MESSAGE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ ARCHEVEQUE D’ABIDJAN A L’OCCASION DE LA CÉLÉBRATION DE LA 50ème JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX

Cathédrale Saint Paul du Plateau Abidjan                                                                                                   

Jeudi 29 décembre 2016  

‘‘Tous nous désirons la paix ; beaucoup de personnes la construisent chaque jour par de petits gestes ; nombreux sont ceux qui souffrent et supportent patiemment les efforts de beaucoup de tentatives pour la construire. En 2017, engageons-nous, par la prière et par l’action, à devenir des personnes qui ont banni de leur cœur, de leurs paroles et de leurs gestes, la violence, et à construire des communautés non-violentes, qui prennent soin de la maison commune. Rien n’est impossible si nous nous adressons à Dieu dans la prière. Tous nous pouvons être des artisans de paix.’’ Pape François, Message à l’occasion de la célébration de la 50ème journée mondiale de la paix.


Monsieur le Premier Ministre, Représentant Monsieur le Président de la République de Côte d’Ivoire

Excellence Monseigneur le Nonce Apostolique en Côte d’Ivoire,
Excellences Nosseigneurs , Bruno KOUAME et Pierre Marie COTY,
Madame et Messieurs les Présidents des grandes  Institutions de la République,
Mesdames et Messieurs les Membres du gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Membres du Corps diplomatique,
Honorables autorités politiques, administratives, militaires et coutumières,
Chers frères Membres du Forum des Confessions religieuses,
Révérends Pères, Révérends frères, Révérendes sœurs,
Frères et sœurs en Christ,
 
1-    Le choix du thème.
Le choix de ce thème, ‘‘la non-violence: style d'une politique pour la paix’’ à l’occasion du message que le Pape adresse au monde pour la célébration de la 50ème journée mondiale de la paix, message dont je me fais l’agréable devoir de vous partager sous forme commentée et mise au goût de l’actualité de notre pays, se justifie par le constat que le Souverain Pontife fait du monde dans lequel nous vivons, et qu’il qualifie de ‘‘monde en morceaux’’.
Ce monde en morceaux comme dit le Pape, c’est celui qui, au siècle dernier a été ravagé par deux guerres mondiales meurtrières ; a connu la menace de la guerre nucléaire et un grand nombre d’autres conflits, tandis qu’aujourd’hui, malheureusement, nous sommes aux prises avec une terrible guerre mondiale par morceaux :…guerres dans différents pays et continents ; terrorisme, criminalité et attaques armées imprévisibles ; les abus subis par les migrants et par les victimes de la traite ; la dévastation de l’environnement’’. À quelle fin s’interroge-t-il? ‘‘La violence permet-elle d’atteindre des objectifs de valeur durable ? Tout ce qu’elle obtient n’est-ce pas plutôt de déchaîner des représailles et des spirales de conflits mortels qui ne profitent qu’à un petit nombre de ‘‘seigneurs de la guerre’’ ?
Et le Pape de conclure : ‘‘Il n’est pas facile de savoir si le monde est actuellement plus ou moins violent qu’il l’a été hier, ni si les moyens de communication modernes et la mobilité qui caractérise notre époque nous rendent conscients de la violence ou plus habitués à elle. La violence n’est pas le remède pour notre monde en morceaux. Répondre à la violence par la violence conduit, dans la meilleure des hypothèses, à des migrations forcées et à d’effroyables souffrances, puisque d’importantes quantités de ressources sont destinées à des fins militaires et soustraites aux exigences quotidiennes des jeunes, des familles en difficulté, des personnes âgées, des malades, de la grande majorité des habitants du monde. Dans le pire des cas, elle peut conduire à la mort, physique et spirituelle, de beaucoup, voire de tous.’’
    C’est donc à la suite de ce constat, que le Pape François souhaite pour cette 50ème journée mondiale de la Paix, nous indiquer la non-violence comme style d’une politique de paix en demandant à Dieu ‘‘de nous aider tous à puiser à la non-violence dans les profondeurs de nos sentiments et de nos valeurs personnelles.’’

