ARCHIDIOCESE D’ABIDJAN RENTREE PASTORALE 2025 DIRECTIVES PASTORALES GENERALES
« Église-Famille de Dieu à Abidjan : Synodale, Autonome, au Service de tous » (cf Eph 2, 19 ; Ac 2. 4 ; Jn 17, 23 ; cf Jn 17, 11. 21. 22 ;)

Depuis 2024, nous essayons de vivre l’Église synodale dans le diocèse d’Abidjan. Toute notre pastorale s’organise autour de la marche ensemble au sein d’une Église en marche vers le Royaume, dont la caractéristique essentielle est la communion. C’est dans la mesure où nous vivons, en cohérence, cette communion que la mission que nous avons la charge de porter jusqu’aux extrémités de la terre, atteindra ses objectifs. Pour approfondir
notre vie de communion, essentielle à la mission d’annonce du règne de Dieu, il nous a paru indispensable de poursuivre la vision d’une Église qui vit la synodalité, en la conformant à la marche d’ensemble de l’Église universelle et de l’espace du Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM). Dans l’espace africain, la notion de « l’Église Famille de Dieu » encadre la mission et la pastorale,
particulièrement, depuis l’exhortation post synodale « Ecclesia in Africa » donnée en 1994. Cette « Église-Famille de Dieu » est le contexte dans lequel est projetée la vision de l’Église en Afrique, pour les 25 années à venir. Il est donc bienséant que l’esprit de communion, qui nous anime, à Abidjan, intègre la vision de l’Église en Afrique. « Église-Famille de Dieu à Abidjan :
Synodale, Autonome, au Service de tous », est donc en phase, aussi bien, avec l’Église en Côte d’Ivoire qu’avec l’Église en Afrique. Après quatre jours de réflexions, d’échanges, de débats, de propositions, je voudrais vous confier la construction de cette « Église-Famille de Dieu ». Votre responsabilité de collaborateurs de l’évêque, à divers titres et degrés exige des indications claires. Ces indications sont présentées autour de trois grands axes qui apparaissent dans la formulation du thème : l’axe de la synodalité, de l’autonomie, du service.
I-EGLISE FAMILLE DE DIEU A ABIDJAN : SYNODALE
1-La primauté de la construction de l’Église-Famille de Dieu : synodale, autonome, au service de tous : la mission unique (Ep 2, 19)
La vision que le diocèse s’est donnée d’être une « Église-Famille de Dieu à Abidjan : Synodale, Autonome, au Service de tous », invite à donner la primauté à la construction de cette Église. Tous nous avons à faire une seule chose pendant la période indiquée pour la réalisation du plan stratégique : la seule chose est de construire une Église-famille, Famille de Dieu. Nous
devons nous y consacrer tout entier. Cette construction sera le critère d’évaluation de nos efforts individuels et collectifs. De manière militaire, et c’est le sens de stratégie, nous devrons bâtir cette Église famille, la rendre visible, la rendre belle et attrayante.
J’engage tout le diocèse, pour les trois années à venir, à s’atteler à la réalisation d’une seule chose : la construction de l’Église-Famille de Dieu à Abidjan. Pour ce faire il vous faudra vous engager, corps et âme, à incarner les grands axes de cette Église-Famille de Dieu, à savoir la Synodalité, l’Autonomie, le Service de tous. L’Église, dans son Magistère récent, a mis en exergue les structures qui permettent de vivre la synodalité de l’Église (cf. Document final du synode sur la synodalité), tels les différents conseils, pastoral et économique, les communautés ecclésiales de base…Au sein de ces structures doivent se vivre une concertation sans failles et sans biais, une écoute et une parole constructive, dans le respect et l’obéissance.
2-La mise en œuvre du Plan d’Actions Stratégique
La mission de l’Église d’Abidjan, s’est voulue toujours organisée. Le diocèse s’efforce habituellement de mettre sa mission d’évangélisation dans une planification stratégique ; celle-ci a pour intérêt de mettre tout le monde en situation de bataille, de manière ordonnée, pour éviter d’aller dans tous les sens. Je vous engage tous à épouser le plan stratégique et à participer, dans la diversité des charismes et fonctions, sous la conduite et le contrôle de la hiérarchie, respectant le principe de la subsidiarité et de la communion, à l’élaboration d’un plan stratégique paroissial ou congrégationnel qui entre dans la vision du diocèse. Notez que toutes les activités d’envergures, dans le diocèse, doivent s’inscrire dans cette vision d’ensemble.
3-Les structures de la synodalité dans l’Église Famille de Dieu à Abidjan
Le Conseil Diocésain et Paroissial pour les Affaires Économiques, le Conseil Diocésain et Paroissial de Pastorale, sans oublier les Conseils liés au clergé, sont les structures de la synodalité. Recommandés par le Concile Vatican II, mis en norme dans le Code de Droit Canonique, ils ont été appréciés et revalorisés dans le récent synode sur la synodalité. Ils apparaissent comme les lieux de l’incarnation de l’Église Famille de Dieu au sein de laquelle se vit la synodalité, la communion, la participation de tous les fidèles à la mission de l’Église (cf. DF 103- 108).
Le Plan d’Action Stratégique doit veiller à leur mise en place, partout sans exception, pour qu’au sein de l’Église Famille de Dieu à Abidjan, personne ne soit en marge de la participation à la mission de l’Église. L’on veillera à ce que dans la mise en place de ces structures, les plus faibles et même les plus vulnérables aient leur place et leur droit à la parole. On tiendra compte de tous les corps constitués sur les paroisses. Que les clercs engagent tous les membres du peuple de Dieu à s’impliquer dans la participation aux structures de communion ou de gouvernement. Le Magistère de l’Église a prévu ces structures de communion ou de gouvernement au sein des diocèses et des paroisses, afin de permettre à tous de s’impliquer, avec les prêtres, dans une gestion participative, et du diocèse et de la paroisse. Ces conseils sont des lieux de réflexion, de préparation et d’exécution de décision, d’évaluation pour une meilleure réalisation de la mission.
