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ONZE NOUVEAUX PRETRES POUR L’ARCHIDIOCESE D’ABIDJAN

Ce jeudi 11 Juillet 2024, son éminence Jean-Pierre cardinal KUTWA a ordonné onze (11) nouveaux prêtres. C’était une cathédrale pleine de prêtres, religieux, religieuses, de parents, amis et connaissances qui sont venus soutenir ces nouveaux élus du Christ.

Père Jean-Baptiste DIAHOU

 

HOMELIE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ

ADMINISTRATEUR APOSTOLIQUE D’ABIDJAN  Monseigneur Jean Baptiste AKWADAN, Chapelain de Sa Sainteté, Monseigneur Richard ANOU YAPO, Chapelain de Sa Sainteté

Révérends Pères,
Révérendes sœurs,
Chers frères et sœurs,
Chers fils élus de ce jour,

Que peut bien attendre une créature de son Créateur sinon, qu’il prenne soin de lui, le guide, le protège et lui assure une certaine sérénité dans sa marche de tous les jours et dans son vécu au quotidien ?

Et si, en plus de cela, son Créateur daigne satisfaire les désirs de son cœur, quelle grâce, quel bonheur ! Dès lors et face à ce bonheur, la créature ne peut que dire merci et laisser éclater sa joie face à tant de sollicitude à son endroit, face à ses prières qui n’ont pas été déçues !

En effet, en tant que créatures, nous n’avons d’autres mérites que les prévenances de notre Créateur à notre endroit, lui qui, sans cesse, se penche vers nous, comme une mère aimante et attentive ! Pour sa gloire et pour le bonheur de son peuple, il a de toujours une attention particulière pour nous, à l’image du bon berger, dont les liens avec ses brebis, se révèlent finalement comme une communauté de destin,une indéfectible union, une commune-union qui va jusqu’à la mort !

Cette communauté de destin avec son peuple, c’est celle que doit manifester tout appelé à la suite du Christ ! Et si nous nous réjouissons aujourd’hui de ces ordinations presbytérales, c’est bien parce que le Seigneur, jours après jours, années après années, continue d’appeler, des hommes qui généreusement, se mettent à son service et à celui de leurs frères et sœurs !

11 juillet 1971- 11 juillet 2024 ! Cela fait exactement cinquante- trois (53) années jour pour jour, que par l’imposition des mains de feu Monseigneur Bernard YAGO, alors archevêque d’Abidjan, je devenais prêtre de Jésus-Christ ! Vous comprenez donc l’émotion qui peut être la mienne en ces instants de grands souvenirs, qui me ramènent très loin en arrière, avec une pensée pieuse, pour mes condisciples de promotion hier, et qui aujourd’hui, s’en sont allés, vers la maison du Père éternel ! Que par la miséricorde de Dieu, ils se reposent en paix et reçoivent de Lui, la récompense promise aux bons et loyaux serviteurs !

11 juillet 2024 ! Dieu nous fait la grâce, d’accueillir et de faire rentrer dans l’ordre sacré du presbytérat, onze (11) diacres, mais cette fois-ci, par l’imposition de mes mains, assurant ainsi, la longue et ininterrompue tradition qui, année après année, agrège au Christ, ceux qu’il s’est Lui-même choisi et appelé, pour les consacrer au service de son Eglise et du monde ; le prêtre étant au service de tous, là où justement cet appel de Dieu le conduira !

11 juillet 1971 ! Ce fut un moment décisif dans mon histoire personnelle, comme ces moments qui vous marque au fer rouge et à jamais, comme ce moment que vont vivre les ordinands de ce jour ! Une étape décisive avait été franchie pour moi, comme elle le sera pour eux aujourd’hui ! Une nouvelle aventure commence pour eux en ce 11 juillet 2024, une aventure que je prophétise fructueuse à tous égards ! Encore une fois, rendons grâce au Seigneur, qui fait toute chose bonne et qui continue d’appeler des ouvriers pour sa moisson !

Chers fils, chers ordinands,

Lorsque les membres de la curie diocésaine, avec l’avis favorable de la commission diocésaine des vocations, ont accepté la date de ce jour pour votre ordination, j’y ai trouvé tout à la fois, une attention particulièrement délicate à mon endroit, mais aussi, un très beau symbole. En premier, la date de votre ordination aujourd’hui, un 11 juillet, n’est pas sans rappeler un certain 11 juillet 1971, alors que moi-même, je devenais prêtre ! En second, votre nombre : 11 candidats à la prêtrise ! Un nombre qui lui aussi, peut évoquer les disciples hier après que Judas Iscariote s’en soit allé, même s’il sera remplacé plus tard ! Enfin, il y a ici comme un rattachement de votre promotion à la mienne, et cela me touche particulièrement !

