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MESSAGE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ ARCHEVEQUE D’ABIDJAN A L’OCCASION DE LA MESSE CHRISMALE Mardi 17 avril 2019

Cathédrale Saint Paul du Plateau Abidjan

Chant : ‘‘Ah qu’ils sont beaux, sur la montagne, les pas de ceux qui portent la Bonne Nouvelle, qui annoncent le salut et la paix…’’

Excellence Monseigneur
Chers confrères dans le sacerdoce,
Révérends frères, révérendes sœurs,
Chers frères et sœurs,

Oui vraiment ils sont beaux les pas de ceux qui portent la Bonne Nouvelle en annonçant le salut et la paix ! Ils sont beaux, non pas de la beauté humaine et physique qui s’amenuise au fil des années, mais de cette beauté qui provient de la source même et de la grandeur du sacerdoce ministériel, transmis de génération en génération, dans une lignée ininterrompue, par la volonté souveraine du Christ notre Maître et Seigneur.

 

Cette transmission ininterrompue, c’est bien ce que traduit Le décret sur la vie et le ministère des prêtres, § 2 et je cite : ‘‘ C'est ainsi que le Christ a envoyé ses apôtres comme lui-même avait été envoyé par le Père ; puis, par les apôtres eux-mêmes il a fait participer à sa consécration et à sa mission les évêques, leurs successeurs, dont la fonction ministérielle a été transmise aux prêtres à un degré subordonné: ceux-ci sont donc établis dans l'ordre du presbytérat pour être des coopérateurs de l'Ordre épiscopal dans l'accomplissement de la mission apostolique confiée par le Christ. La fonction des prêtres, en tant qu'elle est unie à l'Ordre épiscopal, participe à l'autorité par laquelle le Christ lui-même construit, sanctifie et gouverne son Corps.’’ Fin de citation.

Comme chaque année, à l’occasion de la messe chrismale, nous nous retrouvons nombreux autour de nos prêtres, pour consacrer les huiles saintes mais également, pour prier avec eux et pour eux, afin qu’ils répondent toujours davantage aux exigences de leur vocation, d’où le rite qui consistera pour eux tout à l’heure, à renouveler entre les mains de leur évêque, les engagements qu’ils ont volontairement et librement contracté, le jour de leur ordination sacerdotale.

A propos de la rénovation des promesses sacerdotales, je voudrais faire remarquer que bien plus qu’un simple rite accompli de manière machinale, sans grande conviction, fondu dans la masse en marmonnant des propos à peines audibles, cette rénovation des promesses sacerdotales doit être perçue et comprise par tous comme le nécessaire aggiornamento qui nous met au diapason des exigences du monde dans lequel nous vivons, un monde qui est devenu très critique vis-à-vis de la religion catholique et qui se délecte à souhait des souffrances qui peuvent être les siennes.

C’est au nom de cet aggiornamento que j’ai voulu adosser cette année, ma réflexion sur la lettre du Pape François sur le cléricalisme dans l’Eglise. En effet, on a beau jeu de penser que ce qui arrive ailleurs peut sembler lointain. Mais à la vérité, en analysant ce que nous partage le Saint Père et en se l’appropriant, il nous est possible de pouvoir l’adapter aux situations concrètes qui sont les nôtres, et qui peuvent constituer également, des situations de grandes souffrances pour nos jeunes églises d’Afrique, et disons-le, pour notre Archidiocèse d’Abidjan.

1- Il peut arriver que nous-mêmes causions des souffrances au Christ notre Maître et Seigneur. 

Chers confrères dans le sacerdoce,

Ces situations de souffrances, nous devons les découvrir d’abord à un niveau personnel, dans notre relation avec Celui qui nous a appelés et choisis pour nous mettre à l’écart pour le service de nos frères et sœurs, en ayant toujours à l’esprit que ‘‘le presbytérat est à la fois grâce et mission, sanctification et apostolat, consécration et envoi pour un service particulier à exercer dans l’Eglise et dans le monde d’aujourd’hui et cela, avec l’autorité du Christ, Serviteur, Maître, Prêtre et Pasteur du Corps mystique, en communion avec l’ordre épiscopal, le presbyterium diocésain et la communauté ecclésiale.’’ La célébration de cette messe chrismale en est le signe éloquent.

