CLÔTURE DE L’ANNEE ACADEMIQUE ET DE LA BENEDICTION DE LA GROTTE MARIALE DU SEMINAIRE UNIVERSITAIRE SAINT PAUL VI
HOMELIE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ
ADMINISTRATEUR APOSTOLIQUE D’ABIDJAN
Messe : Fête de Notre Dames de Lourdes
Samedi 21 juin 2024
Chant : La maison d’Israël peut le dire ; la maison d’Aaron peut le dire ; tout le peuple de Dieu peut le dire ; rendez grâce au Seigneur car Il est bon…Rendez grâce au Seigneur car Il est bon…
Révérends Pères,
Révérendes sœurs,
Chers amis séminaristes,
Chers frères et sœurs en Christ,
Cet hymne biblique qui se trouve dans le livre des psaumes, est celui qui accompagne la Pâque juive ainsi que les autres fêtes liturgiques. Il est traversé par l’action de grâce du peuple de Dieu et révèle par la même occasion, un message de confiance en Dieu, nonobstant les épreuves inhérentes à toute vie de foi ! En rendant grâce à Dieu, à la fois pour la clôture de l’année académique et la bénédiction de la grotte mariale du séminaire universitaire Saint Paul VI, nous voulons affirmer solennellement que la vie est fête, bien plus, elle est action de grâce, même si l’expérience du quotidien tend à nous démontrer le contraire.
En effet, il nous arrive de constater bien des fois que tout dans notre vie n’est pas festif et heureux. Les dernières pluies diluviennes qui ont endeuillé tant de familles, brisé tant de vies et détruit d’innombrables biens, fruits de durs labeurs, sont là pour nous le rappeler. Aussi, la célébration eucharistique de ce jour, au cours de laquelle s’actualise et se réalise la Pâque du Christ, nous donne l’occasion dans la foi, d’associer à sa passion et à sa glorieuse résurrection, tant de vies brutalement et tragiquement arrêtées. A cette même passion, nous confions toutes les victimes portant encore les douloureuses stigmates de ces évènements. Combien sont-elles ? Dieu seul, qui a réponse à tout et le réconfort de tous, saura y répondre.
Frères et sœurs,
En dépit de tous ces écueils, je veux cependant affirmer haut et fort, que la vie est fête, qu’elle est joie ! Cette certitude, je l’adosse aux convictions du prophète Isaïe qui, dans la première lecture, s’adresse aux exilés qui se préparent à retourner dans la joie, sur la terre de laquelle ils ont été déportés des siècles plutôt. En effet, la joie du prophète, homme de foi, et professionnel de l’espérance en Dieu qui ne déçoit jamais, traduit que la vie ne se réduit pas uniquement aux choses qui n’ont pas marché ou qui ne marchent pas, mais bien à celles qui peuvent encore marcher malgré tout.
Cette note d’espérance joyeuse du prophète, symbolisée dans le bonheur partagé avec Jérusalem, signifie quelque chose de fondamentale : le monde, notre monde n’est pas seulement un problème à résoudre, un mystère douloureux à porter et à supporter, mais il est aussi et surtout, un mystère joyeux à vivre et à contempler dans la louange et l’action de grâce. Il me semble que c’est à cette conviction profonde, d’une espérance joyeuse et confiante, que les séminaristes et leurs formateurs nous invitent ce matin.
En nous associant à la cérémonie de clôture de l’année académique, qui culmine providentiellement avec la bénédiction de leur grotte mariale, fruit de l’offrande de généreux bienfaiteurs, ils entendent simplement dire que nos histoires personnelles ou même communautaires, avec leurs ombres et leurs lumières, sont plus qu'un boulet que nous trainons derrière nous. Elles sont plutôt une grâce de Dieu à accueillir, une histoire de salut portée par lui.