2-    La situation en Côte d’Ivoire : bref état des lieux.
    Frères et sœurs,
A propos des migrations forcées et des exigences quotidiennes des jeunes, des familles en difficulté, des personnes âgées, des malades, nous pouvons nous interroger sur la motivation profonde qui pousse des individus à risquer leurs vies sur les chemins de l’aventure, malgré les drames que les médias ne cessent de nous montrer à longueur de journée, sans que les principaux concernés et peut-être même nos états ne s’en émeuvent outre mesure. Cette forme de violence qui ne dit pas son nom commence à prendre de l’ampleur et impose qu’une solution soit trouvée au plus vite.
Chez nous en Côte d’Ivoire, le phénomène des ‘‘brouteurs’’ et autres ‘‘microbes’’ doit nous interpeller sur le malaise profond qui ronge notre pays : comment en sommes-nous arrivés là ? A l’image de tous ceux qui sont tentés par l’aventure, que proposons-nous en interne à nos jeunes et à nos enfants qui s’adonnent à pareille violence? Notre cadre de vie, la situation économique interne, l’emploi, les débouchées d’avenir sont-ils encore attractifs au point de mettre fin à cet exode des temps nouveaux ? Comment comprendre que certains de nos enfants soient préoccupés à vouloir gagner de l’argent le plus rapidement possible et sans effort aucun ? Que signifie pour eux aujourd’hui la culture du mérite ? Comment comprendre que des enfants soient aussi assoiffés de sang ? Comme vous le constatez, ces jeunes et ces enfants vivent constamment dans une forme de violence qu’ils reproduisent : violence à l’école, violence en politique, violence en famille, violence sur nos écrans de télévisions, violence dans les nouveaux jeux de sociétés que nous, les adultes leur offrons !
Dans le quotidien de notre vie, et à l’échelon individuel, à qui n’a-t-on pas dit un jour, ‘‘ne te laisse pas marcher sur les pieds, rends coup pour coup, patiente, mais prépare ta riposte car la vengeance est un plat qui se mange froid…’’  Les atroces exactions, les assassinats et autres charniers, la méchanceté gratuite de même que l’ingratitude, la destruction des biens et le vol, les attaques terroristes, les coups d’état, et la liste n’est pas exhaustive, voici  autant de faits qui pourraient nous incliner à céder à la vengeance. Oui, il y a-t-il quelque chose de plus instinctif, de plus viscéral que le désir de vengeance ?  
Et pourtant, l’appel du Pape, comme un trouble fête, nous invite à aller au-delà de ce sentiment qui nous anime bien des fois, face à ce que nous considérons comme une injustice de trop, un acte qui ne saurait rester sans suite appropriée. Dès lors, la question qui se pose à nous est celle de savoir comment vivre dans ce monde de violence et quels sont ceux qui peuvent être les acteurs de ce style d'une politique pour la paix ?
3-    Comment vivre dans ce monde de violence ?
Le message du Pape nous donne une orientation : ‘‘Jésus aussi a vécu en des temps de violence. Il a enseigné que le vrai champ de bataille, sur lequel s’affrontent la violence et la paix, est le cœur de l’homme : ‘‘C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses’’ (Mc 7, 21). Mais le message du Christ, face à cette réalité, offre la réponse radicalement positive : il a prêché inlassablement l’amour inconditionnel de Dieu qui accueille et pardonne et il a enseigné à ses disciples à aimer les ennemis (cf. Mt 5, 44) et à tendre l’autre joue (cf. Mt 5, 39). Lorsqu’il a empêché ceux qui accusaient la femme adultère de la lapider (cf. Jn 8, 1-11) et lorsque, la nuit d’avant sa mort, il a dit à Pierre de remettre son épée au fourreau (cf. Mt 26, 52), Jésus a tracé la voie de la non-violence, qu’il a parcourue jusqu’au bout, jusqu’à la croix, par laquelle il a réalisé la paix et détruit l’inimitié (cf. Ep 2, 14-16)’’
C’est donc l’image de Jésus, Bonne Nouvelle du Père pour notre monde et qui a vécu aussi en des temps de violence que le Pape nous propose pour vivre dans ce monde de violence : c’est pourquoi, il dira que ‘‘celui qui accueille la Bonne Nouvelle de Jésus sait reconnaître la violence qu’il porte en lui-même et se laisse guérir par la miséricorde de Dieu, en devenant ainsi, à son tour, un instrument de réconciliation, selon l’exhortation de saint François d’Assise : ‘‘la paix que vos bouches annoncent, ayez-la plus encore en vos cœurs.’’
Être aujourd’hui de vrais disciples de Jésus signifie adhérer également à sa proposition de non-violence…car elle tient compte du fait que dans le monde il règne trop de violence, trop d'injustice, et que par conséquent, on ne peut surmonter cette situation qu'en lui opposant un supplément d'amour, un supplément de bonté. Ce ‘‘supplément’’ vient de Dieu’’ qui nous appelle tous à être acteurs de la non-violence.