Pour revenir aux situations de souffrances au niveau personnel, il me plait de rappeler les propos du Saint Père dans sa lettre sur le cléricalisme : ‘‘Je fais miennes les paroles de l’alors cardinal Ratzinger lorsque, durant le Chemin de Croix écrit pour le Vendredi Saint de 2005, il s’unit au cri de douleur de tant de victimes en disant avec force: «Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! […] La trahison des disciples, la réception indigne de son Corps et de son Sang sont certainement les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le cœur. Il ne nous reste plus qu’à lui adresser, du plus profond de notre âme, ce cri: Kyrie, eleison – Seigneur, sauve-nous (cf. Mt 8, 25)» (Neuvième Station).’’

 

Les mots choisis ici pour décrire notre attitude de pasteurs sont durs : ‘‘orgueil et autosuffisance, trahison des disciples, réception indigne de son Corps et de son Sang’’ et se révèlent finalement à ses yeux comme ‘‘les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le cœur.’’ Ainsi donc, il peut arriver que nous-mêmes causions des souffrances au Christ notre Maître et Seigneur ! Nous devons davantage prendre conscience, sans minimiser les autres types de souffrances, que nous avons des efforts à fournir dans notre marche à la suite du Christ !

 

Que peut-on attendre de disciples qui baignent dans la trahison face au Maître ? Nous reconnaissons-nous dans cette manière de voir les choses ? L’Humilité et la douceur président elles encore dans chacun des actes que nous posons ? Avons-nous conscience que réclamer des honoraires pour des messes que nous n’avons pas célébrées effectivement est une forme de trahison qui blesse le cœur de notre Rédempteur ? Quelqu’un a dit que se mentir à soi-même est une faute très grave. En le disant, je voudrais nous inviter, chers confrères, à un nouveau  réarmement moral et spirituel. Dans ce sens, je suis disposé à accompagner ceux d’entre nous qui éprouvent des difficultés particulières. Prenons ensemble l’engagement de ne pas faire souffrir davantage le Christ ! C’est ainsi que notre cri ‘‘Kyrie, eleison – Seigneur, sauve-nous’’ que lui adresserons, du plus profond de notre âme, aura du sens !

 

2- La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur, car si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui.

 

Chers confrères,
Chers frères et sœurs,

 

Par ailleurs, il nous faut aussi comprendre toujours selon la lettre du Saint Père que « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui » (1 Cor 12,26). Et le Pape de poursuivre : ‘‘Ces paroles de saint Paul résonnent avec force en mon cœur alors que je constate, une fois encore, la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience, commis par un nombre important de clercs et de personnes consacrées. Un crime qui génère de profondes blessures faites de douleur et d’impuissance, en premier lieu chez les victimes, mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté, qu’elle soit composée de croyants ou d’incroyants… La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur ; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables.’’ Fin de citation.

Vous aurez remarqué ici qu’il est question d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience mais aussi de mineurs et d’adultes vulnérables !  Ces situations déplorables devraient nous incliner à nous asseoir pour réfléchir à notre niveau sur les situations particulières que nous pouvons rencontrer et dont les effets sur les victimes mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté, qu’elle soit composée de croyants ou d’incroyants ne sont plus et ne peuvent plus être tolérables. Sur cette question, le Pape parle même ‘‘de la mise en œuvre de la tolérance zéro et des façons de rendre compte de la part de tous ceux qui commettent ou dissimulent ces délits.’’ Nous voici donc prévenus !

Chers confrères,

         Comme vous le savez certainement, célébrant les saints mystères au nom de l’Eglise tout entière, nous, prêtres, devons y mettre  tout notre cœur pour que toute notre vie en soit imprégnée. C’est pour cela que nous avons l’onction d’huile sainte le jour de notre ordination presbytérale. Elle nous a été conférée au moyen du sacrement particulier qui, par l'onction du Saint Esprit, nous  marque d'un caractère spécial, et nous configure ainsi au Christ Prêtre pour nous rendre capables d'agir au nom du Christ Tête en personne.

 

         Il nous faut davantage comprendre que agir In persona Christi et In persona Ecclesiae fait de nous les témoins fidèles de Jésus-Christ au milieu du peuple de Dieu et de l’histoire des hommes, nos frères. Au milieu d’eux, mis à part, mais non séparés, nous ne devons en aucune façon renier notre identité presbytérale. C’est bien ce que disait justement le Pape Saint Célestin: « le peuple doit être instruit, non suivi ». Et le pape Saint Jean-Paul II d’ajouter : « Notre activité pastorale exige que nous soyons proches des hommes et de tous leurs problèmes, aussi bien personnels et familiers, que sociaux, mais exige que nous soyons proches de tous ces problèmes comme prêtres. Alors seulement, au milieu de tous ces problèmes, nous restons nous-mêmes » (Lettre Novo Incipiente, 7).