Le plan d’action stratégique veillera non seulement à leur mise en place effective, mais aussi et surtout à leur fonctionnement efficient. Des statuts et règlement intérieur, conformes au Droit canonique, seront mis à la disposition de tous les membres des différents conseils dans les trois années à venir. Cela servira de base à une vie familiale plus consciente et plus dynamique, au sein de laquelle tous sont écoutés et valorisés.
4-L’écoute au sein de l’Église Famille de Dieu à Abidjan
Le pape François, de vénérée mémoire, a laissé, dans le cadre du synode sur la synodalité, un geste mémorable qui en dit long, celle de la main qui fait signe de tendre l’oreille. Ce geste met en valeur l’oreille comme organe fondamental, dans l’Église synodale et, partant, l’écoute comme attitude première. Il nous invite à écouter plus qu’à parler, à écouter avant de parler, et même à écouter sans parler, sans interrompre. C’est une attitude simple mais fondamentale, qui garantit la communion dans l’Église Famille de Dieu. Elle nécessite une éducation ou rééducation et entrainement. Les clercs, les consacrés, les laïcs, doivent tous apprendre à avoir l’oreille du disciple (cf. Is 50, 4-6). C’est l’oreille qui écoute ; c’est l’oreille qui obéit. En s’écoutant mutuellement et dans le respect et l’obéissance, l’on écoute l’Esprit Saint qui parle aux Églises (cf. Ap. 2 ;3) et qui mérite notre obéissance. Ne l’oublions pas, l’Esprit souffle où il veut (cf. Jn 3) et peut parler à travers le dernier-né dans la Famille de Dieu. Mettons-nous tous à l’écoute de l’Esprit Saint.
5-La conversation dans l’Esprit Saint dans l’Église-Famille de Dieu à Abidjan
Le processus synodal nous a permis d’apprendre une méthode simple pour écouter ce que l’Esprit veut pour son Église, ce que l’Esprit dit aux Églises. C’est la conversation dans l’Esprit Saint ou la conversation spirituelle. Elle aide les conseils ou les groupes à discerner, dans l’Esprit Saint, les décisions à prendre dans l’intérêt du groupe. Elle allie l’écoute et la parole, soutenues par la prière, de telle sorte que personne n’impose ses idées aux autres, mais que tous écoutent l’Esprit Saint pour lui soumettre la décision consensuelle à prendre dans l’intérêt de tous. Cette méthode permet de discerner vraiment la volonté de Dieu faisant toute la place à l’Esprit Saint.
6- La hiérarchie dans l’Église-Famille de Dieu à Abidjan
Il n’en demeure pas moins que l’obéissance à la hiérarchie et aux responsables reste le sceau de la communion, dans l’Église-Famille de Dieu. Il n’y a pas de communion sans obéissance ; il n’y a pas d’obéissance sans hiérarchie. La hiérarchie dans l’Église est voulue par le Seigneur Jésus, lui[1]même (Cf Eph 4 ; 1 Co 12-14 pour la hiérarchie des charismes). L’Église-Famille de Dieu à Abidjan n’est pas anarchique au point où tout le monde est chef, où personne n’est chef, où tout le monde commande, où personne ne commande, où les charismes rejettent l’institution, où l’institution rejette les charismes. Une telle Église n’est pas une famille, elle est le lieu d’un désordre orchestré et destructeur, comme dans un corps sans communion entre les membres (cf 1 Co 12).
Au contraire, l’Église d’Abidjan est hiérarchique ; elle a, à sa tête l’évêque, entouré des prêtres, ses collaborateurs, aidés par les diacres. L’Église apprécie la présence des consacrés dont le témoignage de pauvreté, de chasteté et d’obéissance indique le Royaume. Les laïcs, membres du peuple saint de Dieu, mettent leur dynamisme au service de la mission de tout le peuple, sous la houlette de la hiérarchie, chargée d’authentifier les divers charismes au service de la communauté.
7-Les charismes dans l’Église-Famille de Dieu à Abidjan
« A chacun la manifestation de l’Esprit Saint est donnée en vue du bien commun » (1 Co 12, 7). « L’Église-Famille de Dieu à Abidjan » a besoin de charismes pour l’annonce de l’Évangile. Elle accueille les charismes comme des dons spirituels que l’Esprit du Seigneur distribue à profusion, dans son Église, comme il veut. Mais il y a charismes et charismes. Ne confondons pas charismes, dons de la liberté et libéralité de Dieu (cf. Jn 3, 8), avec charismes recherchés, appris par entraînement et imposés à Dieu et à l’Église. Beaucoup d’activités dans nos communautés ressemblent plutôt à tout sauf à des charismes, et relèvent plus du spectacle que de la manifestation de l’Esprit Saint pour le bien de la communauté (cf. 1Co 12, 7). C’est à la communauté qu’il revient de discerner, sans complaisance, les charismes (cf. 1 Jn 4, 1 ; 1 Co 12, 10) pour le service de la communauté, et non pour le spectacle, encore moins pour le commerce. Ne laissons pas le ridicule prospérer dans nos communautés qui risquent, si l’on n’y prend garde, de ressembler à des assemblées de prophètes de Baal et de païens qui pensent que c’est à force de bruits qu’ils se feront entendre de Dieu et des hommes (cf. 1 R 18, 20-40 ; Mt 6, 7). Allons en eau profonde dans le discernement des charismes pour une vraie évangélisation qui édifie le Christ dans le chrétien.
