THEME : EN CONFÉRENCE PLÉNIÈRE « NÉCESSITÉ ET IMPORTANCE D’UNE ÉGLISE AUTONOME CONFÉRENCIER : Dr Jean Emmanuel Clément AKOBE
RENTREE PASTORALE DIOCÉSAINE/ARCHIDIOCÈSE D’ABIDJAN 2025-2026
CATHÉDRALE SAINT PAUL DU PLATEAU MERCREDI 24 SEPTEMRE 2025
THEME : EN CONFÉRENCE PLÉNIÈRE « NÉCESSITÉ ET IMPORTANCE D’UNE
ÉGLISE AUTONOME
CONFÉRENCIER : Dr Jean Emmanuel Clément AKOBE
INTRODUCTION
Je tiens, avant tout propos, à remercier d’une manière particulière Notre Père à tous, Son Éminence le Cardinal Ignace Dogbo BESSI, Archevêque d'Abidjan, de même que les membres du comité en charge de l’organisation de la présente Rentrée Pastorale Diocésaine, pour le choix qui a été porté sur ma modeste personne.
Peut-on parler de la nécessité et de l’importance d’une Église autonome sans nous référer aux conclusions du synode sur la Synodalité de l’Église ?
Notre démarche sera simple. D’abord, elle partira des conclusions pertinentes de la XVIe Assemblée Ordinaire du Synode des Évêques pour une Église Synodale : Communion-Participation-Mission.
Ensuite, l’analyse du Document Final du Synode nous aidera à souligner l’impératif d’une Église autonome comme élément ‘’ visible ‘’ de la synodalité et en application pleine du principe de subsidiarité, principe cher à l’esprit du Concile Vatican II.
Enfin, au regard de la synodalité de l’Église et du principe de subsidiarité, nous proposons des pistes de réflexions et d’actions pour une Église réellement autonome à travers le Système Participatif et le Système de Solidarité déjà expérimenté au sein de la Communauté Catholique Mère du Divin Amour.
I. SIGNIFICATION ET DIMENSION DE LA SYNODALITE COMME FONDEMENT DE LA NÉCESSITÉ ET DE L’IMPORTANCE D’UNE ÉGLISE AUTONOME
La synodalité est une marche commune des chrétiens avec le CHRIST et vers le Royaume de Dieu, en union avec l’humanité, orientée aux différents niveaux de la vie ecclésiale, à l’écoute réciproque, le dialogue, le discernement communautaire, la formation d’un consensus comme expression de la présence dans l’Esprit Saint.
En termes simples et synthétiques, on peut dire que la synodalité est un chemin de renouveau spirituel et de réforme structurelle pour rendre l’Église plus participative et plus missionnaire, c’est-à-dire la rendre capable de marcher avec chaque homme et chaque femme en rayonnant de la lumière du CHRIST[1]
L’objectif de ce synode pourrait, entre autre, se résumer dans le thème-même de ce rendez-vous ecclésial : « Pour une Église Synodale : Communion-Participation-et Mission ».
I.1 La communion
La communion a comme fondement la Foi au Dieu Trine : Père, Fils, et Saint-Esprit. Un Dieu en Trois Personnes distinctes. Il n’y a pas d’Église sans la communion. L’Église est l’ensemble de ceux qui sont déjà en communion personnelle avec Dieu. Un mot grec ‘’ Koinonia ’’ qui fait appel à sept significations, peut nous aider à mieux comprendre la communion telle que voulue par l’Église. ‘’Koinonia’’ fait référence à des concepts tels que la camaraderie, la participation conjointe, le partenariat, la part que l’on a dans quelque chose, un don apporté conjointement, une collection, une contribution.
Dans sa compréhension chrétienne, l’on peut souligner à travers le mot ‘’Koinonia’’ deux dimensions essentielles :
- Une verticale et transcendante qui implique la relation de tous les fidèles avec Dieu.
- Une horizontale qui incarne le lien de tous les fidèles (entre eux) en tous temps et en tous lieux.
La dimension horizontale ‘’ justifie ’’ la dimension verticale. En effet, « celui qui dit qu’il aime Dieu et qui n’aime pas son frère qui vit à côté de lui est un menteur ».
I.2 Synodalité, Nécessité et Importance d’une Église autonome
L’aspect sémantique nous permet de mieux cerner cette urgence ecclésiale comme manifestation ‘’ visible ’’ d’une Église synodale.
- La nécessité peut se comprendre tout d’abord comme le caractère de ce qui est absolument obligatoire, indispensable. Le nécessité fait appel aux éléments requis pour atteindre un certain objectif ou pour accomplir une tâche.
- Importance, caractère de ce qui est important, intérêt considérable, qui a de la valeur.
Autonome, ce qui se gouverne, indépendant, libre, ce qui se suffit.
Nous appuyant sur l’un des principes fondamentaux du Concile Vatican II, nous montrerons le mécanisme théorique pour une Église Autonome.