Chers fils,

Tout à l’heure, nous avons chanté que la moisson du Seigneur est abondante, mais que les ouvriers sont peu nombreux ! Avec ce chant, vous avez reconnu un extrait de l’évangile qui vient d’être proclamé. Dans cet extrait, on y voit deux grands mouvements qui, à la vérité n’en font qu’un :  Jésus qui guérit un homme muet puis, le même Jésus qui a pitié des foules, démontrant ainsi, son engagement pour le développement intégral du genre humain, sans distinction aucune. C’est là aussi, tout un symbole qui mérite que nous nous y arrêtions.

En effet, l’aveugle par définition, c’est celui qui est privé du sens de la vue mais également, au sens figuré, celui qui est incapable de discernement, ou encore, celui qui est borné pour ne pas dire, celui qui n’est pas lucide ! Si l’évangile ne nous donne pas son nom, nous pouvons comprendre qu’il peut s’agir de tout homme qui finalement souffre d’un handicap, quel qu’il soit ! Des handicapés de la vie, vous en trouverez sur les chemins de votre vie sacerdotale ! C’est à dessein que je passe sous silence, la réaction des pharisiens face à la bienveillance de Jésus envers les personnes malades ou découragées, alors que la foule reconnaît la nouveauté qu’il apporte !

En manifestant sa proximité à la foule dont il a pitié, Jésus engage les croyants de tous les temps, et vous en particulier, à se mettre au travail dans le champ du monde, pour que le plus grand nombre puisse entendre la Bonne Nouvelle ! Cette Bonne Nouvelle, concerne la libération qu’il propose à notre humanité, avec ses contradictions et ses compromissions, cette humanité qui, si elle a su se perdre, aura toujours besoin de l’aide de Jésus, pour guérir non pas uniquement de ses actuelles cécités, mais également, de tous ses handicaps !

C’est ici que je voudrais vous féliciter et vous encourager pour votre engagement à la suite du Christ, dans le service bien compris de vos frères et sœurs, vers qui vous serez envoyés en mission ! En parlant de mission, l’évangile dit clairement qu’il s’agit de la moisson du Seigneur et cela est important à souligner ! C’est-à-dire que le Seigneur veut recruter des moissonneurs et c’est un honneur à comprendre comme une charge, que le Seigneur vous fait, en vous associant à son unique sacerdoce !

Chers fils,

Avec le nouveau statut qui est le vôtre, je vous engage à ne jamais oublier que le ministère sacerdotal ne naît pas d’abord avec l’institution de l’Eucharistie, mais par l’institution du service. Quand Dieu se ceint les reins du tablier du serviteur, quand Dieu Lui-même se met au pied de sa créature en totale oblation, c’est en ce moment que naît le sacerdoce ministériel. Retenez-le : le sacerdoce est essentiellemnt offrande de soi à Dieu, dans la donnation permanente à ses frères.

A ce sujet, un évêque italien décédé en 1993 et dont la cause de béatification est en cours, disait ceci en substance : le tablier est selon lui, ‘‘le seul ornement liturgique que nous puissions attribuer à Jésus. Il rêvait donc d’une Église du tablier, c’est-à-dire, une Église de service composée uniquement de serviteurs du monde, une Église dépourvue de ‘‘signes de pouvoir’’ mais qui a ‘‘le pouvoir des signes.’’

Il ne s’agit donc pas pour vous, et je le dis solennellement, de venir grossir le rang du presbyterium en nombre, mais bien, en qualité ! En demandant de prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson, je ne veux pas croire qu’en retour, Il nous donne des ouvriers qui ont chacun leur agenda propre et secret ! Ce serait se déguiser en loup au milieu de la bergerie !

Il me plaît ici de rappeler les paroles de Jésus Lui-même : ‘‘vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur’’ (Mt. 20,25-26.) Retenez encore que l’autorité, plus qu’un privilège ou un pouvoir, est un service à l’image du Christ chef, qui met le tablier, pour servir ses frères à table (Cf Jn 13,4).