8-La liturgie, lieu d’expression visible de l’Église-Famille de Dieu à Abidjan
La liturgie rassemble le peuple de Dieu pour célébrer le salut en Jésus[1]Christ ; elle est le lieu de la visibilité de l’Église-Famille…
II-EGLISE FAMILLE DE DIEU A ABIDJAN : AUTONOME
1-L’autonomie de l’Église, conforme à sa nature et à sa mission
Parler de l’autonomie de l’Église et dans l’Église, c’est tout simplement tirer les conséquences de la nature et de la mission de l’Église. L’Église, de par sa nature et mission, ne peut qu’être autonome. En effet, l’une des implications immédiates de sa nature de communion de cœur et d’âme, c’est de veiller à ce que dans la communauté des croyants qui ont un seul cœur et une seule âme, personne ne soit dans le besoin (cf Ac 2 ; 4). Cette vigilance est, par le fait même, un appel à l’autonomie. En effet comment veiller à ce que personne ne soit dans le besoin, si l’Église elle-même est dans le besoin ?
L’autonomie de l’Église est donc une condition pour une cohérence dans la réalisation de sa mission. Elle doit donc, à cette fin, s’organiser.
2-L’organisation économique dans l’Église-Famille d’Abidjan
L’économie, de manière générale et, particulièrement, dans le cadre de la mission, ne s’improvise pas ; elle s’organise. Organiser l’économie sur la paroisse et le diocèse exige une démarche synodale qui demande des assises des différents conseils, en vue de mettre en œuvre le Plan d’actions stratégiques. L’organisation est importante ; sans elle rien de bon ne peut se faire et s’obtenir. Le constat qui se dégage dans le domaine économique donne, à Abidjan, d’être un diocèse immensément riche et, paradoxalement, nécessiteux. Cette contradiction doit être brisée par une organisation scientifique et concertée. Nous ne pouvons pas gérer notre diocèse et nos paroisses comme on gère une agriculture de cueillettes, se laissant conduire par le hasard ou l’à peu près. L’autonomie passe par une méthode scientifique de gestion. Cette méthode aussi impose qu’on s’asseye ensemble, dans le cadre des conseils qualifiés, qu’on voie ensemble, qu’on juge ensemble et qu’on agisse ensemble dans la plus grande transparence, sans qu’aucun petit coin de la gestion ne soit privatisé.
3-Le Conseil pour les Affaires Économiques dans l’Église-Famille à Abidjan
Les conseils paroissiaux et diocésains pour les affaires économiques sont les lieux synodaux, pour une organisation concertée et efficace de l’économie, en vue d’une autonomie sure. Leur effectivité et leur fonctionnement efficiente sont le gage d’une marche alerte sur la voie de l’autonomie sans peine et sans heurt. Laïcs, consacrés et clercs devront y siéger et y travailler, ensemble, sous la houlette du clerc pour que la nature de l’Église soit manifeste, et atteigne ses objectifs.
Je vous engage à donner sans réserve, votre participation à l’organisation économique de la paroisse et du diocèse. Une paroisse est le lieu où la mission, la pastorale et l’économie se vivent à la base. Elle ne doit pas être laissée à l’improvisation ; elle a besoin d’une organisation à la dimension de la mission ; elle doit donc être organisée, dans le sens le plus fort du terme organisation. La paroisse a besoin d’organes qui, mis en communion, donnent la vie et la vie en abondance à la paroisse. Cette organisation demande que les laïcs répondent à l’appel incessant des prêtres, sans prétention aucune, afin de prêter leur expertise à une organisation scientifique de la paroisse à tout point de vue.
Laïcs et consacrés, engagez-vous à la recherche de l’autonomie du diocèse en portant, avec les prêtres, le Plan d’action pour l’autonomie du diocèse, en travaillant à l’autonomie de la paroisse. Cela passe par une budgétisation de la vie de la paroisse et par l’organisation de la générosité des paroissiens. C’est à vous qu’il revient de faire comprendre à tous les laïcs, qu’il est de leur obligation de veiller à la vie et au ministère des prêtres et de tous les autres agents pastoraux. Entrez dans une gestion scientifique qui s’appuie sur des données statistiques fiables qui permettent de mesurer la capacité réelle des fidèles et, partant des paroisses.
4-Le recensement des fidèles aux assemblées dominicales.
L’autonomie du diocèse d’Abidjan passe par un décompte minutieux des fidèles qui participent aux messes du dimanche. C’est un exercice qui permet de mesurer la force économique de nos paroisses ; on s’organiserait mieux en évitant de multiplier inutilement les offrandes à tort et à travers. J’engage tous les agents pastoraux à y travailler rapidement pour que nous fassions, ensemble, de bonnes projections pour notre propre rémunération et la prise en charge totale de la mission. C’est le lieu de quitter définitivement la conception des paroisses considérées comme des chasses gardées, interdites à l’évêché, et vivant en autarcie, coupées des autres paroisses.
5-La gestion financière dans la coresponsabilité
La synodalité de l’Église-Famille de Dieu invite à mettre l’accent sur la coresponsabilité dans l’évangélisation. Cette coresponsabilité est encore plus valable quant à la gestion financière, domaine technique où les laïcs, par la nature des choses, ont plus d’expertise que les prêtres. J’exhorte donc les laïcs et les consacrés, à s’engager dans la participation à la gestion financière dans la paroisse et dans le diocèse. Il ne suffit pas de donner de l’argent ; encore faut-il travailler à sa gestion efficace et efficiente. Votre expertise en ce domaine doit être mise au service de la mission, en toute humilité, et en totale soumission à la hiérarchie, mais aussi et surtout en toute probité et transparence.
6-La transparence au service de l’autonomie
La transparence, en matière de gestion, arrive comme la voie royale de l’autonomie. Sur la question, il convient de remémorer un document écrit par une professeure de Droit canonique de l’Université catholique de Yaoundé, sur « L’autonomie financière dans les jeunes Églises d’Afrique ». Pour cette universitaire, l’autonomie de ces Églises passe par la transparence. Il suffit donc que les offrandes, les collectes de toutes sortes, soient entourées de la plus grande transparence utilisant les moyens modernes de traçabilité et de transparence, pour qu’advienne sans effort, l’autonomie. C’est une obligation pour moi, d’engager tout le diocèse, sur la voie de la participation à une gestion transparente en vue d’une autonomie sans retard.