Dès lors, notre ministère doit s’exercer comme un service avec et pour le Christ en faveur de l’édification de l’Eglise et pour le salut de tous les hommes, même au prix de notre vie. Le témoin du Christ, c’est celui qui va jusqu’à affronter la mort, comme le Christ. Qu’est-ce qui doit mourir désormais en nous ? Mais cette mort ne peut se réaliser que par notre docilité à l’Esprit Saint qui est la force intérieure qui nous fait renaître et nous conduit sur les chemins qui mènent à nos frères, frères de Jésus !

Toujours relativement aux blessures infligées à la communauté, les mots du Pape sonnent avec justesse quand il dit que ‘‘considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées.’’

Chers confrères,

Aujourd’hui nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu, d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit. Comme dit le Pape : ‘‘si par le passé l’omission a pu être tenue pour une forme de réponse, nous voulons aujourd’hui que la solidarité, entendue dans son acception plus profonde et exigeante, caractérise notre façon de bâtir le présent et l’avenir, en un espace où les conflits, les tensions et surtout les victimes de tout type d’abus puissent trouver une main tendue qui les protège et les sauve de leur douleur (Cf. Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.228).

Cette solidarité à son tour exige de nous que nous dénoncions tout ce qui met en péril l’intégrité de toute personne. Solidarité qui demande de lutter contre tout type de corruption, spécialement la corruption spirituelle, «car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite: la tromperie, la calomnie, l’égoïsme et d’autres formes subtiles d’autoréférentialité, puisque « Satan lui-même se déguise en ange de lumière » (2Co11,14) » (Exhort. ap. Gaudete et Exsultate, n.165). L’appel de saint Paul à souffrir avec celui qui souffre est le meilleur remède contre toute volonté de continuer à reproduire entre nous les paroles de Caïn: «Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère?» (Gn 4,9).’’ Fin de citation.

        3- Une conversion de l’agir ecclésial est possible avec la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu.

Frères et sœurs,

En me tournant vers vous, je voudrais rappeler la mission qui est la vôtre auprès de vos prêtres. Ici encore, je cite le Pape François : ‘‘Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie.

 

Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Eglise – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui «annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple». Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme.’’ Fin de citation.

 

Prenez donc la place qui est la vôtre dans l’annonce de la Bonne Nouvelle du Christ en vous engageant à aider vos prêtres sans être leurs complices. La délation, la médisance, le manque de correction fraternelle ne sont pas de nature à favoriser le vivre-ensemble pour rendre efficace l’annonce de la Parole de Dieu.

 

Chers confrères,                                                           

Les huiles que nous allons bénir dans cette eucharistie ne font que nous rappeler la place qui est la nôtre dans la vie des hommes et des femmes de notre Archidiocèse. Désormais, c’est ensemble, prêtres et fidèles laïcs du Christ que nous devons être attentifs aux catéchumènes et aux nouveaux baptisés en les éduquant peu à peu ainsi que nos communautés dans la découverte et la pratique de la vie chrétienne. Ensemble, nous aurons toujours un très grand souci des malades et des mourants : nous les visiterons et les réconforterons dans le Seigneur par l’huile des malades administrés uniquement par les prêtres.

Les hommes et les femmes de ce monde dans lequel nous vivons ont dans une certaine mesure faim et soif de justice, d’amour et de réconciliation. Ils attendent du témoignage cohérent de notre vie de prêtres, comme leurs pasteurs, les ressources spirituelles nécessaires pour grandir dans la foi en Jésus-Christ et pour se laisser réconcilier en Dieu.

Pour terminer, je voudrais encore reprendre les propos du Pape : « Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui », nous disait saint Paul. Au moyen de la prière et de la pénitence, nous pourrons entrer en syntonie personnelle et communautaire avec cette exhortation afin que grandisse parmi nous le don de la compassion, de la justice, de la prévention et de la réparation. Marie a su se tenir au pied de la croix de son fils. Elle ne l’a pas fait de n’importe quelle manière mais bien en se tenant fermement debout et à son coté.’’

 

Qu’il plaise à Dieu que la Vierge Marie se tienne encore et toujours aux côtés de nous tous et particulièrement du Nonce Apostolique, Monseigneur ANTE Jozic que je recommande à vos prières ainsi que de nos frères de l’Archidiocèse de Paris qui ne pourront célébrer cette année Pâques dans leur cathédrale et à qui nous exprimons notre proximité en ces moments si douloureux !

 

A tous je souhaite une bonne fête et une bonne montée à Pâques! Que la victoire du Ressuscité vous apporte un surcroit de force et de grâces abondantes

 

+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ
Archevêque d’Abidjan