■ ARCHIDIOCÈSE D'ABIDJAN ■■ BONNE NOUVELLE
Le pape François a nommé Cardinal de la Sainte Église son Excellence Monseigneur Ignace BESSI DOGBO, ce dimanche 6 octobre 2024.
Il sera créé CARDINAL, le dimanche 8 décembre 2024 à Rome au cours du consistoire.
Félicitations à notre Archevêque.
Fructueuse mission au nouveau PRINCE DE L'EGLISE CATHOLIQUE.
Mgr Ignace BESSI, « Tout à tous ».
Ce 3 août 2024, Abidjan accueille son quatrième archevêque autochtone après les cardinaux Bernard YAGO, Bernard AGRÉ et Jean-Pierre KUTWÃ. suite■ ARCHIDIOCÈSE D'ABIDJAN ■■ BONNE NOUVELLE
Il s’agit de Mgr Ignace BESSI DOGBO, 63 ans.
C’est le 17 août 1961, une année après l’indépendance de la Côte d’Ivoire, qu’est né Ignace BESSI DOGBO à Treichville. Il est le fils de Célestin BESSI DOGBO, caissier dans une structure française qui commercialisait de l’électroménager, et d’Augustine DJÉKÉ KOUTOUAN, femme au foyer. Il est le deuxième d’une fratrie qui en comptait neuf (9). Cinq (5) sont toujours en vie.
Ses deux parents étaient catholiques pratiquants et ses grands-parents aussi. Son père, Célestin BESSI était maître de chœur et organiste. Il était originaire de Niangon Adjamé (Yopougon).
Le petit Ignace est baptisé trois (3) mois après sa naissance, le 17 octobre 1961, par le père Michel Girard : il porte le prénom du Saint du Jour, Ignace d’Antioche.
C’est à 7 ans qu’Ignace rejoint Niangon Adjamé où il est scolarisé jusqu’au CE2. Ensuite, son père a été affecté à Man, dans l’Ouest. La famille y passe deux ans. Alors que scolarisé à l’école catholique de Man, il est en classe de CM1, un prêtre passe dans leur école et demande ceux qui souhaiteraient devenir prêtre. Ignace se porte volontaire pour aller au petit séminaire. Mais l’année d’après, son père est réaffecté à Abidjan. De retour à la capitale, il oublie momentanément son désir de se faire prêtre. Il reprend sa vie d’adolescent normal, turbulent et récalcitrant qui se fait souvent recadrer par sa mère, ferme et rigoureuse sur l’éducation de ses enfants.
« Moi, je vais aller essayer !»
Ignace passe l’entrée en sixième et est orienté au Collège d’Orientation du Plateau (COP). L’adolescent qui vivait à Treichville repartait chaque fin de semaine à Niangon Adjamé où il intègre une chorale formée par un missionnaire laïc basque, Arnaud CASTORÈNE. C’était un éducateur attentionné et très paternel avec les huit garçons qu’il avait rassemblés à cette fin. C’est au cours d’une discussion avec CASTORÈNE qui s’attristait de constater que les enfants qui entraient au séminaire devenaient rarement prêtres, que le jeune Ignace jette innocemment : « moi, je vais aller essayer !». Le missionnaire laïc retient cette promesse d’enfant. La vie continue son cours et quand Ignace est entré en classe de troisième, il la lui rappelle. C’est ainsi que le jeune homme est enregistré sur les registres des aspirants de sa paroisse.
