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HOMELIE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ ARCHEVEQUE D’ABIDJAN A L’OCCASION DE LA MESSE DE CLOTURE DU SEMINAIRE SUR LE DEVELOPPEMENT HUMAIN INTEGRAL, CHEMIN DE PAIX, CHEMIN D’AVENIR

Paroisse Saint Jacques des II Plateaux
Abidjan le 15 novembre 2019

‘‘Vous avez appris qu’il a été dit : ‘‘Œil pour œil, dent pour dent’’. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant…’’

Il y’a dans la vie des hommes, des circonstances et des événements que le seul hasard ne s’aurait expliquer. En effet, si humainement, nous avons choisi de faire correspondre la fin du séminaire portant sur le ‘‘Développement Humain Intégral, chemin de paix, chemin d’avenir’’ avec la journée nationale de la paix en Côte d’Ivoire, c’est que Dieu Lui-même y avait déjà consenti, Lui le Maître de l’histoire des hommes, Lui qui sait toute chose, et pour cause : Il est le seul à pouvoir garantir le lendemain des hommes ainsi que le succès de toutes leurs entreprises.

 

Tout en me réjouissant de cette heureuse initiative qui a vu la participation du Dicastère romain pour le Service du Développement Humain Intégral, du gouvernement ivoirien, du Forum des Confessions religieuses de Côte d’Ivoire, des  Ambassadeurs et membres des missions diplomatiques en Côte d’Ivoire, des membres de la Société Civile ivoirienne ainsi que des forces vives du pays, je voudrais rendre grâce à Dieu qui mène à bien tous nos projets. La crise de 2010 et ses conséquences peuvent être pour tous, un mauvais souvenir, si de tout cœur nous le désirons avec la bénédiction de Dieu !

Ce jour est également journée nationale de la paix en Côte d’Ivoire. Et le thème qui a été retenu pour cette 23ème édition est à mon avis, symptomatique des aspirations profondes de nos populations : ‘‘Au-delà des mots, agissons ensemble pour la création d’un environnement électoral apaisé.’’ Je prie pour que ces aspirations s’enracinent profondément dans la célébration eucharistique de ce jour, ainsi que dans la prière qui se tiendra à la grande mosquée de la Riviera Golf. Que Dieu  donne à chacun des ivoiriens la claire vision de ce qu’il doit faire et la force de l’accomplir pour une Côte d’Ivoire unie, réconciliée et prospère.

Excellences,
Frères et sœurs,

‘‘Vous avez appris qu’il a été dit : ‘‘Œil pour œil, dent pour dent’’. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant…’’  

Les paroles que nous lisons en ce jour, auraient vraiment eu leur place tout au sommet du séminaire qui vient de s’achever, car manifestement, la pensée du Christ culmine ici en grandeur et en originalité. En effet, en lisant les textes que la liturgie nous propose, nous atteignons les cimes de l’amour, l’amour qui va jusqu’au pardon des offenses, jusqu’au renoncement à la plus naturelle vengeance, l’amour pour les ennemis et qui s’achève dans la prière pour eux ou pour tous ceux que nous supposons comme tels !

Dans la première lecture tirée de la Lettre de Saint Jacques, l’Apôtre nous enseigne que l’obéissance chrétienne est incompatible avec les rivalités, la jalousie et l’ambition, lesquelles attitudes montrent que l’on peut être prisonnier des puissances à l’œuvre dans le monde ! Or Dieu revendique toute la vie du croyant, sans complaisance à l’égard des séductions de ce monde. La leçon que nous pouvons tirer de cette lecture pourrait être celle-ci : une chose est de juger son prochain pour faire de lui un objet de ressentiment et une autre est de l’avertir et de le reprendre loyalement et sans détour.

‘‘Vous avez appris qu’il a été dit : ‘‘Œil pour œil, dent pour dent’’.

        Mais comment comprendre aujourd’hui les paroles du Christ dans l’évangile, paroles qui nous invitent à être parfaits comme l’est notre Père céleste, dans un monde où l’on parle de plus en plus de représailles, où chaque nation se prépare à riposter à toute attaque, et cela, de la façon la plus énergique qui soit ? Avez-vous remarqué que partout autour de nous, des pays en voie de développement, se ruinent pour pouvoir répondre à la violence par la violence, au détriment d’enjeux certainement plus importants pour eux et leurs populations ?

        Dites-moi, allons continuer à voir dans l’autre, la source de tous nos maux ? Allons-nous continuer à pointer du doigt et du regard accusateur l’autre ? Avons-nous conscience que depuis quelques années, notre pays polarise l’attention de tous et suscite bien des interrogations quant à sa marche vers l’émergence et que de plus en plus, on peut trouver de nombreuses raisons de réfléchir sur lui : on en dit parfois trop comme si brusquement tous les maux d’Afrique s’étaient cristallisés en ce pays ; parfois pas assez, parce que les problèmes sont plus complexes qu’ils ne paraissent et appellent souvent des analyses plus approfondies ? Ivoiriens mes frères, où se trouve notre intérêt commun ?

