MESSE DE CLOTURE DE L’ANNÉE PASTORALE 2023-2024
Ce vendredi 28 juin 2024, son éminence Jean-Pierre cardinal KUTWA, Administrateur Apostolique de l’Archidiocèse d’Abidjan a présidé en la cathédrale Saint Paul du Plateau, la messe de clôture de l’année pastorale 2023/2024. À la fin de la messe, le père Jean-Baptiste ADON,
chancelier du diocèse, a lu le procès-verbal.
Père Jean-Baptiste DIAHOU
HOMELIE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ
ADMINISTRATEUR APOSTOLIQUE D’ABIDJAN
Cathédrale Saint Paul du Plateau
Vendredi 28 juin 2024
‘‘Une nouvelle année pastorale commence pour nous. Elle s’ouvre comme un vaste champ d’espérance avec le Seigneur, même si nous aurons à affronter des tempêtes et autres obstacles, pour afficher notre identité de chrétiens. Cependant, n’ayons pas peur ! Notre force, c’est que, le Christ Lui-même est avec nous dans la barque, parfois silencieux, mais toujours présent et agissant. Nous aurons à naviguer dans la barque qui est l’Église sur les eaux de la synodalité et de la responsabilité. C’est là un voyage qui nous engage tous. Moi en premier, jusqu’au plus petits fidèles chrétiens. Un voyage qui impose que nous agissions ensemble, en Église, dans l’humilité et une recherche constante de conversion, tout en gardant les yeux rivés sur le Christ, qui tout en étant avec nous, nous a déjà précédé sur la rive.’’
Monseigneur Jean Baptiste AKWADAN, Chapelain de Sa Sainteté,
Monseigneur Richard Anou YAPO, Chapelain de Sa Sainteté,
Révérends Pères,
Révérendes sœurs,
Chers frères et sœurs,
Au terme de cette année pastorale que nous avons voulu comme un vaste champ d’espérance avec le Seigneur, comment ne pas rendre grâce à Dieu avec vous, Lui avec qui nous avons navigué sur les eaux de la synodalité et de la responsabilité, Lui qui mène à son terme de toute œuvre, toute action, qui prend sa source en Lui ! Comment ne pas rendre grâce à Dieu avec vous, Lui dont la fidélité nous a assistés, sur les chemins de notre marche commune et ensemble, à travers succès et joies, tempêtes et autres obstacles. J’espère que tout au long de cette année, Jésus Lui-même a su se frayer un chemin vers nos cœurs, pour sa gloire et pour notre bonheur, afin que chacun réponde à sa vocation, dans son domaine et dans son milieu propre, selon son état de vie.
En parlant de tempêtes et d’obstacles, j’ai en mémoire ce que disait le philosophe José Ortega y Gasset et je cite : ‘‘nous ne savons pas ce qui nous arrive, et c’est précisément ce qui nous arrive. Le monde tel que nous le voyons est profondément bouleversé. Ici, ce sont des inondations qui emportent comme chaque année, à la même période, des vies et des biens. Là-bas, ce sont des hommes et des femmes qui changent de sexe, ou qui ne veulent plus en avoir du tout, et qui demandent qu’on les accepte tels qu’ils sont, alors qu’eux-mêmes ne s’acceptent pas tels qu’ils sont. Ici, ce sont des chauffeurs qui conduisent très mal, et qui mettent la vie de tout le monde en danger. Là-bas, c’est la guerre entre pays dits civilisés, qui se sont érigés pendant longtemps en donneurs de leçons.
Ici, c’est la vie de plus en plus chère qui fait peur, et qui fait même mourir le peu d’espoir dont certains vivaient. Là-bas, ce sont des élections qui voient la montée des extrêmes, et qui fait peur. Partout, le monde est défiguré et beaucoup d’hommes sont intérieurement troublés. C’est dans ce monde pourtant que vivent les chrétiens, ceux qui croient au Christ et qui font le choix de témoigner de Lui dans toutes les circonstances de leur quotidien.