7-L’élaboration et présentation des comptes rendus périodiques
L’une des manifestations de la transparence de la gestion, c’est l’élaboration et la présentation des comptes rendus périodiques. C’est ce que le document final sur la synodalité de l’Église appelle la redevabilité (cf. DF 95-102). Il est du devoir des laïcs et des consacrés, sous le regard bienveillant des clercs, et en collaboration sans failles avec eux, de travailler à l’élaboration et présentation des comptes rendus périodiques. La redevabilité qui se pratiquerait, ainsi, est une disposition du cœur qui reconnaît qu’on reçoit tout de Dieu et des hommes, et qu’on doit rendre compte de tout à Dieu et aux hommes. Les Conseils paroissiaux et diocésains sont les cadres d’une gestion qui intègre la redevabilité, le rendre compte. Dans l’Église, la redevabilité n’est pas facultative et le synode sur la synodalité, dans son document final l’a rappelé. Elle permet la transparence qui est la voie royale de l’autonomie.
8-L’organisation de la péréquation
La péréquation est ce que l’on pourrait appeler le « sacrement de la synodalité ». En ce sens qu’elle la rend visible, palpable. Manger ensemble, voilà ce qui rend visible et concret le marcher ensemble. La péréquation est effectivement ce qui permet à ceux qui marchent ensemble de manger ensemble. L’Église-Famille de Dieu à Abidjan sera une bonne famille si, en son sein, la synodalité spirituelle se traduit en synodalité matérielle qui rassemble tous les moyens pour établir l’équité et même l’égalité. Depuis plusieurs années, le diocèse d’Abidjan est dans cet élan ; elle doit y progresser avec plus d’ardeur, d’énergie, de rigueur, de réussite.
L’organisation de la péréquation doit porter sur toutes les ressources financières du diocèse dont les offrandes au cours des messes, le denier de l’Église, les offrandes volontaires, les dîmes volontaires, les casuels des sacrements, bref, tout ce qui entre sur les paroisses et qui, en réalité, appartient à toutes les paroisses, et en définitive, au diocèse. Une clef de répartition permet de passer de la paroisse au diocèse pour certaines offrandes volontaires, en vue d’une communion vraie entre tous les agents pastoraux.
9-La péréquation des dîmes et offrandes volontaires
La dîme consiste à offrir la dixième partie de ce qu’on l’on gagne à Dieu, aux serviteurs de Dieu et de son temple. Elle appelle des mesures particulières, vu le niveau de générosité de la part des paroissiens qui l’offrent, et les indications contenues dans la parole de Dieu (cf Mal 3, 8.10 ; Lv 27, 30-33 ; Nb 18, 21. 26 ; Dt 26, 12-15 ; Ne 10, 37 ; 13, 5. 12 ; Mt 23, 23 ; Lc 11, 42 ; He 7, 2-10). Les textes bibliques parlent suffisamment de la dîme. Nous pouvons noter qu’elle est essentiellement destinée aux Lévites, pour leur service du temple n’ayant pas d’autre héritage que le Seigneur, au grand prêtre et aux trois catégories de pauvres, les veuves, les étrangers, les orphelins.
De nombreux catholiques vivent cette générosité en donnant librement, sans être contraints, leur dîme mensuelle. Il convient de préciser qu’elle n’est pas rendue obligatoire dans l’Église catholique. Elle demeure, cependant, un grand signe de communion entre ceux qui la donnent librement et les bénéficiaires. Les destinataires de la dîme doivent demeurer ceux qui prolongent le service des Lévites et des grands prêtres dans l’Église, notamment les membres du clergé. Aux membres du clergé s’ajoutent les trois catégories de pauvres à savoir, les veuves, les orphelins et les étrangers. En dehors de ces trois groupes, aucun laïc ne doit s’arroger le droit de percevoir des dîmes sur d’autres laïcs. Il est donc urgent que ce secteur soit organisé sur nos paroisses et dans notre diocèse, pour que la générosité, toujours grandissante des fidèles, serve effectivement aux clercs sans discrimination. J’invite donc le Conseil d’Administration de la péréquation des clercs à organiser l’offrande volontaire des dîmes, avec la plus grande transparence, et à veiller aussi qu’une bonne partie serve, dans le cadre du Service du Développement Humain intégral, à soutenir la prise en charge autonome des veuves, des étrangers, des orphelins. Qu’ainsi les dons généreux des laïcs servent à une meilleure organisation de l’autonomie, pour une mission plus dynamique. Car l’autonomie de l’Église-Famille de Dieu à Abidjan, n’aura tout son sens que si elle est mise au service de tous, au service de la mission.
10-L’autonomie, exigence de la liturgie
La liturgie appelle l’autonomie, et une autonomie solidaire. La liturgie est le lieu par excellence où se rassemblent tous les fidèles du Christ autour du repas eucharistique. Elle est donc un lieu de communion. Cette communion est appelée à déborder les portes de l'église pour se traduire de façon visible dans une solidarité entre les hommes. De plus, la mise en commun de nos ressources financières, au cours de la liturgie, devrait participer également à l’autonomie de nos assemblées. L’autonomie garantie la capacité d’organiser le culte, d’assurer la subsistance des ministres, de réaliser des œuvres d’apostolats et de charité. En somme l’autonomie permet une liberté d’action spirituelle et matérielle.
Je vous engage à manifester plus de générosité au cours de nos célébrations eucharistiques pour la prise en charge de l’Église et le service en faveur des plus vulnérables.
