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ORDINATION DE DIX- HUIT (18) DIACRES à la Cathédrale Saint Paul du Plateau Abidjan Samedi 27 juillet 2024

Ce samedi 27 juillet 2024, dix-huit diacres ont été ordonnés en la cathédrale Saint Paul d’Abidjan par son Éminence Jean-Pierre cardinal KUTWA, administrateur apostolique d’Abidjan.

HOMELIE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWÃ
ADMINISTRATEUR APOSTOLIQUE D’ABIDJAN

Chant : Me voici, Seigneur mon Dieu, mon Rédempteur je suis prêt pour te servir (bis) Oh mon Dieu, Tu sais je suis faible, je ne sais comment faire ta volonté, Tu me dis, marche en avant, et n’aies pas peur car Je suis toujours près de toi (bis).

Monseigneur Jean Baptiste AKWADAN, Chapelain de Sa Sainteté,
Révérends Pères,
Révérendes sœurs,
Chers frères et sœurs,
Chers fils élus de ce jour,

 

Dans son discours aux diacres du Diocèse de Rome le 24 février 2024, notre Saint Père le Pape François disait ceci : ‘‘… servir, chers amis, est un verbe qui refuse toute abstraction : servir signifie être disponible, renoncer à vivre selon son propre agenda, être prêt aux surprises de Dieu qui se manifestent à travers les personnes, les imprévus, les changements de programme, les situations qui ne rentrent pas dans nos schémas et dans le ‘‘bien-fondé’’ de ce que l’on a étudié.

La vie pastorale n'est pas un manuel, mais une offrande quotidienne ; ce n’est pas un travail préparé à une table, mais ‘‘une aventure eucharistique’’... C'est une attitude constante, faite d'accueil, de compassion, de tendresse, un style qui parle par les faits plus que par les paroles, exprimant le langage de la proximité. C’est aimer les personnes non pas avec des intentions cachées, fussent-elles les meilleures, mais en reconnaissant en elles les dons uniques et merveilleux que le Seigneur nous a donnés pour les servir, avec joie et avec humilité.

C'est la joie d'accompagner les pas en leur prenant la main, avec patience et avec discernement. Et c'est dans cette optique que, par la grâce de Dieu, on surmonte le danger de couver en soi un peu d'amertume et d'insatisfaction pour les choses qui ne se passent pas comme on le souhaiterait, quand les gens ne répondent pas à nos attentes et ne s’adaptent pas à nos espérances.’’ Fin de citation.

        Ces propos de notre Saint Père éclaire bien à mon sens, les paroles du chant que nous avons exécuté ensemble et que je mets bien volontiers sur vos lèvres, en réponse à l’appel que vous avez reçu de Dieu, il y a de cela plusieurs années déjà et pour lequel votre formation était tout à la fois chemin de maturation et de discernement pour bien comprendre qu’avec Dieu, aucun engagement ne doit être pris à la légère !

        Chers fils,

Les paroles de ce chant, bien comprises, sont tout un programme de vie, que je vous souhaite de garder et de méditer le plus souvent possible. En effet, s’engager à la suite du Christ n’est pas toujours un long fleuve au cours tranquille, une aventure des plus paisibles et il faut le savoir ! En effet, s’il y a beaucoup de joies à servir le Seigneur, il y a également, malheureusement des écueils, ces bancs de sable à fleur d’eau contre lequel un navire risque de se briser ou de s’échouer !

Dire ‘‘me voici’’, c’est bien plus que répondre à un appel, c’est affirmer que vous avez fait le tour de la question, analyser les engagements qui s’y attachent et s’obliger à rester fidèles au statut nouveau que vous confère cet engagement. S’il ne sert à rien de vous demander si tel est votre cas, je voudrais insister pour vous inviter à toujours revenir à la source de votre vocation, de votre appel !

Dans la première lecture de ce jour qui nous retrace la vocation du prophète Jérémie, on peut lire ceci : ‘‘avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations… Ne dis pas : je suis un enfant ! Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai ; tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras. Ne crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer.’’