Aujourd’hui donc est jour de fête, jour de joie, jour de bonheur. Jour de fête et de joie pour vous chers fils séminaristes, qui après d’intenses moments d’étude et de formation, êtes invités à profiter sainement et saintement de vacances bien méritées. Jour de fête et de joie pour nous tous fidèles du Christ, qui en ce jour, rendons un bel hommage à Marie, la Dame bénie entre toutes les femmes, à travers la bénédiction de cette grotte, lieu de rendez-vous avec elle pour solliciter son intercession bienheureuse.
Frères et sœurs,
L’Évangile des noces de Cana que nous avons entendu, vient donc bien à propos. L’insertion de cet épisode en tout début du ministère public de Jésus dans l’évangile de Jean, appelle quelques interrogations : pourquoi Jésus, de toutes les urgences et nécessités auxquelles aspirait le peuple d’Israël, décide-t-il d’orienter son premier miracle, vers une fête mondaine ? Pourquoi initier son ministère en tant que Sauveur, lors d'une fête où souvent de façon insouciante, l'on boit et mange sans retenue aucune ? Au lieu d'essuyer les larmes des affligés, Jésus dit plus tôt remplissez les coupes de vin, donnant ainsi l’impression de contenter les gloutons et les ivrognes.
Il nous semble ici assister à un ‘‘gaspillage de puissance’’ mise au service d'une cause éphémère et trop mondaine. Et pourtant l'Évangile appelle cela le "premier des signes", un signe étrange et insolite. Dieu nous surprendra toujours. Il ne sera jamais au carrefour où nous l’attendons. Il sera toujours au carrefour où Lui nous attend, où Lui, nous donne rendez-vous. Il nous aime ! Il nous délivre !
Révérends pères,
Frères et sœurs,
A Cana, Jésus dévoile le principe profond de la relation qui unit Dieu et l'humanité. Entre l'homme et Dieu il y a comme une relation nuptiale, quasi fusionnelle, en ce sens qu’il nous assume entièrement. Cette relation est pleine de toute la charge d'émotions fortes et bonnes qui va avec : amour, fête, divertissement, distraction, cadeau, excès, joie, bénédiction, consécration. Ainsi, dans son rapport avec l’humanité, Dieu privilégie le lien d’unité, le lien conjugal, et non la relation judiciaire, c’est-à-dire, celle du Juge et l’accusé ou celle pénitentielle, entre le juste et le pécheur. Dans ce premier signe qui a lieu à Cana, le Seigneur déploie la logique inédite de la grâce qui donne au-delà de ce qui est dû, de ce qui est mesuré et de ce qui est attendu.
L'Évangile de Cana nous enseigne que la vie est fête, que la vie est joie. L'eau changée en vin est un symbole de vie qui devient joie et amour. Il nous faut lutter pour que notre joie, ne nous soit pas volée. Pour y arriver, il ne faut pas nous laisser dévorer et consumer par les difficultés et les incertitudes de la vie. En effet, peut-être pensons-nous que Dieu préférait le sacrifice au plaisir, l’épreuve au divertissement. En pensant ainsi, nous couvrons l'Évangile d'un voile de tristesse alors qu’il nous faut chercher et trouver dans l’Evangile tout comme dans nos vies, la présence de Dieu.
A Cana, nous sommes surpris par un Dieu qui aime la joie, un Dieu qui aime la fête, qui aime les hommes et prend soin d'eux. Il nous appartient donc, de cultiver la certitude que Dieu multipliera notre joie, si nous savons trouver sa présence en toute circonstance comme Marie. Seule cette présence est capable de raviver ce qui s'est éteint, de remplir ce qui est vide, de vivifier ce qui est aride. Il suffit de faire tout ce qu'il nous dit de faire, comme le clame Marie ! Nous devons trouver Dieu précisément dans notre vie et dans le bien qu'il nous donne d’accomplir.
