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LA 2ème EDITION DE LA RENCONTRE AVEC L’AUMONERIE MILITAIRE CATHOLIQUE D’ABIDJAN

HOMELIE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWà
 ADMINISTRATEUR APOSTOLIQUE D’ABIDJAN

Cathédrale Saint Paul du Plateau 
Dimanche 9 juin 2024

‘‘On répète souvent que ce siècle dans lequel nous vivons, a soif d’authenticité. On affirme même à raison que nos contemporains ont horreur du factice, du falsifié et recherchent par-dessus tout, la vérité et la transparence. Ces signes des temps devraient nous trouver vigilants et nous interroger. Tacitement ou à grands cris, toujours avec force,

le monde nous demande à nous les chrétiens : Croyez-vous vraiment à ce que vous annoncez ? Vivez-vous ce que vous croyez ? Prêchez-vous vraiment ce que vous vivez ? C’est dire que plus que jamais, le témoignage de la vie des chrétiens que nous sommes, quel que soit l’endroit où l’appel de Dieu les a placés, est devenu une condition essentielle de l’efficacité profonde de la prédication et de l’évangélisation. Par ce biais, nous voici responsables de la marche de l’évangile que nous proclamons.’’

Révérends Pères,
Chers frères et sœurs,                                                                                                                                    Chers amis de l’aumônerie militaire,

Les mots que je viens de citer sont un extrait de l’homélie que j’avais prononcé à votre endroit, ici, dans cette même cathédrale, il y a de cela quelques années, à l’occasion du 12ème pèlerinage militaire, et qui avait pour thème : ‘‘Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes.’’ Mt 4, 20. Ce même jour, j’avais fait remarquer que ‘‘des militaires pêcheurs d’hommes… cela peut surprendre plus d’uns ! Et pourtant, l’appel à aller à la vigne du Seigneur s’adresse à chacun de nous, à un moment donné de notre histoire, prouvant ainsi que Dieu est capable d’écrire droit, même avec des lignes courbes’’ Par ailleurs et dans la même veine, j’avais insisté sur le fait que de par votre position dans le dispositif sécuritaire de nos états, vous êtes ceux qui les premiers, sont appelés à aller sur les différentes lignes de front, en vous exhortant au nom de votre foi, à répondre favorablement à l’appel que le Christ vous lance : ‘‘militaires catholiques de Côte d’Ivoire, venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes !’’

Chers amis,

Notre rencontre cette année, intervient alors que notre Eglise est synode, synode sur la synodalité, qui appelle et engage la responsabilité de tout un chacun de nous. A l’occasion de la rentrée pastorale, j’avais souligné que ‘‘le Christ n’a pas vécu en survolant son temps et son époque. Il a porté et assumé son temps, à travers un service qui s’est avéré don de sa vie aux hommes.’’ C’est cela qui justifie la double mission de l’Eglise à savoir, ‘‘servir Dieu en servant les hommes, et servir les hommes en servant Dieu.

En effet, il n’y a aucun service de Dieu qui s’épuise en lui-même, sans qu’il se décline dans le service de l’homme ; tout comme il ne peut y avoir un service pour l’homme qui ne conduise à une louange à Dieu. La crédibilité de l’Église, découlera donc de sa capacité à servir, à se mettre au service du monde, considéré comme le grand temple ouvert que Jésus lui a laissé depuis son Ascension, pour continuer la diaconie de l’amour, la diaconie de l’homme.’’ Fin de citation

Bien chers amis,

Vivre son temps et son époque en le portant et en l’assumant, à travers un service qui s’avère finalement don de nos vies au service des hommes et des femmes que le Seigneur met sur les chemins de nos vies, voici une belle aventure, mais peut-être aussi un défi à relever. Le succès de pareille entreprise est garanti, quand l’on puise ses forces et ses énergies à la bonne source qui est pour nous chrétiens, Jésus-Christ, l’Unique Sauveur du monde ! KOUAFLY ! C’est ainsi que vous avez voulu nommer notre rencontre de ce jour. KOUAFLY ! Expression en langue Dan prononcée lors de la prise de parole d’une personne importante, et qui peut signifier se mettre à l’écoute du chef, du maître ! KOUAFLY ! Et bien, nous y sommes ! Au pied de Jésus notre Maître et Seigneur qui a encore et toujours une parole à nous adresser ! KOUAFLY !