L’histoire nous append du prophète Jérémie que bien souvent, il s’est retrouvé seul ou presque contre tous, mais il est resté fidèle jusqu’au bout, à la mission dont Dieu l’a chargé. Et c’est justement parce que c’est Dieu qui choisit, appelle et envoie en mission qu’il ne faut jamais hésiter à recourir à Lui tout au long de votre vie et de votre ministère de diacres ! Sans Lui, les écueils dont je parlais plus haut se transforment en drame, et pour vous, et pour ceux vers qui vous êtes envoyés !

Ces écueils, ne sont pas sans nous rappeler la vie mais également le ministère de Saint Jean Baptiste que notre Saint Père François présentait ainsi : ‘‘‘‘voix, non parole ; lumière, mais pas la sienne, Jean semble n’être rien’’. Voilà révélée “la vocation” de Jean-Baptiste !  ‘‘S’anéantir. Et quand nous contemplons la vie de cet homme si grand, si puissant, tous croyaient qu’il s’agissait du Messie, quand nous voyons comment cette vie s’anéantit jusqu’à l’obscurité d’une prison, nous contemplons un mystère’’ immense… Nous ne savons pas comment se sont passés ses derniers jours.

Nous savons seulement qu’il a été tué et que sa tête a fini ‘‘sur un plateau comme le grand cadeau d’une danseuse à un adultère.’’ Je crois qu’on ne peut pas aller plus bas que cela, s’anéantir plus. En somme, Jean-Baptiste pouvait se vanter, se sentir important, mais il ne l’a pas fait, il ‘‘indiquait seulement, il se sentait la voix et non la parole’’. Cela est ‘‘le secret de Jean’’. Il n’a pas voulu être un idéologue. Il a été un homme qui s’est nié lui-même, pour que la parole grandisse.’’ Pape François, méditation du 24 juin 2013.

        Chers fils,

Affirmer que vous êtes faibles, c’est dire que vous devez pouvoir compter partout et toujours sur Celui qui vous appelle à son service. Cela suppose que vous vous donniez les moyens de rester auprès de Lui, d’apprendre de Lui et finalement, de le Laisser être Maître et Seigneur de vos vies ! Cela passe par les chemins de la méditation régulière de sa Parole, de la prière qui vous ouvre le cœur de Dieu ! J’insiste ici pour dire qu’il s’agit avant tout pour vous, comme pour tous les consacrés, de manifester au monde l’option préférentielle qui est la leur : tout pour Dieu et pour sa gloire, dans le service de nos frères et sœurs, en toute humilité !

Ne pas savoir comment faire sa volonté à soi, c’est le chemin d’humilité qui doit être le vôtre. En effet, le sacerdoce auquel vous aspirez n’est pas une promotion encore moins une ascension professionnelle : il est service, et c’est aujourd’hui qu’il vous faut en prendre conscience ! Faire la volonté de Dieu, c’est comprendre l’enseignement que nous livre Jésus dans l’évangile de jour.

La mauvaise herbe dans cet évangile traduit la zizanie, la désunion, le désaccord. Jésus insiste sur le risque encouru par la récolte, si l’on cherche à arracher la mauvaise herbe pendant la croissance du blé. La différence entre l’un et l’autre ne devient évidente qu’au moment de la moisson. Il n’appartient donc pas aux hommes de déterminer qui est la mauvaise graine et qui est la bonne. Dieu s’en occupera le moment voulu et pour le moment, il faut proposer le Royaume à tous, sans distinction !

A propos de faire la volonté de Dieu, il me plaît de rependre ici encore les propos du Pape que j’ai cité en début d’homélie. Chers fils, il vous faut ‘‘aimer les personnes non pas avec des intentions cachées, fussent-elles les meilleures, mais en reconnaissant en elles les dons uniques et merveilleux que le Seigneur nous a donnés pour les servir, avec joie et avec humilité [pour] accompagner leurs pas en leur prenant la main, avec patience et avec discernement.’’ Fin de citation.

 Chers fils candidats au diaconat,

Le chant du début que j’ai qualifié pour vous de programme de vie s’achève sur ces paroles : ‘‘Tu me dis marche en avant et n’aies pas peur…’’ Cela signifie qu’il vous faudra toujours écouter la voix de Celui qui vous appelle à son service, sans quoi, votre vie de consacré ressemblera à une épave ballotée sur les flots d’un monde qui se cherche et ne veut plus faire de cadeau à ceux qu’il considère comme des éclaireurs, ceux qui, non seulement indiquent le chemin à suivre, mais prennent la tête de la marche ensemble ! Ici encore, je voudrais vous rassurer : la voix de Dieu sera toujours là pour vous inviter à ne pas avoir peur car Lui vous précédera toujours là où il vous enverrait.