En 1978, après avoir obtenu son brevet, le jeune aspirant à la prêtrise intègre le moyen séminaire de Yopougon. Ils sont alors quatorze dont seulement onze resteront jusqu’en terminale. Parmi ces onze, cinq sont de l’archidiocèse d’Abidjan qui englobait alors ceux de Bassam et Yopougon. Un seul des séminaristes venait du diocèse de Korhogo, dans le nord. Et c’est lui qui marqua particulièrement le jeune Ignace. Il s’appelait Abou Joseph SEKONGO (de vénérée mémoire). Amputé d’une jambe à la suite d’une plaie mal soignée ayant abouti à une gangrène, Joseph était le meilleur ami d’Ignace. Ce dernier a même souhaité être incardiné dans le même diocèse que son ami. Sur ce sujet, il se confie au cardinal YAGO qui lui conseille d’attendre son futur nouvel évêque, l’archidiocèse étant en instance d’être scindé en trois : Abidjan, Yopougon et Grand-Bassam. Aussi la question est-elle relancée par l’intéressé dès l’arrivée à la tête du diocèse de Yopougon de Mgr Laurent MANDJO, en 1982. Ce dernier ne lui oppose pas de refus catégorique mais lui propose de rester à Yopougon, quitte à être envoyé en mission à Korhogo et à y demeurer si l’expérience est concluante.
Des années plus tard, le 2 août 1987, le père Ignace BESSI fut ordonné prêtre du diocèse de Yopougon. Deux ans plus après, il fut envoyé à Rome pour étudier les Ecritures Saintes. Et plus personne ne se souvint de ces échanges sur Korhogo.
Après 4 années d’études à Rome, le père Ignace retrouve son diocèse ivoirien. Il effectue divers services à la paroisse cathédrale Saint André, notamment comme responsable des Œuvres pontificales missionnaires (OPM). Il est nommé vicaire général en 1996 et curé de la paroisse Saint André en 1997.
En 2000, le père Joseph SEKONGO, son ami de séminaire, ordonné prêtre pour le compte du diocèse de Korhogo, décède.
«Korhogo n'est pas loin »
En 2004, le père Ignace BESSI est nommé évêque de Katiola, dans le Nord. Il choisit comme devise épiscopale « Tout à tous » 1 Corinthiens 9, 22. «Korhogo n'est pas loin », lui rappelle un ami du père SEKONGO, à la mémoire d'historien, Ferdinand TIONAN. Korhogo n’était en effet pas loin. Et il s’en apercevrait quelques années plus tard.
Mais en attendant, la tâche qu’il doit accomplir à Katiola est des plus ardus. Le diocèse avait un nombre important de prêtre (42) mais les fidèles n’étaient pas nombreux. Ils étaient en tout cas moins nombreux que ceux de la Cathédrale Saint-André de Yopougon où prêtre, il avait passé une grande partie de sa mission. Au niveau financier aussi la situation fut compliquée. Le nouvel évêque put heureusement compter sur le soutien des chrétiens de Niangon Adjamé son village qui, après la messe d’action de grâce organisée pour sa nomination comme évêque de Katiola, lui remirent, près de 5 millions de francs CFA.
La mission s’organisa peu à peu. Les cadres catholiques de Katiola furent mis à contribution et l’enthousiasme pastoral fut ravivé. En 2017, Mgr Ignace BESSI est élu président de la Conférence des Évêques Catholiques de Côte d’Ivoire (CECCI). Il n’avait jamais cru en l’efficacité des plans stratégiques auparavant. Pour bâtir l’autonomie de l’Eglise catholique dont il tenait désormais les rênes en Côte d’Ivoire, il y a pourtant recours, l’objectif étant de parvenir à une communion autonome au service de tous. Il sera conforté dans ce choix lorsque dans des termes proches de la vision de ce plan d’action, le pape invitera l’Eglise à vivre la synodalité.
Les deux mandats de Mgr Ignace BESSI à la tête de la Conférence des Évêques Catholiques de Côte d’Ivoire sont placés sous les signes de l’autonomisation financière de l’Eglise ivoirienne mais également de la péréquation nationale dont il est l’un des grands partisans. Deux idées pour l’autonomisation financière de l’Eglise ivoirienne, déjà lancées par la Conférence épiscopale avant son élection, sont renforcées.