III-ÉGLISE-FAMILLE DE DIEU A ABIDJAN : AU SERVICE DE TOUS
1-Le service de la mission est la raison d’être de l’Église-Famille de Dieu à Abidjan
L’Église existe pour évangéliser. Cette vérité fondamentale a été rappelée lors des assises du récent Synode sur la synodalité. Après sa résurrection, le Seigneur Jésus-Christ a envoyé ses disciples en mission pour répondre la Bonne Nouvelle du salut jusqu’aux extrémités de la terre (cf. Mt 28, 18-20). C’est à l’Église tout entière que cette mission a été confiée. L’Église de tous les temps et de tous les lieux est appelée à vivre le mandat missionnaire de multiples manières. Cette mission inclut le service des hommes quelles que soient leurs conditions de vie. Les pauvres ont droit à ce service ; les riches, qui sont pauvres de foi, ont besoin de ce service. L’Église est envoyée vers tous les hommes sans discriminations d’aucune sorte pour que l’amour du Christ Jésus atteigne tous les hommes chez tous les peuples. Ce service est à la fois, ad intra et ad extra. Les membres de l’Église en son sein ont besoin de ce service missionnaire pour approfondir leur foi et mener une vie décente. Les hommes de bonne volonté qui ne sont pas membres de l’Église doivent eux aussi bénéficier de ce service, pour arriver à la vraie foi ou partager les fruits de la solidarité sans frontière de l’Église. D’innombrables structures de l’Église assurent ce service missionnaire pour aider les hommes à mieux vivre et à marcher résolument sur la voie qui conduit au Royaume éternel. Au-delà des moyens et des structures, ce sont les hommes et les femmes, identifiés au Christ par le baptême, qui sont invités à porter ce service missionnaire avec la plus grande diligence.
2-Tous consacrés tous au service de la mission
Dans Evangelii Gaudium, le pape François a rappelé l’universalité de la qualité de missionnaire. Le baptême, a-t-il rappelé, fait du chrétien un disciple missionnaire. Il insiste pour dire que dès que l’on reçoit le baptême, l’on est investi de tout le nécessaire pour parler de Jésus-Christ. L’on peut donc reprendre à juste titre, ce vieux slogan : « Tous consacrés, tous missionnaires ».
C’est donc à nous tous qu’il revient de nous engager activement au service de la mission de l’Église ad extra. L’Église est missionnaire et chaque baptisé est disciple missionnaire. Mettons tout notre zèle à annoncer l’Évangile de Jésus-Christ à ceux qui sont loin. Allons, partout où nous vivons, porter la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu.
Aux laïcs, l’Église confie particulièrement l’annonce de l’Évangile dans le temporel, dans le monde où ils exercent leurs différents fonctions et métiers. C’est là qu’ils doivent incarner l’Évangile pour transformer le monde, en lien avec la hiérarchie. Laïcs, vous n’êtes pas envoyés dans le monde pour fonder des Églises parallèles à l’Église Catholique. Je ne vous envoie pas percevoir, auprès d’autres laïcs, des redevances sous aucune forme. Je voudrais vous rappeler que, c’est dans vos milieux de travail que vous devez témoigner de l’Évangile.
3-L’organisation du service de la mission et de la pastorale
La mission a besoin d’organisation comme toute la vie a besoin d’organisation, comme nos pays ont besoin d’organisation. Organiser, c’est d’abord donner des organes ; c’est ensuite les responsabiliser ; puis les inscrire dans une programmation ; c’est encore les faire fonctionner ; c’est enfin les évaluer. Une mission et une pastorale réussies, c’est donc tout simplement une mission et une pastorale menée par des organes qui sont unis entre eux par le lien de l’amour qui pacifient, qui vivent la communion dans le respect des diversités enrichissantes. La meilleure organisation sort de la meilleure assise qui donne aux organes de s’asseoir et de travailler intelligemment et en bonne intelligence. Faisons de nos paroisses, de notre diocèse, des espaces organisés pour une mission toujours plus dynamiques.
4-La disponibilité de tous pour le service
Pour réussir le pari de bâtir en trois ans une Église Famille, avec les caractéristiques décrites, il faudra être au poste et sur le poste. Être au poste, à son poste, c’est être au travail et à son travail. Les clercs, les consacrés, les laïcs donnent toute leur vie au Seigneur Jésus-Christ, à des degrés divers et selon leurs états de vie propres, pour construire avec lui son règne. C’est la mission pour laquelle ils doivent dépenser toute leur vie ; c’est la mission pour laquelle ils doivent organiser conséquemment leur temps.
Cette mission de construire l’Église-Famille de Dieu doit envahir leur intelligence, leur âme, leur cœur, leur esprit et les remplir d’esprit d’inventivité, là où la mission les trouve, en évitant de jouer les papillons ou les abeilles, à la recherche du meilleur parfum. Il s’agit, ici, d’éviter le vagabondage missionnaire et pastoral qui pousse à aller chercher le bonheur ailleurs que sur sa paroisse ou son lieu d’insertion missionnaire et pastorale.
L’organisation territoriale ou personnelle est faite pour plus d’efficacité ; ne soyons donc pas partout sauf là où la mission et la pastorale nous ont trouvés.
Enracinons-nous pour plus d’enracinement de l’Évangile. Construisons, pendant les trois années à venir, l’Église-Famille de Dieu, là où l’Évangile du Seigneur Jésus-Christ nous a rencontrés.
5-Le service de la mission des laïcs
Les laïcs sont, comme le suggère l’étymologie de ce mot, le peuple de Dieu. De par leur baptême, ils sont établis disciples missionnaires. Ils doivent, par le fait même, annoncer l’Évangile partout où ils sont. L’Église sait compter sur l’apostolat des laïcs, c’est-à-dire sur le fait que chaque laïc est un apôtre, envoyé dans le monde, dans son milieu professionnel, dans son quartier, dans son milieu familial, pour y répandre le bon parfum de l’Évangile. Je n’envoie donc pas les laïcs vendre des miracles et des guérisons avec, à l’affiche, des pancartes publicitaires qui suivent la mode, mais qui sont en parfaite contradiction avec la pensée et la logique du Seigneur Jésus-Christ.
