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Commentaire de la Résolution n°4 de la 126ᵉ Assemblée plénière de la CECCI (Conférence des Evêques Catholiques de Côte d’Ivoire) 15 novembre

 


Par Père Hippolyte AGNIGORI

Introduction

Dans un monde souvent troublé par la violence, les divisions et la perte du sens de Dieu, la paix apparaît comme un don à redécouvrir. La Conférence des Évêques Catholiques de Côte d’Ivoire (CECCI), fidèle à sa mission de pasteur et de guide spirituel du peuple de Dieu, a voulu inscrire durablement ce don au coeur de la vie nationale.

Par sa Résolution n°4 (lors de sa126e Assemblée plénière), la CECCI a décidé que le 15 novembre, désormais reconnu comme Journée nationale de la Paix, serait consacré à la solennité de la Bienheureuse Vierge Marie, Notre-Dame de la Paix, Patronne de l’Église catholique en Côte d’Ivoire. En conséquence, la messe pour la paix sera célébrée à cette date, et les fidèles sont invités à méditer le message du Pape pour la Journée mondiale de la Paix.
Cette décision, à la fois pastorale et prophétique, manifeste la clairvoyance spirituelle des évêques. En unissant la prière nationale pour la paix à la célébration mariale, ils réaffirment que la paix véritable est un don de Dieu confié à l’intercession de Marie.

I- Une décision inspirée et prophétique

La CECCI a fait preuve d’une sagesse pastorale remarquable en inscrivant le 15 novembre dans le calendrier liturgique national comme une solennité mariale.
Dans une Côte d’Ivoire encore marquée par les blessures du passé, cette initiative se présente comme un signe d’espérance et d’unité.
La Vierge Marie est celle qui a accueilli, dans la foi et dans l’humilité, le Prince de la Paix (Is 9,5). En lui confiant la nation, les évêques reconnaissent que la paix ne se décrète pas : elle se reçoit, elle se cultive et elle se protège par la prière et la conversion du coeur.
Cette démarche rejoint la prière du Pape François qui, dans son message pour la Journée mondiale de la Paix 2024, rappelait que :« La paix est une construction patiente, qui demande la reconnaissance de l’autre comme frère et non comme adversaire. »
En choisissant Marie, les pasteurs ivoiriens posent un geste fort : ils remettent le destin du pays entre les mains de la Mère du Sauveur, celle qui a toujours accompagné l’histoire de l’Église et de ses enfants avec tendresse et fidélité (Lumen Gentium, n°62).

II- Le sens providentiel du 15 novembre : une date nationale et spirituelle 

Le 15 novembre n’est pas une date anodine. Le gouvernement ivoirien l’a instituée comme Journée nationale de la Paix à la suite des crises politiques qui ont secoué le pays dans les années 1990. Elle vise à rappeler l’importance du dialogue, du pardon et de la réconciliation nationale.
Mais en reliant cette date à la Vierge Marie, Notre-Dame de la Paix, la CECCI lui donne un sens plus profond, enraciné dans la foi. Ainsi, la Côte d’Ivoire ne célèbre plus seulement la paix comme une valeur humaine ou sociale, mais comme une grâce à implorer du Ciel. Ce passage du plan politique au plan spirituel donne à cette journée une dimension de sanctification nationale. C’est un acte de foi collectif : croire que le sort d’une nation dépend de sa capacité à prier et à s’en remettre à Dieu.
Le pape saint Paul VI, dans son message du 1ᵉʳ janvier 1968 instituant la Journée mondiale de la Paix, affirmait :« La paix n’est pas simplement
l’absence de guerre, mais l’ordre fondé sur la justice, la vérité, la liberté et la charité. »
De même, les évêques ivoiriens rappellent par cette décision que la paix n’est pas seulement un projet politique, mais une vocation spirituelle.
Chaque 15 novembre, la célébration de la messe pour la paix sera donc un acte de remerciement et de supplication :
remercier Dieu pour les années de stabilité retrouvée, et lui confier les défis de l’unité, de la justice et de la fraternité.