4-    Tous appelés à être acteurs de la non-violence.
    
4-1- Appel aux chrétiens
    Frères et sœurs,
Pour les chrétiens, toujours selon les mots mêmes du Pape François, ‘‘la non-violence n'est pas un simple comportement tactique, mais bien une manière d'être de la personne, l'attitude de celui qui est tellement convaincu de l'amour de Dieu et de sa puissance, qu'il n'a pas peur d'affronter le mal avec les seules armes de l'amour et de la vérité. L'amour de l'ennemi constitue le noyau de la ‘‘révolution chrétienne ; il ne consiste pas à se résigner au mal […] mais à répondre au mal par le bien (cf. Rm 12, 17-21), en brisant ainsi la chaîne de l'injustice’’.
Briser la chaîne de l'injustice c’est refuser de comprendre, ‘‘la non-violence dans le sens de capitulation, de désengagement et de passivité’’. Il me plaît ici de rappeler à votre mémoire, le thème de notre année pastorale : ‘‘… Toi donc, laisse-là ton offrande et va d’abord te réconcilier avec ton frère.’’ En effet, si la violence sous toutes ses formes perturbe nos relations interpersonnelles, la réconciliation d’avec son frère est une des conditions que le Seigneur nous impose en cette année, si nous voulons que nos offrandes soient agréées !
    
4-2- Appel aux hommes
Même si l'aventure semble difficile, elle n'est cependant pas impossible si chacun consent à jouer pleinement le rôle qui est le sien. Et le Pape de nous citer en  exemple ‘‘les succès obtenus par le Mahatma Gandhi et Khan Abdul Ghaffar Khan dans la libération de l’Inde, et par Martin Luther King Jr contre la discrimination raciale.’’
A ce stade de mon propos, je voudrais avec vous m’interroger : en Côte d’Ivoire, n’est-il pas possible de trouver des hommes véritablement épris de paix et de justice pour nous conduire sur les sentiers de la paix et qui se fassent entendre et comprendre ? Comment se fait-il que personne n’écoute plus personne et que nous en soyons arrivés à un tel degré de suspicion, d’aveuglement, de surdité au point de ne plus être capables de nous parler, de dialoguer et de respecter nos engagements, sans pour autant recourir à toute forme de violence physique, verbale et même morale ? Faut-il désespérer de nous les hommes ? Les exemples que nous donne le Pape sont bien nos contemporains. Pourquoi n’arrivons-nous pas à les imiter ou simplement à nous en inspirer ?

4-3- Appel aux femmes
Pour les artisans de paix, Mère Teresa n’est-elle pas un symbole, une icône de notre temps? Dans cette lutte contre la violence, le rôle des femmes n’est pas à négliger. En effet les  femmes, nous dit le Pape, sont souvent des leaders de non-violence, comme par exemple, Leymah Gbowee et des milliers de femmes libériennes, qui ont organisé des rencontres de prière et une protestation non-violente, obtenant des négociations de haut niveau pour la fin de la deuxième grande guerre civile au Libéria.’’
Ici, je voudrais me permettre un clin d’œil aux femmes de notre pays. Un adage bien connu chez nous dit : ‘‘ce que femme veut, Dieu veut.’’ Femmes de Côte d’Ivoire, que voulez-vous pour notre pays ? Que faites-vous à tous les niveaux de l’échelle sociale où vous vous trouvez pour que vos enfants, vos maris, vos frères et sœurs prennent le chemin de la non-violence ? N’êtes-vous pas vous-mêmes, par moment, celles qui jettent l’huile sur le feu ?
Votre défi à vous aujourd’hui, dans le cadre bien compris du développement de notre pays et de votre engagement à la suite du Christ, Prince de la Paix, c’est de montrer à tous qu’en dépit des problèmes inhérents à toute vie, que Jésus est présent, toujours le même, qui nous invite à marcher à sa suite, dans le chemin qu’Il nous a indiqués ! Vous savez certainement qu’il arrive bien souvent qu’Il se présente à nous sous des traits qui font qu’Il ressemble à n’importe qui. Pour nous, un pauvre ressemble à tout le monde. Or, le Christ est caché dans chaque pauvre, victime collatérale des violences de par le monde.
Je sais que les événements que nous avons connus ont rendu les rapports interpersonnels difficiles et que certains ne voient autour d’eux que des hommes remplis de défauts et de torts. Mais je sais aussi qu’à Dieu, il n’y a rien d’impossible. C’est pourquoi, je vous invite, femmes de Côte d’Ivoire, à rester solidement accrochés au Christ, à le suivre et à nous entrainer avec vous sur les chemins de ce nouveau style d'une politique pour la paix et qui a pour nom la non-violence.