Je n’envoie donc pas les laïcs organiser la perception de taxes ou d’impôts auprès d’autres laïcs. Laïcs, soyez missionnaires dans vos différents milieux, encadrés par vos pasteurs.
6-Le service de la mission et l’apostolat des laïcs
L’Apostolat des Laïcs, comme structure, est le cadre général de l’exercice de la mission des laïcs. Elle regroupe toutes les associations et groupes qui, d’une manière ou d’une autre, se sentent appeler à vivre leur mission comme des laïcs, selon un charisme particulier et une vocation particulière. Accompagnés et encadrés par les clercs ceux-ci doivent vivre leur apostolat en respectant leur état de vie, sans mimer le sacerdoce. Il est donc important que la disponibilité et la présence des pasteurs organisent, autour de l’Apostolat des Laïcs, une aumônerie efficace qui aide les laïcs à vivre à fond leur militantisme, au service de la mission d’évangélisation.
7-Le service de la mission vers les périphéries
La mission doit progresser du centre vers les périphéries. L’espace de la vie missionnaire et pastorale se présente donc ainsi : le centre paroissial, les stations secondaires, les lieux de cultes, les universités, les écoles, les hôpitaux, les plantations, les familles, les bureaux. Du centre à la périphérie, tous ces espaces sont les lieux de votre intervention missionnaire et pastorale.
Les tâches de la mission doivent être réparties afin d’occuper toute la place et ne laisser aucune place qui échappe à l’influence de l’Évangile. Tenons l’équilibre entre présence au centre et présence dans les périphéries, les périphéries de l’Église, les périphéries existentielles. Soyons une Église en sortie missionnaire.
8-Le service de la mission auprès des plus vulnérables et aux malades
Les plus vulnérables sont la prunelle des yeux de notre Seigneur Jésus-Christ et doivent être la prunelle de nos yeux de pasteurs, de missionnaires.
Ouvrons nos cœurs de missionnaires et de pasteurs aux plus vulnérables. Les pauvres, les malades, les mineurs, les pécheurs doivent être la prunelle de nos yeux, et bénéficier du plus grand soin de notre mission et pastorale. Ils doivent être les destinataires de notre mission et pastorale bien organisées. A cet effet, des activités seront programmées pour eux et par eux, pour qu’ils soient à la fois destinataires et protagonistes de la mission. Nos paroisses seront aussi le lieu de la prière pour les malades. Les malades ont droit à nos prières et soutien. La prière pour nos malades doit être vécue de manière catholique, sans vouloir forcer la main de Dieu par aucune acrobatie spirituelle. L’Église n’est pas le lieu de démonstration acrobatique où s’étalent des transes dignes de nos danseuses de fétiches. Prions pour les malades conformément aux indications liturgiques prévues dans les missels et rituels. Ne laissons rien à l’improvisation. Allons visiter les malades grabataires, oubliés dans les cases et les hôpitaux. Mettons à contribution les CEB pour une pastorale organisée en direction de ceux qui sont souvent oubliés.
9-La maison des prêtres
Les prêtres sont au service de la mission ; pour elle ils ont tout quitté. Il convient, comme le Seigneur l’a promis, que toute la communauté lui donne son salaire maintenant et jusque dans leur vieillesse et jusqu’à la mort. Il n’est donc pas superflu, qu’une action soit menée pour qu’une maison pour le clergé soit rapidement bâtie pour accueillir les prêtres qui en auraient besoin.
Un comité de pilotage a été mis sur pied à ce sujet. Il est piloté par le Père Matthias AGNERO. Je vous exhorte à vous prendre à cœur ce projet et à y travailler en communion avec les responsables directs. Un fonds, alimenté par des fidèles décidés, est déjà disponible.
10-Le service de la mission auprès des hommes.
Le constat est amer ; les hommes capables de se déplacer sont quasiment inexistants dans notre Église ; ils ne pratiquent pas. Il faudra donc organiser une mission les ayant comme cible.
11-Le service de la mission et l’enseignement : disciples avant d’être maîtres
La mission appelle le service de la Parole, le service de l’enseignement.L’Église Famille de Dieu à Abidjan, regorge, aujourd’hui, de beaucoup d’enseignants. Tout le monde veut enseigner et tout le monde enseigne. C’est une très bonne chose de vouloir enseigner ; cependant il faut reconnaître que l’on ne peut bien enseigner que si l’on a été bien enseigné et qu’on a bien assimilé l’enseignement. Donc pour être maître il faut être disciple ; pour être un bon maître, il faut être un bon disciple. Je voudrais donc appeler les clercs et les consacrés qui ont passé des années à être des disciples et qui sont remplis de connaissances à s’investir systématiquement dans l’enseignement sur leurs paroisses, à investir les moyens de communication pour monnayer tout ce qu’ils ont appris auprès des fidèles du Christ. Ne laissons pas la formation des fidèles du Christ entre des mains inexpertes. La récitation de la Bible par cœur n’est pas forcément un signe de connaissance de la pensée de Dieu. Beaucoup de laïcs de très bonne volonté enseignent sur nos médias sans être envoyés. Or dans l’Église[1]Famille de Dieu, on ne peut enseigner sans être envoyé, au risque de conduire dans un trou, les fidèles du Christ (cf. Rom 10, 14-17 ; Mt 15, 14). Ils ont besoin eux-mêmes de se laisser former et envoyer. J’engage les prêtres à être les maîtres qui organisent la formation dans l’Église-Famille de Dieu à Abidjan, et y veillent scrupuleusement.