Frères et sœurs chers parents des élus de ce jour,

Vos enfants, vos frères, vos amis franchissent une étape importante dans leur vie ! Bientôt, dans quelques mois et avec la grâce de Dieu, leur rêve d’être consacrés à Dieu pour son service va se réaliser ! Avec vous, je voudrais rendre grâce à Dieu pour ce jour et pour ceux à venir !

Tout en rendant grâce au Seigneur, n’oubliez pas que les défis qui attendent vos enfants devenus diacres sont trop nombreux, pour que nous soyons satisfaits de consacrés médiocres, qui se laissent aller là où le vent, toute sorte de vent les emporte ! Vous avez consenti d’énormes sacrifices en acceptant l’offrande de leurs personnes au Seigneur ! Je voudrais rappeler encore ce que je disais à l’occasion des ordinations presbytérales du 11 juillet dernier : ‘‘si les critiques fondées et avérées sont constructives, les délations mais aussi les compromissions sont de nature à ternir l’image de vos prêtres et partant, de l’Eglise de Jésus-Christ !’’

C’est ensemble, main dans la main, en toute fraternité et vérité, dans la correction fraternelle, que nous devons accompagner leurs pas en ces instants décisifs ! Ne pas le faire, c’est reprendre de l‘autre main, ce que vous avez offert généreusement il y a de cela quelques années ! Sachez-le, les silences ne sont pas toujours de nature à aider ! Parlez à vos enfants ! Parlez à vos amis, à vos frères pour qu’ils fassent ressortir le meilleur d’eux-mêmes ! Dieu vous le rendra !

Chers fils,

Votre objectif final, c’est de devenir prêtre ! Je m’en voudrais de ne pas partager avec vous les avertissements du Pape François : ‘‘on peut s'imaginer qu'une fois devenu prêtre, pasteur dans le peuple de Dieu, le moment est essentiellement venu de prendre les choses en main, de réaliser personnellement ce que l'on a désiré pendant des années, de mettre en place des situations avec son propre style et selon ses propres idées, celles qui tiennent le plus à cœur, en fonction de son histoire personnelle et de son chemin.

Et pourtant la Sainte Mère l’Eglise ne demande pas en premier lieu d'être des meneurs, mais des collaborateurs, c'est-à-dire, au sens propre du mot, ceux qui ‘‘travaillent avec’’. Ce ‘‘avec’’ est essentiel, parce que l'Eglise, comme le Concile nous le rappelle, est d'abord un mystère de communion. Et le prêtre est témoin de cette communion, qui implique fraternité, fidélité et docilité. Des choristes, en somme, et non des solistes ; des frères dans le sacerdoce et des prêtres pour tous, et non pour leur propre groupe…’’Fin de citation. Qu’il plaise à Dieu, que ces paroles aient un écho favorable dans nos cœurs à tous !

Pour terminer, je voudrais sacrifier une fois encore à la coutume en me tournant vers le comité diocésain des vocations ainsi que la commission diocésaine des vocations et tous ceux qui travaillent dans l’ombre pour les féliciter et les encourager pour le travail qu’ils abattent avec beaucoup de générosité, années après années, pour offrir à l’Eglise de Dieu, les collaborateurs dont nous avons besoin. Je n’oublie pas leurs formateurs, pour le sacrifice qu’ils consentent en assurant leur formation au quotidien. Je veux dire merci enfin, au père Patrice BOHUI, Curé de la paroisse universitaire Saint Albert le Grand de Cocody, qui leur a prêché la retraite d’ordination.

A tous et à chacun, je souhaite une bonne marche à la suite du Christ et que sa paix ne s’éloigne jamais de vous, aujourd’hui, demain et dans les siècles sans fin ! Amen !

Bonne fête à tous.

+ Jean Pierre Cardinal KUTWÃ
Administrateur Apostolique d’Abidjan