Bien plus qu’un simple slogan, un engagement, celui de chrétiens conscients de leur place et du rôle qui est le leur, dans l’édification d’un monde dans lequel ils doivent infuser des valeurs de l’Evangile ! KOUAFLY ! Finalement, il s’agit pour vous, de vous inscrire résolument dans ce moment qu’est notre marche synodale, pour continuer à marcher ensemble, à nous écouter mutuellement, à être attentifs aux attentes de nos concitoyens. L’engagement qui est le vôtre, c’est celui qui se fonde sur le constat que j’avais déjà identifié lors de la rentrée pastorale. Je cite : ‘‘les pleurs et les cris de désespoirs de tant d’hommes, de femmes et d’enfants comme autrefois les pleurs de Rachel pour ses fils à Rama (Cf Jr 31,15), ne peuvent nous laisser indifférents en tant que communautés chrétiennes porteuses d’espérances nouvelles.’’ Fin de citation.

Chers amis,

Accepter d’être à l’écoute de Dieu pour répondre à votre vocation profonde, c’est prendre l’engagement de discerner et de refuser tout ce qui conduit à la division, à la suspicion, et finalement à la mort, d’une certaine manière. En effet, parce que Dieu ne peut ni se tromper, ni nous tromper, comme nous le récitons dans notre acte de foi, nous devons tout mettre en œuvre pour comprendre ses avertissements afin d’éviter dès à présent, les pièges qui se présentent à nous sous diverses formes et de diverses manières !

Alors que vous avez pris dans cette rencontre l’engagement de vous mettre à l’écoute de Dieu, la première lecture de ce jour vient nous rappeler comment le refus d’écouter Dieu, peut avoir des conséquences graves pour notre humanité. Le récit du livre de la Genèse que nous avons entendu, traduit sous forme imagée la faute fondamentale des hommes de tout temps et qui induit toutes les fautes particulières, à savoir, le refus pour l’homme d’assumer sa finitude. Il résulte de cette manière d’agir, une fermeture à ce qui est la vraie vie, qui est rencontre de Dieu et des autres. De cette fermeture, naît la division entre des êtres qui se rejettent les uns sur les autres, la culpabilité.

Si le chemin de la synodalité sur lequel nous sommes tous engagés est d’abord écoute, je m’interroge avec vous, à la suite de cette même lecture : entendez-vous les murmures silencieux qui montent dans notre pays alors que les élections se profilent à l’horizon 2025 ? Que disent ces murmures ? Sont-ils de nature à assurer la sérénité et la quiétude dans le pays ? Quelle sera votre responsabilité personnelle, mais aussi en tant que corps de métier, dans ce qui adviendra ?

Ici encore, je veux vous rappeler l’adresse du 12ème pèlerinage militaire : ‘‘toute réponse à un appel du Christ doit ressembler à celle des Apôtres ; elle exige en premier lieu une confiance spontanée, presque enfantine. S’il est vrai que le chrétien ne peut vivre sans l’aide de Dieu, il est tout aussi vrai qu’il doit comprendre qu’appeler Dieu, avoir confiance en Lui, c’est reconnaître simplement nos propres limites. Cette confiance s’exprime par un abandon joyeux à Celui qui nous ouvre le champ de toutes les possibilités… Il s’agit en fait, d’avoir foi, non pas cette foi naïve, mais celle qui est accueil permanent du Dieu ineffable, cette foi qui suppose une grâce du Seigneur Lui-même. Pour y parvenir, il vous faut prier et accepter de vous libérer !’’ Fin de citation.