4-4- Appel aux victimes de la violence
Au nombre des acteurs de cette non-violence, le Pape ajoute aussi que ‘‘les victimes de la violence,  lorsqu’elles savent résister à la tentation de la vengeance, peuvent être les protagonistes les plus crédibles de processus non-violents de construction de la paix.’’ En lien avec l’actualité récente de notre pays, je voudrais inviter, au nom de la Paix et de l’intérêt de tous, les victimes des différentes crises que notre pays a connues, à demander à Dieu de les aider à tourner la page. Non pas celle qui conduit à l’impunité des auteurs avérés de crimes et qu’il faut soumettre à la rigueur de la loi, mais la page qui renferme sur soi et pousse à vouloir se venger. Vous savez certainement que celui qui se nourrit de rancœur et de haine, sera rassasié nécessairement de rancœur et de haine ! Mais jusqu’à quand et pour quel résultat ?

4-5- Appel aux traditions religieuses
‘‘L’Église s’est engagée pour la réalisation de stratégies non-violentes de promotion de la paix dans beaucoup de pays, en sollicitant même les acteurs les plus violents dans des efforts pour construire une paix juste et durable’’. Mais il est bon de noter que  le Saint Père tient aussi à souligner que cet ‘‘engagement en faveur des victimes de l’injustice et de la violence n’est pas un patrimoine exclusif de l’Église catholique, mais est propre à de nombreuses traditions religieuses pour lesquelles la compassion et la non-violence sont essentielles et indiquent la voie de la vie.’’
C’est donc tous ensembles, croyants de tout bord, qui sommes appelés à être artisans de paix. Et le Pape d'affirmer avec force : ‘‘aucune religion n’est terroriste. La violence est une profanation du nom de Dieu. Ne nous lassons jamais de le répéter : Jamais le nom de Dieu ne peut justifier la violence. Seule la paix est sainte. Seule la paix est sainte, pas la guerre!’’, fin de citation.

4-6- Appel aux familles
Si nous voulons parvenir à la non-violence comme style d’une politique pour la paix, nous devons comprendre le rôle fondamental que doivent jouer les familles. A ce propos, le Saint Père affirme que ‘‘la famille est le creuset indispensable dans lequel époux, parents et enfants, frères et sœurs apprennent à communiquer et à prendre soin les uns des autres de manière désintéressée, et où les frictions, voire les conflits doivent être surmontés non pas par la force, mais par le dialogue, le respect, la recherche du bien de l’autre, la miséricorde et le pardon. De l'intérieur de la famille, la joie de l'amour se propage dans le monde et rayonne dans toute la société"  
Mais vous conviendrez avec moi que tous les efforts que nous fournirons ne produiront les fruits escomptés que s’il existe, pour reprendre les mots du Pape, ‘‘une éthique de fraternité et de coexistence pacifique entre les personnes et entre les peuples’’, éthique qui ne se ‘‘fonde pas sur la logique de la peur, de la violence et de la fermeture, mais sur la responsabilité, sur le respect et sur le dialogue sincère’’.

4-7- Appel aux leaders politiques
Je voudrais avec vous faire le rêve d’une classe politique ivoirienne dont le leitmotiv soit la non-violence comme style d'une politique pour la paix. Cela est possible si chacun de vous prend la décision, sans regarder l’autre, son adversaire du jour, comme un frère et de marcher dans cette direction. Je reste convaincu qu’il est possible de faire la politique autrement que par la violence. Cela passe par la conversion de mon regard sur l’adversaire du moment qui tout comme moi, se propose d’aider ses concitoyens. Vous avez un même but, celui du bien-être de vos frères et sœurs. N’est-ce pas là l’essentiel ?
Ensuite, il vous faudra inculquer et partager avec vos adhérents et sympathisants, la culture de la défaite. En effet, une compétition n’a que deux issues et l’on doit pouvoir accueillir l’une comme l’autre sans que cela ne devienne un drame. Les moyens de contestations pacifiques existent et il est grand temps que les joutes électorales en Côte d’Ivoire deviennent de véritables moments de fêtes, parce que nous aurons en tête, le développement de notre pays, de nos régions. Oui, vous pouvez nous faire ce cadeau, pour l’année 2017 qui arrive.    

