LA MESSE DE LA PAIX 2024 PRESIDEE PAR LE CARDINAL IGNACE BESSI DOGBO EN SA CATHEDRALE
Chaque fin d’année, l’archevêque d’Abidjan préside la messe de la paix en sa cathédrale.
Ce vendredi 27 Aout 2024, le cardinal Ignace Bessi DOGBO, Archevêque métropolitain d’Abidjan a présidée, à partir de 18h30 la traditionnelle messe de LA PAIX. L’archevêque émérite, le cardinal Jean Pierre KUTWA était présent ainsi que de nombreux prêtres, religieux, religieux et laïcs.
A la fin de la messe, madame Edwige COULIBALLY, Présidente du Conseil Diocésain du Laïcat a donné une allocution ainsi que Monseigneur Ambroise MANDAH, vicaire général de l’archidiocèse d’Abidjan.
Père Jean Baptiste DIAHOU
Homélie de la messe de la Paix
Son Éminence Monsieur le Cardinal Jean Pierre KUTWÃ, Archevêque émérite d’Abidjan,
Son Excellence Monsieur le Premier Ministre représentant le Chef de l’État Son Excellence Monsieur Alassane OUATTARA,
Son Excellence Monseigneur Mauricio RUEDA BELTZ, Nonce Apostolique en Côte d’Ivoire,
Distinguées Autorités et Personnalités,
Révérend Monseigneur Jean-Baptiste AKWADAN, chapellain de sa Sainteté
Révérends Père, Révérends Frères, Révérendes sœurs,
Bien chers frères et sœurs du forum des confessions religieuses
Frères et sœurs dans le Christ.
Vivons l’Eglise synodale ! Donnons-nous la paix !
Chers frères et sœurs.
Vous avez répondu à l’invitation que le Seigneur vous a adressée par ma voix ; vous êtes accourus en ce sanctuaire, dans le but de prier ensemble pour la paix dans le monde, en Afrique et dans notre pays. Vous démontrez, par cette diligence, à quel point la paix est précieuse à vos yeux. C’est le signe évident que vous êtes prêts à rechercher la paix et à la poursuivre. Votre démarche, ce jour, est d’autant plus appréciable que l’année 2025 présente un enjeu important pour la paix dans notre pays. Il s’agit d’une année électorale, avec les peurs qu’elle suscite. Et pour cause : il est devenu récurrent dans notre pays, qu’une élection transmet à une autre ses drames et tragédies. Les violences électorales, avec leurs lots d’assassinats, de morts et de rancœurs, sont en passe de devenir une fatalité. L’année 2025 fera-t-elle exception ? L’atmosphère sociopolitique actuelle, relativement paisible, augure-t-elle de notre capacité à vivre les joutes électorales de manière civilisée ? Sommes-nous sur le point de refuser d’étaler, aux yeux du monde, une barbarie qui ne nous honore guère ? Nous nous efforcerons, ce faisant, de sauvegarder la paix et de nous la donner mutuellement. Donnons-nous la paix !
Notre Dieu et Père nous recommande les vertus susceptibles de faire advenir la paix, la vraie, celle que Lui-même nous donne, et que nous avons l’obligation de donner aux autres. Cette paix-là, rien, ni même les élections ne devraient nous la ravir. Ces vertus se présentent sous trois mots contenus dans les textes de ce jour, à savoir la communion, la justice, le droit.
Dans la première lecture apparaît le terme « communion » : « Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous. Or nous sommes, nous aussi, en communion avec le Père et avec son Fils, Jésus Christ ». Pour Jean, l’annonce de la vie qu’ils ont contemplée en Jésus-Christ est en vue de la communion, communion avec le Père et le Fils, communion avec les hommes. Dans le psaume, les vertus de justice et de droit sont présentées comme les attributs de la royauté de Dieu : « Le Seigneur est roi ! Exulte la terre ! Joie pour les îles sans nombre !
Ténèbre et nuée l’entourent, justice et droit sont l’appui de son trône ». Le droit et la justice sont les deux pieds sur lesquels s’appuient le trône de Dieu. Cette image fait saisir à quel point la justice et le droit sont importants pour le règne de Dieu.
Ce Dieu, dont la justice et le droit sont l’appui de son trône, communique ces deux vertus, et bien d’autres, aux hommes et aux femmes de bonne volonté et qui mettent en lui leur foi. Ils reçoivent de Dieu de devenir justes, eux aussi, comme Lui. La suite du psaume le laisse deviner : « Une lumière est semée pour le juste, et pour le cœur simple, une joie. Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes… ». Il va sans dire que les hommes et les femmes, investis du pouvoir et ayant autorité, sont convoqués à la table du droit et de la justice. Ils ne peuvent
exercer leur pouvoir et autorité que selon la justice et le droit.
Si la justice et le respect du droit sont des vertus qui s’imposent à tout tenant de pouvoir politique, il convient de relever que l’Eglise, à plus forte raison, est tenue d’incarner ces vertus dans sa marche vers le Royaume. Dès les premiers moments de son histoire elle a été confrontée à cette réalité qu’elle a essayé d’intégrer en l’assimilant.