J’engage les fidèles à se laisser former sérieusement dans la foi de l’Église pour ne pas courir en vain et faire courir les fidèles en vain (cf. Ga 2, 1-2). J’invite les fidèles à acquérir l’oreille des disciples s’ils veulent enseigner. Laïcs, soyez disciples dans l’Église-Famille de Dieu à Abidjan ; écoutez dans l’obéissance pour bien entendre la pensée de Dieu, vous laisser former pour être capable de partager votre foi en restant dans la doctrine catholique sans complexe. N’allez pas chercher des doctrines fausses pour les introduire dans l’Église-Famille de Dieu à Abidjan, au risque de subir le sort du peuple sorti d’Égypte qui, complexé devant les pratiques païennes, s’est taillé un veau d’or et s’est abîmé dans l’idolâtrie. Restez calmes et obéissants ; ouvrez vos oreilles de disciples.
12-Le service de la mission, la formation doctrinale et l’apostolat biblique
Les oreilles des disciples ont besoin d’entendre la vérité de la foi de la part des docteurs qui enseignent au nom des pasteurs et en parfaite communion avec eux. Je voudrais donc inviter instamment les pasteurs, sur toutes les paroisses, à tout mettre en œuvre pour qu’une formation doctrinale et biblique soit assurée de manière naturelle. Que nos enfants, nos jeunes et nos adultes aient l’occasion d’entrer dans une connaissance élémentaire des vérités de leur foi. Recherchons et trouvons les méthodes adaptées pour leur permettre de connaitre Jésus-Christ, dont la connaissance passe par la connaissance des Écritures. En effet « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ » (St Jérôme). Que chaque paroisse ait une cellule de lecture et méditation des Écritures ou tout au moins une plage pour introduire les fidèles dans la compréhension des Écritures. Que les occasions de prières soient des lieux d’initiation à la fréquentation des Écritures. Intégrons une vraie pastorale biblique à une formation doctrinale pour aider les fidèles à savoir en qui ils ont mis leur foi et à se prémunir des vendeurs et trafiquants des Écritures qui édulcorent le message de l’Évangile pour plaire aux hommes de notre temps aux oreilles qui démangent et recherchent des paroles qui calment leurs démangeaison (cf 2Ti 4, 3-4).
13-Le service de la mission et le discernement des esprits
Le discernement des esprits est un élément très important dans le service de la mission, d’autant plus que l’Église-Famille de Dieu à Abidjan est d’ordre institutionnel et vit des charismes. En son sein, elle accueille les charismes et les authentifie pour le bien de tous. Cet accueil appelle le discernement des esprits (cf. 1 Co 12, 10). Le charisme de discernement est l’apanage de la communauté et s’exerce sous la supervision de la hiérarchie (cf. 1 Co 12). Le diocèse d’Abidjan a besoin de l’exercice du charisme de discernement pour ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, mais aussi ne pas garder l’eau du bain polluée sans bébé. Certains charismes apparaissent comme de l’eau polluée sans bébés, vu leur son vide plus bruyant qu’autre chose. La fermeté dans le discernement doit rejeter ces charismes qui font plus de bruit que de bien, qui sont plus ronflants pour ceux qui les exercent que bienfaisants pour ceux qui les écoutent, dangereux pour l’âme et même pour le corps. Que les pasteurs n’aient pas peur d’utiliser la paire d ciseaux pour soigner la plaie et la guérir.
14-Le service de la mission et les communautés nouvelles
Le service de la mission appelle un regard froid mais pur devant les communautés nouvelles. Le charisme de discernement doit s’exercer en face de la prolifération de communautés nouvelles sans complaisance. Sur le chemin du discepolat et de la sequela christi, la prolifération est, en elle-même, suspecte. En général, la croix rebute, répugne, repousse. Qu’il y ait une multitude à courir embrasser la croix laisse suspecter une dissolution du message de la Croix. Devant la prolifération des communautés nouvelles, j’en appelle à la vigilante fermeté de tous : l’évêque, le prêtre, le diacre, les consacrés, les laïcs. Arrêtons-nous pour la réflexion, arrêtons la prolifération!
Pour ce faire et de manière concrètement je voudrais vivement demander aux prêtres, en toute chose, de se conformer aux indications du Droit canonique, d’éviter absolument de célébrer l’Eucharistie et toute autre acte liturgique, en dehors des oratoires autorisés ; je demande aux paroisses de prendre en main les initiatives d’évangélisation et de les réaliser sur leur propres territoires paroissiales, en utilisant toutes les forces vives de la paroisse sous la houlette du curé, sans organisation d’offrandes pour qui ou pour quoi que ce soit ; je demande aux prêtres de veiller à ce que personne ne s’affuble du titre de berger catholique, et ne traine les fidèles catholiques derrière lui, sans l’accord explicitement écrit de l’évêque.
Pour éviter la prolifération des Communautés Nouvelles et des dérives doctrinales, morales, professionnelles, il est bon de noter ce qui suit :
1- Aucune nouvelle Communauté Nouvelle ne devra voir le jour dans le diocèse, sans l’accord explicite de l’évêque, après consultation du conseil Presbytéral.
2- Pour les 300 communautés figurant sur la liste de la coordination, elles devront se faire enregistrer auprès de l’archevêché, en approchant de nouveau, le vicaire forain ou doyen ; celui-ci recevra leurs dossiers, les transmettra au vicaire épiscopal, qui à son tour le présentera au Conseil presbytéral pour consultation et décision.
3- Les dossiers devront comporter les informations suivantes : l’état civil du fondateur, la profession du fondateur, la relation avec la paroisse, les moyens de subsistance, les membres et leurs situations.