Bien chers fils séminaristes,
C’est ici que je voudrais me tourner vers vous, vous pour qui les évêques et les communautés chrétiennes ont une sollicitude particulière. Pour certains d’entre vous, c’est la fin de la formation. Dans quelques temps avec la grâce de Dieu, vous serez ordonnés prêtres ou diacres. Pour d’autres, c’est la fin d’un cycle de formation, si ce n’est, la fin de leur première expérience au grand séminaire. A tous et à chacun, je vous dis merci pour les étapes auxquelles vous êtes parvenus. Je vous encourage à trouver dans la prière au quotidien et dans la vénération de la Vierge que nous célébrons aujourd’hui, la force et les moyens nécessaires pour réaliser votre vocation. A la suite de la Vierge, je vous dis : ‘‘faites tout ce qu’il vous dira…’’. En effet, c’est dans l’écoute de la parole de Dieu, et de vos formateurs que vous parviendrez à devenir des prêtres selon le cœur de Dieu.
N’oubliez surtout pas ce que je vous disais lors de la célébration des 25 ans du séminaire : vous êtes partie prenante de votre formation ! Soyez des jeunes responsables et libres ! Vivez pour un idéal d’amour, dans un esprit d’offrande. Cela vous conduira à gagner plus que le monde, c’est-à-dire, à trouver Dieu, à gagner le cœur de Dieu. Je vous souhaite chers fils, de vivre des vacances saines et saintes, des vacances faites de repos, de découverte, de rencontre, de prière et de lecture.
A vous chers formateurs,
Vous voici au terme d’une année académique et certainement que vous vous projetez déjà, dans celle avenir. Vous aussi prenez le temps du repos, pour revenir plus forts et plus engagés. Je ne cesserai de vous dire merci et de vous féliciter pour l’abnégation et le dévouement dont vous faites preuve dans cette délicate mission de formation. Vous êtes pour ces jeunes, l’image concrète du prêtre qu’ils souhaitent devenir, à cause de la proximité que vous entretenez avec eux. Je vous exhorte à rester toujours unis entre vous. En effet, la joie entretenue entre vous aura un effet thérapeutique sur eux. C’est elle qui dissipera progressivement les éventuels doutes qui pourraient jalonner leur parcours de jeunes séminaristes. L’Église compte sur vous, vous aussi vous pouvez compter sur elle !
A vous tous chers bienfaiteurs,
Ce n’est pas trop dire que vous êtes merveilleux, formidables, généreux et admirables de bonté et de foi. Ce que vous réalisez dans cette maison, ce n’est pas dans la chair uniquement que vous le faites, mais surtout dans la foi. Je veux voir dans chaque don, chaque offrande que vous faites à cette maison de formation, comme une épargne en votre faveur dans le ciel. Cette grotte, cet espace dédié à la Vierge Marie, traduit à n’en point douter votre grande dévotion pour elle. Je prie pour que la vierge très pure, la fille de Sion vous le rendre, en grâces et bénédictions abondantes, pour vous-mêmes et pour ceux qui sont chers à vos cœurs !
Je forme un vœu pour chacun d’entre vous : soyez pour notre pays, pour vos communautés de vie, des grottes vivantes qui portent et transportent Jésus, pour le faire connaitre au monde, à travers les généreuses mains de Marie. En offrant cette grotte au séminaire, vous faites une œuvre utile, qui restera gravée dans l’histoire de cette maison de formation. Pour terminer, je voudrais nous exhorter tous à un vrai culte marial authentique, qui ne substitue pas la mère au Fils. Il nous faut accepter de croire que dans la mère, tout dit le Fils, tout se rapporte à Lui, tout vient de Lui et tout dépend de Lui car, la véritable piété Mariale doit nous conduire de la vénération, à l’imitation de la Vierge Mère, à travers son obéissance et son abandon à la volonté de Dieu.
Je souhaite à tous et à chacun une bonne fête. Dieu est joie, Dieu est fête, Dieu est vivant. Avec Lui nous vivrons pour les siècles des siècles Amen.
+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ
Administrateur Apostolique d’Abidjan