Chers amis,

J’insiste pour rappeler que l’’Église synodale que nous entendons réaliser, doit apparaitre comme le relais, le prolongement de la diaconie existentielle du Christ qui passait en faisant du bien, comme nous le dit le Livre des Actes des Apôtres (Ac 10,38). L’un des biens que j’ai indiqués, c’est celui du service de la vie. Je cite encore le texte de la rentrée pastorale : ‘‘comme vous le savez, la vie est sacrée et tout l’environnement de la création dans lequel elle s’épanouit l’est aussi. La promouvoir, la protéger, la servir avec charité est d’une urgence capitale pour une Église synodale, dans laquelle tous les membres comptent. La non transparence du jeu politique, les répartitions injustes des ressources, qui concentrent l’essentiel des richesses entre les mains d’une minorité, la fausse appréciation des priorités dans le pays, laissent beaucoup de nos concitoyens au bord du chemin, qui attendent comme Bartimée l’aveugle de Jéricho, (Cf Mc 10,46-52) le passage providentiel d’un Jésus de Nazareth.’’ Fin de citation.

La mission qui est la vôtre mais également qui est celle des chrétiens que nous sommes face à tous les dangers qui menacent notre vivre ensemble, si ce n’est notre vie tout simplement, exige que nous comprenions ce qui fonde notre agir : nous sommes une famille, bien plus qu’au sens sociologique, mais simplement, parce que nous sortons tous des mains du seul et même Créateur : Dieu ! Et à ce titre, nous avons à nous soutenir les uns les autres, c’est là, notre responsabilité commune !

        Dans l’évangile de ce jour, si on peut s’interroger sur le fait que la famille biologique de Jésus soit surprise de le voir se conduire en prophète et en guérisseur au point de le croire devenu fou, on ne peut qu’admirer son envie de vouloir le soustraire d’une certaine manière, de ce monde qui lui était de plus en plus hostile. La réponse de Jésus à ceux qui l’accusent d’agir par la main du démon, prend une force nouvelle si l’on songe qu’elle renvoie ses interlocuteurs à un problème brûlant de leur propre histoire, à savoir, celui de la division en deux du royaume d’Israël, conséquence de l’action de ceux qu’on considérait à cette époque comme les deux grands rois : David et Salomon !

        La question de Jésus, mais qui est en fait une remarque doit retenir particulièrement notre attention : ‘‘comment Satan peut-il expulser Satan ? Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut pas tenir. Si les gens d’une même maison se divisent entre eux, ces gens ne pourront pas tenir. Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il est divisé, il ne peut pas tenir ; c’en est fini de lui.’’ Mc.3, 23-26.

        A ce stade de mon propos, je me permets de revenir au texte de la rentrée pastorale : ‘‘cette Église synodale que nous appelons de tous nos vœux… plus qu’une structure ecclésiale formelle, passive et indifférente,doit se rendre manifeste dans l’histoire, à travers une manière de vivre et d’agir, qui rende compte de la grande sollicitude du Christ pour le monde… En somme, l’Église synodale peut et doit être perçue comme l’assemblée de tous les baptisés qui, répondant à l’appel de leur unique chef le Christ, portent ensemble, dans la singularité et la complémentarité de leur vocation, la vie et la mission de l’Église. Cette vocation commune de travailler à l’œuvre du Seigneur, doit être perçue comme une grâce et une responsabilité. Notre monde, tel qu’il se présente aujourd’hui, avec ses contradictions et ses compromissions, exige et appelle, notre responsabilité de chrétiens et de chrétiennes, qu’il convient d’assumer entièrement dans l’amour d’un élan synodal.’’ Fin de citation.

Révérends pères,
Chers frères et sœurs,
Chers amis,

Tout en me réjouissant de notre rencontre de ce matin, je voudrais encore une fois, vous féliciter et vous encourager, aumôniers et membres de l’aumônerie militaire catholique de l’Archidiocèse, pour les efforts toujours renouveler que vous fournissez, pour vivre votre foi chrétienne, dans le milieu qui est le vôtre, avec les exigences qu’on lui connaît. En retour, je voudrais vous assurer ma proximité dans la prière afin que votre mission, vous la viviez comme un sacerdoce, une diaconie existentielle, à l’image du Christ !

Bonne marche à tous à la suite de Jésus notre Maître et Seigneur ! Dieu est miséricordieux, qu’Il vous découvre sans cesse son visage et vous fasse sentir sa présence dans votre marche à la suite de son Fils, Lui à qui appartiennent, l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles ! AMEN.

 

+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ

Administrateur Apostolique d’Abidjan

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