        ‘‘Vous avez appris qu’il a été dit : ‘‘Œil pour œil, dent pour dent’’.

        Dans le quotidien de notre vie, à qui n’a-t-on pas dit un jour, ‘‘ne te laisse pas marcher sur les pieds, rends coup pour coup, patiente, mais prépare ta riposte : la vengeance est un plat qui se mange froid…’’ Qui donc accepte aujourd’hui si facilement de voir même sa voiture rayée par un voyou, ou la vitre brisée avec la disparition de ses effets personnels? Qui accepte aujourd’hui, d’être cambriolé plusieurs fois, sans ruminer au plus profond de son cœur,  la vengeance pour celui-là qui lui a causé du tort ? Combien acceptent une injustice ou ce qu’ils supposent comme tel, sans penser, au plus profond de lui-même, à se faire justice ?

‘‘Vous avez appris qu’il a été dit : ‘‘Œil pour œil, dent pour dent’’.

Oui, y’a-t-il quelque chose de plus instinctif, de plus viscéral que le désir de vengeance ? Mais, c’est aussi parfois pour notre intelligence elle-même, ce qu’il y’a de plus légitime, pour que soit tout simplement respectée la nécessaire justice entre les hommes. Et pourtant, la Parole de Dieu, comme un trouble-fête, nous invite à aller au-delà de ce sentiment qui nous anime bien des fois, face à ce que nous considérons comme une injustice de trop, un acte qui ne saurait rester sans suite appropriée.

‘‘Vous avez appris qu’il a été dit : ‘‘Œil pour œil, dent pour dent’’.

 C’est la loi du Talion, une loi très mal comprise de nos sociétés modernes. En effet, comment la Loi de Moïse, Loi de Dieu, a-t-elle pu énoncer une telle législation ? Comment Dieu a-t-il pu admettre que l’on puisse rendre le mal pour le mal ? Mais il faut bien comprendre ! A cette époque déjà, cette Loi était un immense progrès par rapport à l’instinct de vengeance si naturel à l’homme. Par cette loi du Talion, les droits coutumiers de l’Ancien Orient tentaient de limiter les excès de la vengeance. Le mouvement naturel de celui qui a été agressé, était de rendre davantage. Ainsi, on tuait un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure !  C’était la porte ouverte à tous les abus possibles et imaginables.

Le droit avait donc essayé de limiter la violence, en stipulant qu’on ne devait faire subir à l’agresseur que le traitement strict qu’il avait lui-même fait subir à sa victime. Désormais, le châtiment est limité et doit rester proportionnel à l’offense. Car ce ne sont plus la haine et l’instinct seuls qui déterminent la hauteur de la vengeance, c’est un principe juridique qui s’impose à la volonté individuelle ! Aujourd’hui, cette loi biblique nous semble complètement dépassée et faite pour une autre époque. Et pourtant, si seulement on en restait à la loi du Talion.

En effet, combien de villes sont bombardées dans le monde entier justement par représailles, combien de luttes raciales, nationales, sociales ou s’applique le contraire du talion, c’est-à-dire, l’escalade de la violence. Dès lors, le plus fort, c’est celui qui rendra les coups reçus dans les proportions qu’il aura lui-même choisies. On parle pudiquement de rapport de force, de force légitime, alors qu’à la vérité, il ne s’agit ni plus, ni moins, que du même vieil instinct sauvage et barbare : la vengeance ! Mais pourquoi alors s’interdire toute vengeance, toute haine ? Simplement pour devenir ce que nous sommes : les fils de notre Père qui est dans les cieux !

 ‘‘Vous avez appris qu’il a été dit : ‘‘Œil pour œil, dent pour dent’’. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant…’’

Excellences,
Frères et sœurs,

Le message central véhiculé par le Christ nous est révélé par une loi fondamentale, une loi de sainteté: ‘‘Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint’’. Ainsi, l’homme est appelé à vivre dans le rayonnement de Dieu lui-même. Il doit pour ce faire, éliminer toute haine en lui pour s’ouvrir aux autres : ‘‘Tu n’auras aucune pensée de haine contre ton frère. Mais tu n’hésiteras pas à réprimander ton compagnon, et ainsi, tu ne partageras pas son péché’’.

L’évangile ne prône donc pas l’injustice. Non, le Christ ne nous invite pas à courir après celui qui vient de nous voler notre poste téléviseur, pour lui offrir la télécommande qu’il aurait oublié d’emporter dans sa fuite. Non, le Christ ne nous invite pas à prendre à la lettre ses paroles en tendant naïvement la joue gauche à celui qui nous frappe sur la joue droite !

L’invitation qui nous est faite par le Christ, c’est de vivre à sa suite, cette priorité de l’amour sur la peur devant les manifestations du mal. Et son appel est particulièrement d’actualité : tandis que le monde dit représailles, le Christ Lui, nous commande d’aimer ! Il nous invite à extirper de nos cœurs, la rancœur de la vengeance. Il nous invite à ne pas nous laisser emporter par cette agressivité instinctive qui monte en nous chaque fois que l’on nous cause du tort.