Cela se perçoit dans l’évangile de ce jour. Les personnages présentés dans le récit de la résurrection nous enseignent le respect du droit. Pierre respecte le droit à la jeunesse de Jean qui peut courir plus vite. Jean, quant à lui, respecte le droit de la primauté de Pierre. Le respect du droit de l’un et de l’autre maintient la communion entre le disciple bien-aimé et le détenteur du pouvoir des clés. Il est vrai : si nous respectons la justice et le droit nous ferons l’expérience de la communion, communion dans notre Eglise et, partant, dans notre société. Il n’y a pas de communion qui ne suppose la justice et le respect du droit ; il n’y a pas de justice et le respect du droit qui n’aboutissent à la communion.
Il y a un lien intime entre la justice, le respect du droit et la communion. La communion suppose et respecte la diversité. Le respect de l’autre parait ainsi comme le liant qui consolide la communion.
Aujourd’hui, plus que jamais, la communion appelle la prise en compte des minorités, des plus vulnérables, des sans-voix auxquels s’identifie l’Enfant-Dieu, dont le signe de la présence au milieu des hommes est la mangeoire, la crèche. On ne peut vivre la communion en ignorant ou en écrasant les plus faibles, les vulnérables, les pauvres, les démunis, les sans-abris. On ne peut vivre la communion sans être à l’écoute mutuelle. L’une des attitudes qui soutient la mise en œuvre des vertus de justice, du respect du droit est celle d l’écoute. Savoir tendre l’oreille à l’autre, particulièrement à celui dont la voix est à peine audible, c’est prendre le chemin de la marche ensemble vers la communion et la paix. C’est ici qu’il nous faut comprendre que le défi des élections apaisées, comme celui de la paix, passe par le défi de la communion. Si le défi de la communion est relevé, celui de la paix et des élections apaisées sera par le fait même relevé. Si les acteurs politiques et les gouvernants ont l’oreille tendue pour s’écouter mutuellement, dans le respect du droit de tous, dans l’incarnation de la justice, sans calculs d’intérêts partisans, mais les yeux rivés sur l’unique intérêt, l’intérêt commun d’une Côte d’Ivoire à réconcilier, à pacifier et à développer, le défi de la communion sera relevé et, par voie de conséquence, celui des élections apaisées.
Il convient de bien noter et de ne pas l’oublier : tant que les ivoiriens continueront à entretenir les situations qui ont pour nom discrimination sur la base de la race, de l’ethnie, de la région ou de la religion, discrimination qui piétine et blesse la communion, parler de paix ou d’élections apaisées serait de l’ordre de l’utopie ou du rêve. Tant que les rancœurs seront jalousement caressées et conservées au « congélateur », comme on le dit chez nous, attendant le moment favorable, attendant une occasion de vengeance sans merci, il n’y aura pas de communion ni de paix autour des élections.
Entrons dans la communion ! Entrons dans la marche ensemble au-delà de toutes frontières et barrières ! Détruisons les murs et les barrières ! Construisons les ponts qui poussent à la rencontre de tous, sans peur, sans discrimination, sans étiquettes ! Sortons de la fatalité des violences électorales.
C’est le lieu de nous rappeler la devise de notre pays : « Union, discipline, travail ». Depuis les années des indépendances, elle tourne nos regards vers l’union, la discipline et le travail. Voilà, donc, 65 ans que nos cœurs et nos consciences devraient s’imprégner des vertus d’union, de discipline. Cette dernière appelle inévitablement le droit etla justice. Le meilleur hommage que nous pouvons rendre à nos devanciers réside dans notre capacité à rendre effective cette vision inspirée par le Très-Haut. Une telle vision, qui rejette toute discrimination, devrait nous obtenir des élections apaisées avec, en ligne de mire, une paix durable. Que l’année 2025 soit l’année de la communion, l’année de la main tendue vers l’autre, l’année de la rencontre de celui qui est différent, de celui qui pense différemment, l’année du don mutuel de la paix. Donnons-nous la paix. Elle est plus précieuse que les élections ; elle est plus précieuse que l’argent ; elle est plus précieuse que toutes les richesses du monde. Donnons-nous la paix
Dans une Afrique où les détenteurs du pouvoir font du pouvoir une affaire clanique, l’Église doit sans cesse faire la promotion du principe de communion. Chacun doit apporter sa pierre à la construction de la maison commune. Dans son message pour la 58ème journée de la Paix, le Saint Père le pape François évoque le critère de la responsabilité partagée et invite à s’ouvrir à la solidarité. Avec lui, nous voulons prier pour que Seigneur nous donne un cœur qui ne calcule pas ce qui est à moi et ce qui est à toi ; un cœur qui défait l’égoïsme par l’empressement à aller à la rencontre des autres ; un cœur qui n’hésite pas à se reconnaître débiteur de Dieu et qui est prêt, pour cela, à remettre les dettes qui oppriment le prochain ; un cœur qui surmonte le découragement face à l’avenir par l’espérance que chacun est une richesse pour ce monde. Avec le pape François, osons espérer en l’avenir, soyons des pèlerins de l’espérance et donnons à la Côte d’Ivoire et au monde, la paix. Car il dépend de toi, de moi, de nous que la paix advienne ! Alors donnons la paix à chaque habitant de ce pays dans le respect du droit et de la justice pour tous. La paix soit avec vous ! Frères et sœurs, dans la charité du Christ, donnons-nous la paix !
Bonne, heureuse et sainte année jubilaire et électorale 2025 à tous et à toutes.
Cardinal Ignace Bessi DOGBO,
Archevêque métropolitain d’Abidjan