4- La validité des dossiers est conditionnée par ceci : toute fondation de communauté avec pour mission de reproduire l’organisation de l’Eglise avec une sorte de mimétisme est disqualifiée. De même celle qui reprendra textuellement le fonctionnement d’une Communauté déjà existante sera disqualifiée. Il convient de rappeler aux communautés et congrégations reconnues qu’elles n’ont le droit d’exercer leur ministère que dans l’espace confié par l’ordinaire, et qu’elles ne peuvent se donner des missions en dehors du diocèse que celles sollicitées et approuvées par l’ordinaire de leur lieu de reconnaissance et de leur lieu d’accueil. Aucune communauté n’a le droit d’ouvrir des lieux de culte partout sur le territoire diocésain, sans l’approbation préalable de l’évêque diocésain.
15-Le service de la mission et la liturgie
Le service de la mission ne peut se vivre san la liturgie source et sommet de la vie de l’Église. Elle est le lieu de la communion avec Dieu qui se donne dans sa parole et dans le pain vivant et vrai. La mission rassemble le peuple pour célébrer son salut dans la liturgie. La liturgie renouvelle la force du peuple pour le service de la mission.
J’engage tout le diocèse à s’investir corps et âme pour une liturgie qui manifeste la majesté de Dieu et introduit l’homme dans le salut réalisé en Jésus-Christ. Il convient de bien noter que la liturgie, comme l’a rappelé Benoit XVI, n’est pas d’abord le fait d’être heureux de se retrouver ensemble ; elle est la célébration d’un mystère. La liturgie actualise le mystère de notre salut en Jésus-Christ mort sur la croix pour nous.
Dès lors le fidèle doit y mettre tout le sérieux pour participer à la liturgie avec le cœur tourné vers ce mystère et non vers ce que l’on peut en tirer de joie personnelle. Il s’agit d’entrer dans le mystère du salut pour qu’il transforme notre vie et la sauve. Le mystère appelle le sérieux, la profondeur, la méditation, le silence. Le mystère évite le folklore, la théâtralité, la vulgarité.
L’aspect célébration de la liturgie appelle les chants, les danses. Prêtres, consacrés et laïcs, experts en musique devront mettre leurs talents ensemble, au sein de la commission chants sacrés pour composer des cantiques très catholiques aux paroles inspirées et inspirantes, aux mélodies qui élèvent l’âme, la poussent à la conversion, plus qu’elles ne provoquent des transes.
C’est l’occasion d’encourager les membres de cette même commission à se renouveler, à s’organiser avec pour objectif à renforcer les carnets de chants notés de telles sortes que les beaux chants d’autrefois puissent soutenir nos liturgies et provoquer la participation de tout le peuple.
16- Le service de la mission et les messes en dehors des oratoires ou lieux approuvés pas l’ordinaire
Le service de la mission rassemble les croyants pour célébrer le mystère de leur salut. Dans les premiers moments de l’Église, les croyants ont dû trouver refuge dans les endroits privés, dans les concessions familiales pour les rassemblements même liturgiques (cf. Ac…). Sortie de la clandestinité, les croyants ont construit des sanctuaires à la gloire de Dieu. Ces sanctuaires sont les lieux indiqués pour les célébrations liturgiques. Depuis lors l’Église entoure les célébrations de précautions pour éviter d’éventuels sacrilèges et même l’esprit sectaire qui a souvent traversé l’histoire. Les normes canoniques et liturgiques veillent à ce que l’action du peuple soit célébrée publiquement, dans des lieux prévus, interdisant toute célébration dans des lieux non autorisés par l’ordinaire.
Les curés veilleront à ce que, sur leurs territoires, aucune célébration eucharistique ne soit faite par les prêtres incardinés dans le diocèse ou non, dans les maisons privées, pour des groupes d’amis, sans l’accord préalable de l’ordinaire. Si, pour une raison ou une autre l’on devrait célébrer les messes en dehors des oratoires autorisés, l’accord préalable de l’ordinaire devra être requis et certifié sur document.
17-Le service de la mission pour le salut et la paix
Le service de la mission est annonce du salut et de la paix. Le binôme paix et salut est souvent attesté dans la tradition de l’Église. Déjà dans les textes bibliques le salut et la paix apparaissent ensemble comme bonne nouvelle. Le salut que Dieu donne à son peuple est la paix pour son peuple et ses fidèles. Le prophète Isaïe (cf Is 52, 7) en fait écho comme d’ailleurs l’évangile de Luc (cf Lc 1, 69. 72. 79 ; 2, 29-30). La liturgie de l’Église perpétue cette tradition. Au cœur de la célébration du mystère du salut apparaît le don de la paix comme en témoigne certaines salutations et oraisons.
L’Église-Famille de Dieu à Abidjan, consciente de son service d’annonce du salut, ne peut omettre sa mission de travailler à l’avènement de la paix dans les consciences, les cœurs, dans les familles, les CEB, les quartiers, les villages et le pays… Elle y travaille par la parole et les actes soutenus par une prière fervente et assidue.
18-La prière, l’arme et l’âme de la mission de l’Église-Famille
La mission progresse par la volonté de Dieu accueillie dans la prière. Cette prière est fondamentale ; elle est l’arme et l’âme de la mission de l’Église-Famille de Dieu à Abidjan. Cette prière prend plusieurs formes dans l’Église-Famille de Dieu à Abidjan. Nous y avons la prière dansée, la prière couchée, la prière assise…
Les pasteurs veilleront à former les fidèles à la prière catholique, sans complexe…On notera clairement que le bruit ne fait pas de bien et que le bien ne fait pas de bruit
Dans l’Église-Famille de Dieu à Abidjan, la synodalité, l’autonomie, et le service de tous passent par une organisation et une discipline sans failles.
Veillons-y dans l’intérêt de tous, en vue de préparer, pour l’avenir, une Église catholique qui inspire respect et prend soin de ses enfants et inspire le monde.
Bonne mission à tous !
+ Ignace Dogbo Cardinal BESSI
Archevêque d’Abidjan