III- Marie, Patronne et gardienne de la Côte d’Ivoire

Le choix de Notre-Dame de la Paix est profondément enraciné dans l’histoire spirituelle du pays. Le 30 septembre 1990, saint Jean-Paul II dédiait à Yamoussoukro la Basilique Notre-Dame de la Paix, monument de foi et de confiance, et confiait la Côte d’Ivoire à la protection de Marie.
Ce jour-là, le pape déclara :« Puisse cette maison de prière être pour ce pays et pour toute l’Afrique un signe durable de paix et de réconciliation. »
En 2025, la décision de la CECCI vient raviver cet acte de consécration. Les évêques invitent tout le peuple de Dieu à remercier la Mère du Seigneur pour sa constante intercession, mais aussi à lui confier de nouveau la nation, ses enfants et ses dirigeants.
Marie, Reine de la Paix, n’est pas une figure passive. Elle accompagne activement l’histoire des peuples. Elle enseigne la paix du coeur, celle qui vient de la confiance en Dieu, et inspire la paix sociale, fruit de la justice et de la vérité. Là où la haine cherche à diviser, elle invite au pardon. Là où la peur enferme, elle ouvre à la confiance. Là où la violence s’installe, elle enseigne la douceur de l’Évangile.

Ainsi, chaque paroisse, chaque famille, chaque communauté religieuse est appelée à faire du 15 novembre un jour de prière et de conversion. Que ce ne soit pas seulement une célébration liturgique, mais un engagement concret à devenir artisans de paix dans nos
milieux de vie.

IV- Un appel à la gratitude et à la responsabilité 

La paix est un don et une responsabilité.

Les évêques, par cette résolution, rappellent à chaque fidèle son rôle dans la construction du vivre-ensemble. Ils nous exhortent à être reconnaissants pour les années de stabilité retrouvée, et à persévérer dans la prière pour ceux qui gouvernent, pour les acteurs politiques et pour les artisans de la société civile.
Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne :« Le respect et la promotion de la paix sont le devoir de chacun » (CEC, n°2304).
En confiant la Côte d’Ivoire à Marie, les évêques nous invitent à reconnaître que la paix est fragile et qu’elle doit être sans cesse entretenue. Dans nos paroisses, nos écoles, nos quartiers, nous sommes appelés à témoigner de la paix par la parole, l’écoute et le pardon.
Ainsi, cette résolution n’est pas un simple décret administratif, mais une invitation à la conversion du coeur pour que le pays devienne, sous le regard de Dieu, une terre de bénédiction et d’espérance.

Conclusion

La Résolution n°4 de la 126ᵉ Assemblée plénière de la CECCI est une page spirituelle importante dans l’histoire de l’Église de Côte d’Ivoire. En confiant le 15 novembre à Notre-Dame de la Paix, les évêques offrent au peuple ivoirien un chemin de réconciliation, d’espérance et de gratitude.
Ils rappellent que la paix véritable ne se construit pas seulement dans les institutions, mais dans le coeur des hommes et des femmes qui se laissent guider par l’Esprit Saint.
« Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain » (Ps 126,1). 
Que cette journée mariale soit désormais pour toute la nation un rendez-vous de prière et de fraternité, où les croyants de toutes confessions s’unissent pour demander au Dieu de paix de faire de la Côte d’Ivoire une demeure de justice, de pardon et d’amour.
Une prière à Notre-Dame de la Paix Ô Marie, Mère bienheureuse, Reine de la Paix, Toi qui veilles depuis Yamoussoukro sur la Côte d’Ivoire, accueille nos coeurs reconnaissants pour ton intercession maternelle.
Nous te confions notre pays, ses enfants, ses familles, ses dirigeants.
Garde notre terre dans la paix et la prospérité, protège-la de la haine, de la division et de la violence. Fais de nous des artisans de réconciliation et des témoins d’amour.
Que la lumière de ton Fils éclaire nos décisions, et que ton manteau de paix couvre notre nation. Notre-Dame de la Paix, prie pour nous, pour la Côte d’Ivoire et pour le monde entier.

Amen.

Par Père Hippolyte AGNIGORI