HISTORIQUE DE LA FETE DE LA DEDICACE DE LA BASILIQUE DU LATRAN 09 novembre
09 novembre
Par Père Hippolyte AGNIGORI
La fête de la dédicace de la basilique du Latran, célébrée chaque 9 novembre, commémore la consécration de la cathédrale du pape, la plus ancienne église de Rome et « mère de toutes les églises du monde ».
- Une basilique impériale devenue cathédrale papale
L’histoire de la basilique Saint-Jean-de-Latran remonte au début du IVe siècle. Après sa victoire au pont Milvius en 312, l’empereur Constantin, premier empereur romain converti au christianisme, offrit au pape Miltiade un terrain appartenant à la famille des Laterani.
Sur ce site fut construite la première basilique chrétienne officielle, consacrée le 9 novembre 324 par le pape Sylvestre Ier. Elle fut dédiée au Christ Sauveur, avant d’être placée sous le patronage des saints Jean-Baptiste et Jean l’Évangéliste au cours du Moyen Âge.
- Une fête liturgique à portée universelle
Bien que la basilique soit la cathédrale de Rome — et donc du pape en tant qu’évêque de Rome , la fête de sa dédicace est célébrée dans toute l’Église latine. Cela souligne l’unité de l’Église autour du successeur de Pierre. Elle est appelée Omnium Urbis et Orbis Ecclesiarum Mater et Caput, c’est-à-dire « Mère et Tête de toutes les églises de la ville et du monde ».
- Une histoire marquée par les épreuves
Au fil des siècles, la basilique a subi plusieurs destructions : incendies, tremblements de terre, pillages. Elle a été reconstruite et restaurée à plusieurs reprises, notamment par les papes Innocent X et Clément XII, qui confièrent à des architectes comme Borromini la tâche de lui redonner sa splendeur baroque. Malgré ces vicissitudes, elle demeure un symbole vivant de la continuité de l’Église catholique à travers les âges.
- Une célébration de la foi et de l’unité
Le 9 novembre, les fidèles sont invités à méditer sur le mystère de l’Église comme temple spirituel, bâti sur le Christ, pierre angulaire. La liturgie de ce jour rappelle que chaque église consacrée est un signe visible de la présence de Dieu parmi son peuple, et que chaque baptisé est une pierre vivante de cette construction divine.
ESQUISSE D’HOMELIE
Frères et soeurs,
Aujourd’hui, nous célébrons une fête un peu particulière : la dédicace de la basilique Saint-Jeande-Latran, la cathédrale du pape, l’église-mère de toutes les églises du monde. Ce n’est pas une fête locale, réservée à Rome, mais une fête universelle, car elle nous rappelle que l’Église est une
maison pour tous, un lieu où Dieu veut habiter au milieu de son peuple. Cette célébration nous invite à contempler le mystère de l’Église, non seulement comme bâtiment, mais comme réalité vivante, comme communauté de croyants, comme temple de l’Esprit.
La première lecture, tirée du prophète Ézéchiel, nous parle d’un fleuve qui jaillit du Temple et qui fertilise tout sur son passage. Là où passe cette eau, la vie renaît, les arbres portent des fruits, et les malades trouvent guérison. Ce fleuve, frères et soeurs, c’est l’image de la grâce de Dieu qui coule dans l’Église. C’est l’eau du baptême, c’est la parole qui nourrit, c’est l’amour qui guérit.
Quand nous entrons dans une église, nous ne venons pas simplement dans un lieu de silence ou de beauté. Nous venons puiser à la source. Nous venons nous laisser irriguer par la présence de Dieu. Et cette eau ne doit pas rester enfermée entre les murs : elle est faite pour couler vers le
monde, vers les périphéries, vers les coeurs assoiffés.
Saint Paul, dans la deuxième lecture, nous rappelle que nous sommes chacun des pierres vivantes de ce temple. « Vous êtes le temple de Dieu, et l’Esprit de Dieu habite en vous. » Voilà une parole forte, une parole qui nous responsabilise. L’Église n’est pas seulement ce que les architectes ont construit, elle est ce que nous construisons chaque jour par notre foi, notre charité, notre fidélité. Cela veut dire que nos vies sont appelées à refléter la beauté de Dieu. Cela veut dire que nos gestes, nos paroles, nos choix, peuvent être des pierres solides ou des briques fragiles. Cela signifie aussi que nous devons veiller à ne pas détruire ce temple par la division, la médisance, l’indifférence.
Dans l’Évangile, Jésus entre dans le Temple de Jérusalem et chasse les marchands. Il ne supporte pas que la maison de son Père soit transformée en marché. Et il annonce une chose étonnante : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. » Il parlait de son corps, du Temple nouveau qu’est sa personne.
Frères et soeurs, cette parole nous révèle que le véritable lieu de la rencontre avec Dieu, c’est le Christ lui-même. C’est en lui que nous trouvons le pardon, la paix, la lumière. C’est par lui que nous devenons membres du Corps, pierres du Temple, enfants du Père.
La basilique du Latran est un signe visible de cette Église universelle. Elle a traversé les siècles, les guerres, les tremblements de terre, les restaurations. Elle est toujours là, comme un repère, comme une maison ouverte. Elle nous rappelle que l’Église est faite pour durer, pour accueillir,
pour rassembler. Mais elle nous rappelle aussi que chaque église, même la plus modeste chapelle, est un lieu saint, parce qu’elle est habitée par la prière, par la présence réelle du Christ, par la communauté des croyants.
Alors, en ce jour de fête, demandons au Seigneur de faire de nous des sanctuaires vivants. Que nos coeurs soient des lieux de paix, des lieux d’accueil, des lieux de prière. Que nos communautés soient des maisons ouvertes, où chacun peut trouver sa place, où la grâce peut couler comme un fleuve. Et que cette fête nous rappelle que, même si les pierres s’effritent, même si les murs vieillissent, l’Église vivante ne cesse de grandir, portée par l’Esprit, enracinée dans le Christ, tournée vers le Royaume.
Amen