II. LE PRINCIPE DE SUBSIDIARITÉ COMME PILIER THÉORIQUE DE LA MISE EN PLACE D’UNE STRATEGIE D’AUTONOMIE DE L’ÉGLISE.
Le principe de subsidiarité est l’un des fondamentaux affirmés par le Concile Vatican II. Ce principe, fondement de la doctrine sociale de l’Église, a été formulé par le Pape Pie XI dans l’encyclique « Quadragesimo anno », publiée le 15 Mai 1931, 40 ans après « Rerum Novarum», donc 40 années après cette encyclique sur la doctrine sociale. Ce principe stipule également que les fonctions gouvernementales doivent rester au niveau le plus restreint ou le plus local possible, et que le gouvernement ne doit pas accomplir les tâches qui peuvent être mieux accomplies par des individus.
Je peux affirmer que ce Principe est au cœur de l’action de l’UNION EUROPÉENNE dans sa gestion au quotidien. Ce principe aide à l’organisation de l’Église. Ce principe promeut l’autonomie et la contribution de chaque membre, de l’individu à la communauté, en favorisant une organisation décentralisée où les niveaux inférieurs sont les responsables des tâches qui les concernent.
II.1 Autonomie des niveaux inférieurs
Chaque niveau de l’Église, qu’il soit individuel, paroissial ou diocésain, doit être autonome dans la gestion de ses propres affaires (en communion avec la Hiérarchie).
Cela se comprend aisément, la mise à responsabilité est le meilleur gage pour parvenir à une autonomie. Cela nous donne un aperçu de l’Église comme également voulue par les Pères du Concile Vatican II, en communion avec le Saint-Esprit. L’un des principes phares du Concile, c’est le principe d’universalité de l’Église. Nous avons souligné plus haut que, sans communion, il n’y a pas d’Église. L’Église catholique dans son entièreté se trouve dans l’Église particulière et même dans une paroisse du village. Bref…
II.2 Autonomie au niveau supérieur
Une instance supérieure (par exemple un diocèse) ne doit intervenir que si le niveau inférieur est incapable d’accomplir une tâche ou d’atteindre un objectif de manière suffisante et efficace. L’intervention au niveau supérieur n’est pas de remplacer le niveau inférieur, mais plutôt de lui offrir le soutien nécessaire pour qu’il puisse remplir ses fonctions sans le priver de ses responsabilités. Le principe de subsidiarité permet de mieux comprendre l’esprit de la synodalité.
- III. PROPOSITIONS DE PISTES DE REFLEXIONS ET D’ACTIONS POUR UNE ÉGLISE RÉELLEMENT AUTONOME
Après tout ce parcours, nous nous engageons à donner des pistes pour atteindre l’objectif d’une Église autonome.
L’esprit de la synodalité permet de préciser l’essence de l’Église. Elle est composée de frères et sœurs ayant tous le désir de suivre Jésus-Christ : Église peuple de Dieu.
Il est pour nous une catéchèse profonde, pas pour convaincre les chrétiens de la nécessité et l’importance de l’autonomie de leur Église, mais plutôt dire que le baptême implique une prise en charge commune en matière d’évangélisation, raison du chrétien dans la cité et en matière économique et financière (Cf. Ac 2, 42 - 47 et Ac 4, 32 - 35). Le partage est dans l’‘’ADN’’ du chrétien.
Malheureusement, le problème du rapport du chrétien à l’argent est souvent posé.
Une bonne compréhension du rapport que le chrétien doit avoir avec l’argent peut contribuer à une autonomie de l’Église dans l’esprit de l’Évangile grâce à un principe qui stipule que les biens de la terre et de la création sont destinés à tous les hommes et à tous les peuples : le principe de la destination universelle des biens.
Ce principe n’est pas en contradiction avec le droit de propriété privée, mais affirme que celui-ci doit être subordonné au bien commun et à la nécessité de s’assurer que les biens d’origine divine bénéficient à tous, notamment aux plus pauvres.
La réflexion théologique à propos de la relation du chrétien avec l’argent, dans un paysage de contradictions dans la réponse à donner, nous ont poussé à élucider cette problématique à travers un ouvrage : l’Économie du Royaume[2].
En toute humilité, nous allons vous exposer une stratégie innovante qui permet à la Communauté Mère du Divin Amour et plusieurs diocèses qui se l’approprient de tendre vers une autonomie réelle à travers deux systèmes : le système participatif et le système de la solidarité.
III.1 : Le système participatif
L’Économie du Royaume de Dieu, dans son mode exécutoire, s’appuie sur deux manières d’être dans le monde naturel :
- l’individuel et
- la collectivité
Cela donne deux pôles dans la gestion économique : la propriété individuelle et la propriété collective. Ces deux approches dans le monde naturel ont tendance à se ‘’repousser ‘’. La première a fait naître un système ultra-libéral ou ultra-capitaliste. Tandis que la seconde a fait naître un système ultra-communiste ou marxiste.