5-    De la question du désarmement ainsi que de la prohibition et de l’abolition des armes nucléaires

Pour le Saint Père, ‘‘la dissuasion nucléaire et la menace de la destruction réciproque assurée ne peuvent pas fonder ce genre d’éthique. Avec la même urgence, [insiste le Pape], je supplie que cessent la violence domestique et les abus envers les femmes et les enfants.’’ Le Saint Père va même plus loin dans son appel : ‘‘l’année jubilaire nous a fait prendre conscience du grand nombre et de la grande variété des personnes et des groupes sociaux qui sont traités avec indifférence, sont victimes d’injustice et subissent la violence. Ils font partie de notre ‘‘famille’’, ils sont nos frères et nos sœurs. C’est pourquoi les politiques de non-violence doivent commencer entre les murs de la maison pour se diffuser ensuite dans l’entière famille humaine.
L’exemple de sainte Thérèse de Lisieux nous invite à pratiquer la petite voie de l’amour, à ne pas perdre l’occasion d’un mot aimable, d’un sourire, de n’importe quel petit geste qui sème paix et amitié. Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquels nous rompons la logique de la violence, de l’exploitation, de l’égoïsme.’’
En conclusion de son adresse, le Pape nous invite à comprendre que ‘‘la construction de la paix au moyen de la non-violence active est un élément nécessaire et cohérent avec les efforts permanents de l’Église pour limiter l’utilisation de la force par les normes morales, par sa participation aux travaux des institutions internationales et grâce à la contribution compétente de nombreux chrétiens à l’élaboration de la législation à tous les niveaux. Jésus lui-même nous offre un ‘‘manuel’’ de cette stratégie de construction de la paix dans le Discours sur la montagne. Les huit béatitudes (cf. Mt 5, 3-10) tracent le profil de la personne que nous pouvons qualifier d’heureuse, de bonne et d’authentique. Heureux les doux – dit Jésus –, les miséricordieux, les artisans de paix, les cœurs purs, ceux qui ont faim et soif de justice’’.
Cette construction de la paix est aussi pour lui, ‘‘un programme et un défi pour les leaders politiques et religieux, pour les responsables des institutions internationales et pour les dirigeants des entreprises et des media du monde entier : appliquer les Béatitudes dans leur manière d’exercer leurs responsabilités propres. Un défi à construire la société, la communauté ou l’entreprise dont ils sont responsables avec le style des artisans de paix ; à faire preuve de miséricorde en refusant de rejeter les personnes, d’endommager l’environnement et de vouloir vaincre à tout prix. Cela demande la disponibilité [à] supporter le conflit, [à] le résoudre et [à] le transformer en un maillon d’un nouveau processus’’.
Œuvrer de cette façon signifie choisir la solidarité comme style pour écrire l’histoire et construire l’amitié sociale. La non-violence active est une manière de montrer que l’unité est vraiment plus puissante et plus féconde que le conflit. Tout dans le monde est intimement lié. Certes, il peut arriver que les différences créent des frictions : affrontons-les de manière constructive et non-violente, de façon que les tensions, et les oppositions [puissent] atteindre une unité multiforme, unité qui engendre une nouvelle vie, en conservant les précieuses potentialités des polarités en opposition’’.
Je voudrais terminer cette adresse, en reprenant à mon propre compte, les mots du Saint Père : ‘‘J’assure que l’Église catholique accompagnera toute tentative de construction de la paix, y compris par la non-violence active et créative… Au début de cette nouvelle année, je présente mes vœux sincères de paix aux peuples et aux nations du monde, aux Chefs d’État et de Gouvernement, ainsi qu’aux responsables des communautés religieuses et des diverses expressions de la société civile. Je souhaite la paix à chaque homme, à chaque femme ainsi qu’à chaque enfant et je prie pour que l’image et la ressemblance de Dieu dans chaque personne nous permettent de nous reconnaître mutuellement comme des dons sacrés dotés d’une immense dignité. Surtout dans les situations de conflit, respectons cette dignité la plus profonde et faisons de la non-violence active notre style de vie.’’
Sur ces paroles, je vous souhaite à tous, une bonne, heureuse et sainte année 2017. Je vous confie tous à l’intercession bienveillante de Marie, Reine de la Paix et de son Divin Fils, venu en notre monde pour sauver notre humanité.

+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ, Archevêque Métropolitain d’Abidjan

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