Il y a d’abord eu, en 2008, le Pagne National Catholique, commercialisé chaque année et dont le port est obligatoire pour les sacrements d’initiation.
Il y a ensuite eu le Fonds National Catholique lancé en 2014. Il s’agit d’une collecte nationale, le Jour de la Pentecôte, permettant de financer les œuvres de l’Eglise ivoirienne. Elle a abouti aujourd’hui à la construction de la Cité de la paix, une résidence constituée d’appartements mis en location. Pour Mgr BESSI, la fidélité aux Saintes Ecritures, c’est aussi la promotion de la péréquation nationale pour amoindrir le plus possible, les disparités de situation socioéconomiques entre les prêtres. Cet engagement, ce combat pour l’égalité des prêtres en termes de conditions de vie, Mgr BESSI le tient de l’exemple donné par la solidarité interne de la première communauté chrétienne telle que présentée par le livre des Actes des Apôtres.
En 2017, Mgr Ignace BESSI est nommé administrateur apostolique de Korhogo. En 2021, il fut installé comme archevêque de Korhogo. La providence divine qui fait toujours les choses bonnes en leur temps venait ainsi de réaliser le vœu du jeune Ignace de servir à Korhogo, sous la forme prévue par Dieu.
La mission qui l’attend alors n’est pas des plus simples. Le clergé était un peu épars. Beaucoup de ses prêtres étaient en Occident et ne souhaitaient pas rentrer, d’autres étaient découragés. De nombreux fidèles avaient déserté les centres paroissiaux, les hommes notamment dont on ne trouvait pas un seul dans certaines communautés.
Cette désertion pourrait être liée à deux facteurs. Le premier est celui du Poro, une culture initiatique du Nord que certains jugent inconciliable avec le christianisme. Mgr BESSI quant à lui considère qu’il s’agit là d’une erreur et s’est engagé à la combattre durant tout son ministère à Korhogo.
Le deuxième facteur est lié à la polygamie très présente dans cette région. Face à ce phénomène qui cause de la souffrance à de nombreuses femmes au foyer, Mgr BESSI reste ferme sur la position de l’Eglise.
Cardinal KUTWÃ
Le 20 mai 2024, Mgr Ignace BESSI est nommé archevêque d’Abidjan. Il succède au cardinal Jean Pierre KUTWÃ (archevêque d’Abidjan du 2 mai 2006 au 20 mai 2024). Il dit l’avoir connu de loin lorsqu’il était curé de Notre-Dame de Treichville ; puis de plus près lorsqu’il était archevêque de Gagnoa. Le cardinal KUTWÃ qui l’avait invité à prêcher une retraite à ses prêtres l’avait alors vivement remercié d’avoir réussi à imposer le silence. De son prédécesseur à Abidjan, Mgr Ignace BESSI retient l’extraordinaire capacité à garder le silence pour ne parler qu’opportunément, le grand sens de l’humour, le détachement et la pugnacité malgré le handicap.
Synodalité
Mgr BESSI se souvient de tout le mal qu’il a eu à réaliser ce qui lui arrivait aux premières heures de sa nomination comme archevêque d’Abidjan, à l’annonce faite par Mgr Mauricio Rueda BELTZ, nonce apostolique en Côte d’Ivoire. Il avoue avoir été effrayé par l’ampleur de la charge au point de ressentir des brûlures d’estomac : Abidjan est si complexe et si cosmopolite ! Mais il garde confiance car comme l’a dit le cardinal KUTWÃ, il en est certain : c’est le Seigneur lui-même qui va porter cette charge et non sa modeste personne. En cette heure de la synodalité, on comprend que la charge ne repose pas sur les frêles épaules d’un seul individu. Conformément au vœu du Saint-Père, « c’est toute l’Eglise qui se met en marche ensemble pour la mission dans la Communion et la participation ».
Lucie Rouaud-Sarr, journaliste



