, ont porté atteinte à la cohésion sociale et conduit à des divisions toujours actuelles. Les familles sont divisées, l’unité nationale profondément atteinte. La question de fond est existentielle; comment l’Église famille de Dieu peut-elle relever le défi de la division et de la haine en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde?

Exigence de la Parole de Dieu et mission évangélique, le ministère du service de la justice, de la réconciliation et de la paix est à la fois ecclésial et individuel. Africae Munus insiste sur cette double dimension. Comme ministère de l’ensemble de l’Eglise, communauté des fidèles du Christ, le document post-synodal le montre notamment au numéro 133 : «En tant que communauté de disciples du Christ, nous pouvons laisser voir et communiquer l’amour de Dieu (…) Cette réalité devient manifeste dans l’Eglise universelle, diocésaine, paroissiale, dans les Communauté Ecclésiales Vivantes (…), dans les mouvements et les associations, jusque dans la famille chrétienne, appelée à être comme une église domestique, un lieu de foi, de prière et de souci affectueux pour le bien véritable et durable de chacun de ses membres, une communauté où se vit le geste de la paix ». La vie communautaire ecclésiale est donc un authentique témoignage de la vie évangélique et un service puissant de la justice, de réconciliation et de paix.

A la lumière du Christ réconciliateur, l’Eglise se reconnaît réconciliatrice et réconciliée. Elle a la charge de faire tout son possible, attirant par la réconciliation dans le monde l’homme à Dieu, avec lui même avec ses frères et avec la création. C’est pourquoi elle doit proclamer toujours l’acte rédempteur du Christ, c’est-à-dire l’évènement mort et résurrection, comme cause de la réconciliation de l’homme dans son double aspect de libération du péché et de communion avec Dieu. Comme il résulte de la parabole du fils prodigue, la réconciliation est un don de Dieu, une initiative de Dieu, or notre foi nous enseigne que cette initiative se concrétise dans le mystère du Christ rédempteur, du Christ qui libère l’homme du péché sous toutes ses formes[4]. Tout part donc du mystère centrale de l’économie du salut. Le sacrement de la réconciliation nous met dans une attitude de contemplation face à la sainteté mystérieuse de l’Église. En elle Christ réalise sous l’action de l’Esprit-Saint son projet de salut: la rémission des péchés.

L’Exhortation Apostolique interroge nos consciences humaines et chrétiennes. Nous avons là l’occasion d’une expérience concrète de réconciliation. Les prescriptions de la loi juive séparaient juifs et païens. Nous avons été divisés par les lois et options politiques qui ont semé en nous haine et rancune. La force d’action du Christ qui par sa mort et résurrection a réconcilié juifs et païens en un seul peuple, pourra-t-elle pénétrer nos familles divisées, nos communautés ecclésiales et équipes presbytérales pour en faire sel et lumière pour notre pays la Côte d’Ivoire?

Investissez-vous intensément dans la mise en œuvre de la pastorale diocésaine pour la réconciliation, la justice et la paix, notamment par la célébration des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, la catéchèse, la formation des laïcs et l’accompagnement des responsables de la société. Tout prêtre doit pouvoir se sentir heureux de servir l’Église.

Chers confrères, nous le savons, le souvenir des torts commis et les désirs de vengeance paralysent tout homme et surtout le chrétien ivoirien. Les rapports conflictuels entre les membres du clergé sont un contre témoignage qui détruit la communauté ecclésial. Il s’agit, pour le chrétien de la nouvelle alliance, évêques, prêtres et laïcs, en méditant cette exhortation, de surmonter les revendications instinctives de l’amour propre qui forment dans son cœur une disposition permanente d’inimitié. Pour se libérer des rancunes et vengeances, il faut puiser la force dans l’amour du Christ qui seul nous arrache à la prison intime d’une susceptibilité blessée ou d’une avidité de réplique aux coups reçus. Les parole du Christ à la dernière cène qui se réalisent dans celle prononcées à la croix: «Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font» Lc 23, 34 doivent résonner dans nos cœurs meurtris d’ivoiriens pour faire le pas vers le frère et la sœur du quartier et village, de la CEB et de la paroisse, du lieu de travail.