Fils et filles de Côte d’Ivoire, écoutons le Seigneur dire à chacun de nous : mon enfant, ne te laisse pas ronger par le désir de vengeance ; ne réponds pas au mal par le mal, parce qu’alors, tu deviendrais semblable à tes agresseurs ; ne te laisse pas déstabiliser par la rancune, ce serait donner à l’autre, un pouvoir sur toi, le pouvoir de te détruire, dans le meilleur de toi-même ; n’entre pas dans le jeu du Mauvais, tu y laisseras ton âme. Enfin, si tu pouvais être au-dessus de tout le mal dont tu es l’objet, quelle démonstration de force ce serait de ta part ! Finalement, fais plus encore, vas plus loin : comprends tes ennemis ! Aime-les !

Excellences,
Frères et sœurs,

 ‘‘Vous avez appris qu’il a été dit : ‘‘Œil pour œil, dent pour dent’’. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant…Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent.’’  

 

Mais qui est mon ennemi serait-on tenté de se demander? L’évangile de Saint Luc au chapitre 6, le verset 27, nous précise la pensée du Christ : « Je vous le dis, à vous qui m’écoutez : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent. Souhaitez du bien à ceux qui vous maudissent. Priez pour ceux qui vous calomnient. » Jésus définit ainsi trois catégories d’ennemis et répond par là même, à celui qui serait tenté de dire: « moi, je n’ai pas d’ennemi. » 

Mon ennemi, c’est celui qui me hait, qui ne m’aime pas, qui me déteste, qui ne veut pas me sentir comme on dit ici chez nous ; c’est celui qui change de route lorsqu’il me voit venir. Mon ennemi, c’est aussi celui appelle sur moi la malédiction, qui me voue au malheur, qui prononce des imprécations contre moi, qui ne veut pas me voir réussir, qui souhaite que j’échoue dans toutes mes entreprises. Enfin, mon ennemi, c’est celui qui me calomnie, celui qui attaque ma réputation par des accusations volontairement mensongères, qui dit des choses fausses à mon sujet pour me nuire et porter atteinte à mon honneur. C’est en fin de compte, celui qui souille ma crédibilité… Et c’est celui-là que le Christ me demande d’aimer parce qu’il est un frère pour moi !

 

Aimer ce n’est pas d’abord une question de sentiments. Aimer ses ennemis, c’est positivement, concrètement, effectivement, leur vouloir et leur faire du bien. C’est commencer par prier pour eux, c’est-à-dire, prier pour leur conversion et non pas qu’ils soient punis atrocement. Aimer ses ennemis, c’est lentement, progressivement, devenir capable de pardon. Aimer ses ennemis, c’est aussi et surtout leur faire du bien, le bien que j’espère pour moi-même !

Frères et sœurs,

Si au niveau humain, l’escalade de la violence a tôt fait de s’installer, il faut bien un jour ou l’autre, que certains soient assez intelligents pour stopper ce mécanisme destructeur : c’est une question de survie pour tous ! Une action terroriste, une méchanceté gratuite, une calomnie, provoquent inévitablement une première réaction d’indignation et de désir de vengeance ! Mais imaginons que nous répondions à ces agressions sur le même registre, qu’adviendra-t-il par la suite ? Le sage a dit : ‘‘la vengeance tout comme l’ambition, a toujours faim.’’ Ce qui doit nous guider dans notre pays désormais, ce qui doit nous motiver, c’est avant tout, l’imitation de Dieu dont nous sommes tous des fils !

Pour le chrétien, la vraie motivation, c’est l’imitation de l’attitude même du Père, qui dirige le soleil et la pluie autant sur le jardin des bons que sur la ‘‘cacaoraie’’ des méchants ! D’ailleurs, nos péchés auraient pu faire de nous des ennemis de Dieu, et loin de nous punir, il nous a envoyé la preuve suprême de son amour, son Fils, son Unique, qui va justement mourir pour les pécheurs.

Je conviens avec vous qu’enlever de son cœur tout ressentiment et tout désir de vengeance est plus facile à dire qu’à faire et qu’il faut très souvent la grâce de Dieu. Et quand c’est dur de pardonner, alors n’oublions pas que nous sommes nous-mêmes des pécheurs pardonnés par Dieu, et  nous le serons d’autant plus que nous saurons nous-mêmes pardonner ‘‘à ceux qui nous ont offensés’’. Dans le pardon, c’est notre propre intérêt à tous qui est en jeu ! 

‘‘Vous avez appris qu’il a été dit : ‘‘Œil pour œil, dent pour dent’’. Eh bien moi, je vous dis, à ce rythme-là, nous finirons tous aveugles et édentés dans ce pays et finalement, personne n’y gagne rien. C’est ici que je voudrais souhaiter que les fruits des travaux de ce séminaire qui a vu la participation de tous, nous procure les grâces d’un vivre ensemble harmonieux ! Oui, cela est encore possible, si nous acceptons d’être humbles ! Plaise à Dieu qu’il en soit ainsi sur notre terre de Côte d’Ivoire, aujourd’hui, demain et aux siècles des siècles AMEN !

 

+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ,
Archevêque Métropolitain d’Abidjan