Le premier dit : c’est à moi, c’est à moi
Le second : c’est à nous, c’est à nous.
Justement, l’Économie du Royaume de Dieu, tout en tenant compte de l’aspiration naturelle de l’homme à ‘’un bien plus’’ et du désir des hommes de se mettre ensemble pour être plus forts et prospères, conduit ces deux approches à leur vraie plénitude, c’est-à-dire la destination universelle des biens. Ainsi, la propriété individuelle, selon la destination des biens, sera au service de la collectivité (nul ne disait sien ce qui lui appartenait), et la propriété collective au service de l’individu. ‘’C’est à moi, mais c’est à tous’’
« La multitude des croyants n’avaient qu’un cœur et une âme. Nul ne disait sien ce qui lui appartenait, mais entre eux, tout était en commun. Aussi, parmi eux, nul n’était dans le besoin, car tous ceux qui possédaient des terres ou des maisons les vendaient, apportaient le prix de la vente et le déposaient aux pieds des apôtres. On les distribuait alors à chacun suivant ses besoins[3].
La règle de l’activité humaine, dans la pensée chrétienne est la suivante :
- l’activité humaine doit être conforme aux biens authentiques de l’humanité selon la volonté de Dieu, et permettre à l’homme, considéré comme individu ou membre de la société, de s’épanouir selon la plénitude de sa vocation[4].
Dans l’esprit de la subsidiarité, tout doit être fait pour que l’individu, la paroisse ou le diocèse favorisent l’entrepreneuriat, individuel ou collectif au service de l’individu, la paroisse ou le diocèse.
L’expérience de la Communauté Mère du Divin Amour :
Tout a commencé par le Réseau d’Impact Chrétien (RESIC). Face aux sectes ésotériques qui attiraient des chrétiens, le RESIC s’est présenté comme une alternative chrétienne d’affaire et de solidarité.
Pour atteindre notre objectif principal qui est la manifestation de la ‘’visibilité’’ du Royaume de Dieu à travers l’Economie du Royaume, avec pour facteur capital la destination universelle des biens, nous avons favorisé l’entrepreneuriat de façon individuelle comme collective.
Dans nos apostolats, en plus de la prière, nous avons rassemblé des jeunes, des femmes, des hommes et femmes d’affaires et décideurs économiques comme politiques dans des coalitions par des systèmes de réseautage. Nous sommes parvenus à créer des sociétés selon les normes étatiques et d’autres selon le droit communautaire.
III.2 Système de solidarité
Le principe de la destination universelle des biens, principe cardinal, se vit à tous les niveaux : la propriété individuelle (privée) pour le bien-être communautaire et la propriété collective (communautaire) au service des membres.
Nous avons développé un système de solidarité :
- le Super GABAON
- le Fonds DIAKONOS : aide à la vie consacrée à travers une collecte unique (10.000F CFA ou 15 Euros) par an, avec un objectif de 10 000 personnes, membres ou sympathisants.
- le Fonds de la télévision Divin Amour TV
- le Fonds pour la construction d’ASSOUBA,
- et bien d’autres.
CONCLUSION
L’autonomie de l’Église, dans l’esprit de la synodalité implique un devoir impérieux de tous les chrétiens, à tous les niveaux, à travailler pour atteindre cet objectif. Le synode sur la synodalité de l’Église aide tout le monde à mieux comprendre et connaître l’Église. L’Église est belle, et très belle lorsque chacun se sent à l’aise. Cela crée un esprit de co-responsabilité.
Il s’avère urgent de former tous les chrétiens à l’esprit d’entrepreneuriat tant au niveau paroissial qu’au niveau diocésain. Pour répondre au principe de subsidiarité, chaque paroisse devrait définir une stratégie d’autonomie.
Lorsque, dans une paroisse les chrétiens sont mis en confiance à partir d’un mode de gestion rigoureux et transparent, l’autonomie y va de soi à travers des quêtes et autres.
Cependant, cela peut s’avérer insuffisant au vu des défis liés à la croissance rapide du nombre de chrétiens. Dès lors, une nouvelle stratégie s’impose : l’esprit d’entrepreneuriat. Deux types d’entreprises : individuelle et collective doivent se créer.
Notre prédication dans l’Esprit pousse normalement à la conversion, au changement de vie, changement de manière de vivre, mais également, comme tous les mendiants que Jésus ou ses apôtres guérissaient, un changement de cadre de vie. Ainsi, lorsque les chrétiens vivent sous la mouvance de l’Esprit du Christ, le partage devient naturel (Cf. Ac 2, 42-47).
L’autonomie se fait dès lors à trois échelles :
- Individuelle
- Paroissiale
- Diocésaine
L’Église est à toujours, le miroir du développement des nations. La synodalité nous ouvre à une période prophétique de l’Église, cette rentrée diocésaine en témoigne. Cet esprit doit se vivre au niveau paroissial par une Église communion, lumière du monde, lieu d’une fraternité au-delà des clivages ethniques, politiques, raciaux etc…