Chers frères et sœurs,

Au début nous avons chanté : ‘‘Seigneur, Tu as satisfait le désir de mon cœur, Tu n’as pas déçu la prière de mes lèvres !’’ Et nous avons raison de penser ainsi ! Depuis leurs premiers pas, c’est Dieu seul qui pouvait les conduire à ce jour de leur ordination. Nous avons raison de l’avoir prié et Lui en retour, satisfait aujourd’hui à nos demandes en adjoignant nos enfants, nos frères, nos amis, à la longue liste des serviteurs de Dieu ! Que Dieu qui connaît vos cœurs et vos besoins, les comble bien au-delà de ce que vous avez été dans l’ombre pour eux !

Mais je me dois de vous dire que vous avez une responsabilité que j’adosse encore à la page de l’extrait de l’évangile de ce jour et qui nous invite à la prière ! Si les critiques fondées et avérées sont constructives, les délations mais aussi les compromissions sont de nature à ternir l’image de vos prêtres et partant, de l’Eglise de Jésus-Christ ! Dans la marche de notre église diocésaine d’Abidjan, j’ai déjà indiqué que ‘‘à notre vocation comme peuple convoqué par Dieu en Église synodale, c’est-à-dire en Église de communion et de service, est liée notre responsabilité vis-à-vis de cette même Église… et que de par notre baptême, l’Église devient l’affaire de tous. Nous devons tous sentir la responsabilité de la porter comme une expression de nous-mêmes.’’

Cette expression de nous-mêmes et de notre coresponsabilité est celle qui vous fait l’obligation de veiller sur le ministère et la vie de vos prêtres, dans des rapports clairs et sans ambigüité, dont l’objectif est de leur permettre non seulement de vivre un sacerdoce heureux et épanoui, mais aussi et surtout, un sacerdoce saint ! Vous connaissez certainement tous, de ces prêtres magnifiques, qui ont tout donné au Seigneur, et qui ont une vie irréprochable. Priez pour eux, car souvent leur vie est rude, usante, fatigante et pourtant, ils doivent tenir la route ! Mais, vous en connaissez aussi d’autres qui faiblissent sur le chemin de la sainteté, le poids de l’âge, de la solitude, de la maladie... Aimez-les ; priez pour eux et soutenez-les de vos personnes et si besoin est, de vos biens ! Le Seigneur vous le revaudra.

Chers fils, élus de ce jour,

Pour terminer, je me tourne encore vers vous. Dimanche dernier, la Communauté Mère du Divin Amour m’avait convié pour rendre grâce à Dieu pour moi. Dans mon intervention, je leur avais dit ceci qu’il me plaît de reprendre aujourd’hui encore, où l’honneur m’est fait de célébrer avec vous, le cinquante troisième anniversaire de mon ordination sacerdotale. Je cite : ‘‘comme un enfant, c’est ce que j’ai toujours désiré être entre les mains de Dieu… Oui comme un enfant, incapable de se conduire soi-même, chancelant et trébuchant, n’ayant pour seul et unique appui que l’adulte en face de lui, c’est ainsi que Jésus a voulu ma vie, années après années, pour parvenir à ce jour !’’ Fin de citation.

Vous êtes la dernière promotion à qui je confère le sacrement de l’ordre, comme Administrateur de l’Archidiocèse d’Abidjan. Je désire fortement que vous aussi, vous épousiez cette manière de voir, mais surtout d’être ! En vérité, tous autant que nous sommes, nous serons toujours des enfants entre les mains de Dieu, qui sait prendre soin de ceux qui se présentent à Lui de la sorte ! Telle est ma prière pour vous. Je vous dis d’un cœur plein de reconnaissance à Dieu, ad multos et fautissimos annos ! A vous, mon souhait de nombreuses et heureuses années !

C’est sur ces mots que je voudrais m’arrêter, non sans une fois encore et comme il est de coutume, traduire ma reconnaissance à vos différents formateurs. Je dis un grand et sincère merci au père Cyrille ABISSA, du clergé diocésain de Bondoukou et Recteur du séminaire de philosophie Saint Pierre de Daloa, qui a instruit les ordinands lors de leur retraite et leur a certainement partagé sa riche expérience de formateur. Je confie au Seigneur encore une fois le comité diocésain des vocations et tous ceux qui travaillent dans l’ombre de ce comité.

Bonne fête à tous.

+ Jean Pierre Cardinal KUTWà
Archevêque Métropolitain d’Abidjan