A ne considérer que son plan, Africae Munus montre clairement que l’existence chrétienne, en Côte d’Ivoire doit partir d’abord du Christ. Pour Africae Munus, il faut partir du Christ pour comprendre la responsabilité chrétienne en matière de justice, de réconciliation et de paix dans le monde. Et cette responsabilité de l’Eglise et des chrétiens ne consiste qu’à manifester au monde l’action de l’Esprit reçu du Christ. La responsabilité morale de l’Eglise face aux défis de la justice, de la réconciliation et de la paix est clairement perçue. Pour le pape, cette responsabilité découle de l’être même de l’Eglise comme corps du Christ. Cette responsabilité concerne tous les membres de l’Eglise; elle doit être effective dans tous les champs apostoliques et exercée par tous les corps et toutes les institutions de l’Eglise en Côte d’Ivoire.

Enlever les caillots : il existe un danger mortel pour l’organisme humain: ce sont les caillots qui se forment dans les veines et dans les artères et qui, s’ils ne sont pas enlevés à temps, empêchent la libre circulation du sang et peuvent provoquer des dommages très graves, accident cardiovasculaire cause même de paralysie. Le Corps du Christ qui est l’Église connaît aussi ce danger. Les caillots de sang sont dans ce cas, les obstacles mis à la communion et l’unité, les pardons non accordés. Ce sont les aspects que l’apôtre Paul énumère dans sa lettre aux Ephésiens: «Aigreur, emportement, colère, clameurs, outrages, tout cela doit être extirpé de chez vous, avec la malice sous toutes ses formes. Montrez-vous au contraire bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, comme Dieu vous a pardonnés dans le Christ» Eph 4, 31-32.

En nous proposant ce thème dans tous ses aspects : Unité-Foi-Réconciliation, Unité-Transmission de foi, l’Église veut nous amener à faire une radiographie régulière, à savoir un bon examen de conscience pour nous assurer qu’il n’ya pas de caillots qui dépendent de nous. Au niveau œcuménique, on travaille à supprimer patiemment les gros caillots qui se sont formés entre les Églises, mais l’engagement doit se poursuivre plus concrètement entre communautés, entre les catégories au sein de la même Église (entre le clergé et les laïcs, entre les hommes et les femmes) et entre les personnes pour un véritable enracinement de la foi dans le tissu social, une véritable inculturation de l’Évangile.

Nous pouvons dire que les questions essentielles et fondamentales d’unité, de paix et réconciliation sont à percevoir comme des tâches à accomplir, des devoirs à assumer et, fort encore, des obligations d’état à honorer, absolument! On pourrait dire que c’est une question de vie ou de mort” de la vocation et de la mission chrétienne et ecclésiale en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde.

Malgré l’étendue et la complexité des défis à relever, Benoît XVI, à travers Africae Munus, porte un regard positif sur l’Afrique : elle est désignée comme «Terre d’espérance» et comme «poumon spirituel de l’humanité». Avec le Pape, l’Afrique et la Cote d’Ivoire cessent d’être le sanctuaire de tous les maux, pour devenir «Terre d’espérance», «poumon spirituel», «réserve de vitalité», la nouvelle patrie du Christ, sur lesquels l’Eglise et l’humanité peuvent compter. Puisse l’Exhortation apostolique post-synodale et le thème de l’année pastorale contribuer à ce que l’Eglise qui est dans le Christ, «en quelque sorte le sacrement, c’est-à-dire à la fois le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain» (LG 1), exerce cette mission en Cote d’Ivoire, en dans l’archidiocèse d’Abidjan en devenant toujours plus protagoniste de la réconciliation comme force promotrice d’une justice authentique et d’une paix tout aussi nécessaire.



[1]Paul VI, Exhortation apostolique Evangelii nuntiandi:n. 156.

[2] Congrégation pour le clergé, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres, Centurion, 1994, n. 65.

[3] Instrumentum Laboris sur la nouvelle évangélisation, n. 106-109.

[4]Ioannes Paulus PP II, Adhortatio Apostolica post-synodalis Reconciliatio et pænitentia, AAS 77 (1985), 7.

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