Ceux-là ne doivent pas se laisser gagner ni par la peur, ni par le découragement, à cause de la parole même du Seigneur et Sauveur qui a dit : ‘‘dans le monde vous connaîtrez l’épreuve, mais courage, j’ai vaincu le monde’’ (Jn.16,33.) Il faut donc que nous acceptions de sortir de nos petits conforts, de guérir de nos peurs et de proclamer avec la plus grande simplicité, mais la plus grande fermeté notre foi, notre joie de croire.’’ Fin de citation. Alors, n’ayons plus peur désormais !
Chers frères et sœurs en Christ,
Accepter de sortir de nos petits conforts, de guérir de nos peurs et de proclamer notre foi, notre joie de croire, pour afficher notre identité de chrétiens, c’est bien là, l’une des leçons que nous enseigne la première lecture de ce jour, qui nous relate le deuxième siège de Jérusalem. En effet, pour n’avoir pas tenu son serment de vassalité avec Babylone, Sédécias est assiégé dans sa capitale par l’armée de Nabucodonosor. Le texte insiste surtout sur la destruction du Temple de Salomon et sur le pillage du mobilier qui fut expédié en Babylonie en ne laissant dans le pays, que les paysans pauvres, après avoir pris soin d’exécuter les chefs religieux, les militaires et les politiques !
Le second siège de Jérusalem résulte donc d’une promesse non tenue de Sédécias ! Il en va ainsi de nos vies à la suite du Christ ! Comme je le disais à l’occasion de la rentrée pastorale, ‘‘l’heure n’est donc plus à l’exercice d’un individualisme exacerbant, aux antipodes de la Bonne Nouvelle de salut que Jésus-Christ est venu nous révéler. L’heure n’est pas à la fermeture sur soi, en soi. Nous sommes bien invités à être des missionnaires, à sortir de notre culture, de notre petit monde façonné à notre guise, pour emprunter, de façon résolue et décisive, le chemin de la foi, de la solidarité et de l’amour.’’ Fin de citation.
C’était là notre engagement avec le Seigneur, la promesse que nous lui avons faite d’une certaine manière à l’ouverture de l’année pastorale qui s’achève aujourd’hui ! Où en sommes-nous à l’heure du bilan ? Rappelons-nous : j’avais évoqué dans mon message, la nécessité pour notre église diocésaine d’Abidjan, ‘‘de servir Dieu en servant les hommes, et servir les hommes en servant Dieu’’, concrètement en nous engageant, dans un premier temps, dans le service de la vie à promouvoir, à protéger, et à servir, ensuite, dans le service de la formation face aux nouveaux fléaux comme la drogue, les dépravations sexuelles, la recherche effrénée de l’argent et du luxe et enfin, dans le service de la famille pour faire remarquer que si la situation ne semble guère reluisante, tout n’est cependant pas perdu !
C’est ici que je voudrais remercier, féliciter et encourager non seulement les agents pastoraux mais aussi, les communautés paroissiales pour le travail abattu avec la grâce de Dieu, ainsi que le secours et le soutien de l’Esprit Saint. Toute œuvre humaine n’étant jamais parfaite en soi, je vous engage tous à persévérer dans l’effort pour être pour notre église diocésaine d’Abidjan, mais aussi pour vos différents milieux de vie, la présence et l’agir de Jésus pour les hommes de notre temps !
J’insiste pour reprendre ce que je disais dans mon message de rentrée et je cite : ‘‘le Christ n’a pas vécu en survolant son temps et son époque. Il a porté et assumé son temps, à travers un service qui s’est avéré don de sa vie aux hommes, cette Église synodale qui est de tous et pour tous, et au service de tous. Comme Église de service, elle ne met pas d’abord en avant la distinction, la diversité et la spécificité des ministères et des charismes. Ce qui est premier, c’est la charité et la mission commune qui les fonde et les unit : l’amour rédempteur du Christ qui les vivifie et les porte à révéler au monde son visage, lui qui est venu faire de tous un seul peuple.’’ Fin de citation.
Chers frères et sœurs,
Porter et assumer son temps, à travers un service qui s’est avéré don de sa vie aux hommes, c’est bien le message contenu dans l’évangile proposé à notre méditation dans lequel Jésus est face à un lépreux ! Et des lépreux, notre monde en compte beaucoup et c’est à nous de prendre conscience que chaque société secrète ses parias, ses impurs, ses lépreux et que consciemment ou non, nos églises elles-mêmes, ne manquent pas à la règle ! La marche synodale dans laquelle nous nous trouvons engagés nous impose une responsabilité et le remède que nous propose le Pape François, dans un commentaire de ce même extrait de l’évangile est tout simple, qui parle de proximité !
Je le cite : ‘‘Jésus ne met jamais personne au rebut, jamais ! il se met Lui-même au rebut pour inclure les laissés pour compte, pour nous inclure nous, pécheurs, laissés pour compte, avec sa vie. Mais est-ce que je sais m’approcher ? Ai-je la force, ai-je le courage de toucher les laissés pour compte ? Ai-je le courage de m’approcher ou est-ce que je prends mes distances ? Ai-je le courage de raccourcir les distances, comme l’a fait Jésus ?’’ Fin de citation.
Ici encore, il me plaît de citer le pape Benoit XVI, de vénérée mémoire : ‘‘la mesure de l'humanité́ se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Cela vaut pour chacun comme pour la société́. Une société́ qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n'est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement, est une société́ cruelle et inhumaine.’’ Fin de citation.
Révérends Pères,
Révérendes sœurs,
Chers frères et sœurs
Proximité ! C’est ainsi que j’ai voulu ma mission auprès de vous et avec vous, tout au long de ces dix-huit années passées à la tête de l’Archidiocèse d’Abidjan. Si l’exercice auquel je me soumets par la clôture de cette année pastorale 2023-2024 est le dernier du genre, je veux garder avec vous tous cette proximité, même après mon départ à la retraite : proximité dans la prière avant tout, pour recommander à Dieu mon successeur mais aussi chacune de vos personnes ! Proximité de toujours, car je vous porterai dans mon cœur où que je sois, quoique je fasse !
Dans l’évangile, en osant toucher le lépreux que personne n’approchait, Jésus manifeste une attention certaine aux personnes, les libérant de leurs maladies, de leurs peurs et de leurs difficultés, se révélant ainsi le vrai serviteur annoncé par le prophète Isaïe (Is. 53,4). N’oublions jamais que si la coresponsabilité est une exigence de l’Église synodale, elle s’opposera toujours à une vision étriquée de la responsabilité, qui ne s’envisage que dans une perspective purement cléricale. Retenons-le tous : le rôle et l’implication des laïcs dans l’Église, ne sont pas inférieurs à ceux du prêtre. Il s’agit au contraire de leur responsabilité propre, dérivée du sacerdoce commun, qui comme le sacerdoce ministériel, participe de l’unique sacerdoce du Christ.
Une année pastorale s’achève mais la vie continue ! Une année pastorale s’achève et un nouvel Archevêque nous est donné ! Une année pastorale s’achève, qui ouvre le chemin des vacances de vos prêtres, pour recharger les accus ! Une année pastorale s’ouvrira avec de nouvelles pages de l’histoire de notre église à écrire ! Cette histoire nouvelle, je la prophétise belle et fructueuse à tous égards !
Dans l’attente de nous retrouver très bientôt, je souhaite par anticipation, une bonne fête à tous ceux qui se prénomment Pierre ou Paul et dans la même veine, bonne fête également aux équipes presbytérales et aux laïcs de la Cathédrale Saint Paul du Plateau, des paroisses Saints Pierre et Paul d’Oghlwapo, de Dainguira, de Saint Pierre de Blockhauss, de Saint Pierre d’Anoumabo et enfin de Saint Paul de la Riviera Faya les Lauriers. Oui à Pierre, le Christ confie l’Eglise.
Je vous souhaite de très bonnes vacances à vous, chers confrères dans le sacerdoce ! Et vous tous venus prier avec nous aujourd’hui, ma bénédiction paternelle vous accompagne.
+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ,
Administrateur Apostolique d’Abidjan
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