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MESSE DE REQUIEM POUR MONSEIGNEUR PAUL SIMEON AHOUANAN DJRO ARCHEVEQUE DE BOUAKE

Décédé le 12 février 2024, les funérailles de Mgr. Paul Siméon Ahouanan DJORO, archevêque métropolitain de Bouaké ont débutés le jeudi 14 Mars 2024.

Ce mercredi 21 Mars 2024, à la cathédrale Saint d’Abidjan une messe a été dite pour son repos avant son transfert à Bouaké.

La levée du corps a été faite par le frère Nicodème KOLANI, Vicaire provinciale des frères Franciscains.

La messe était présidée par Mgr. Alexis YOULO, évêque d’Agboville

Le cardinal Jean-Pierre KUTWA s’est chargé de l’homélie.

 

Des personnalités politiques et administratives dont le 1er Ministre, Monsieur Beugré MAMBE étaient présents.

Nosseigneurs, Boniface ZIRI, évêque d’Abengourou, Mgr. Jacques Assanvo AHIWA, Nouvel administrateur apostolique du diocèse de Bouaké, le Nonce apostolique, Mgr. RUEDA Beltz étaient au nombre des évêques.

Outres les nombreux prêtres, religieux et religieuses, il y avait également des parents du prélat défunt et un grand nombre de fidèles laïcs.

À la fin de la messe, nous avons eu droit à trois allocutions :

Frères Nicodème KOLANI, Vicaire Provincial des frères Franciscains

Le père Pierre Alain Yao, Vicaire Général de l’archidiocèse de Bouake

Le Nonce Apostolique en Côte d’Ivoire, Mgr. RUEDA Beltz

Père Jean-Baptiste DIAHOU


 

HOMELIE DU CARDINAL JEAN PIERRE KUTWà ARCHEVEQUE D’ABIDJAN A L’OCCASION DE LA MESSE DE REQUIEM DE MONSEIGNEUR PAUL SIMEON AHOUANAN DJRO ARCHEVEQUE DE BOUAKE

Cathédrale Saint Paul Plateau Abidjan
Jeudi 21 mars  2024

‘‘Seigneur si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort...’’Jn.11, 21

Ces paroles que j’emprunte bien volontiers à Marthe quand elle apprit que Jésus arrivait, c’est le cri de douleur, le cri de la souffrance mais peut-être aussi, le cri de son incompréhension à la vue du Seigneur Jésus, venu leur manifester, à elle, à sa sœur Marie ainsi qu’à leurs amis, sa compassion et son amitié, à la suite de la mort de leur frère et ami Lazare. Cri de douleur, en ce sens que la mort nous impose des ruptures très souvent difficilement supportables. Cri de souffrance parce que la mort nous déchire profondément et nous laisse sans défense.

Cri de l’incompréhension enfin, parce que prévenu que Lazare était en train de mourir, Jésus n’a point bougé, là où Marthe, Marie et leurs amis auraient voulu certainement qu’Il empêche cette mort. Mais, Lazare finalement est mort, enterré et pleuré : il a fini d’exister pour lui-même et pour son environnement. La mort semble alors l’emporter sur l’amitié et pourquoi pas, sur Dieu Lui-même. Et pourtant…

‘‘Seigneur si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort…’’

Mais ce cri, n’est-il pas aussi, pour ceux qui mettent leur espoir dans le Seigneur, le cri qui appelle au secours, le cri de la supplication ardente, face à une situation qui nous semble implacablement fermée et noire ? L’espoir sous-jacent, c’est celui qui fait vivre au-delà de la douleur et qui pousse vers Celui qui est vainqueur de la mort, parce que Lui-même est mort et ressuscité, pour entrainer dans son sillage, premier de cordée, tous ceux que le Père éternel Lui a donné au point de pouvoir dire, ‘‘ … je n'ai perdu aucun de ceux que tu m’as donné !’’ (Jn.17, 20). ‘‘Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra’’ (Jn.11, 25)

‘‘Seigneur si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort…’’

Frères et sœurs,

Dans l’évangile, on ne peut pas rester indifférent devant l’attitude de Jésus. En effet, qui d’entre nous aurait réagi comme Lui, alors que son ami, celui qu’il aime est malade ? Jésus est bien resté deux jours de plus, là où il était, si bien qu’il arrive à Béthanie quatre jours après l’enterrement. Force est de reconnaître ici que le Christ échappe à nos analyses psychologiques et qu’il ne se laisse pas enfermer dans le schéma étroit des comportements humains. C’est ainsi que Jésus, une fois de plus, nous apparaît tout à la fois comme le ‘‘Tout-Autre’’, parce que nous ne Le comprendrons jamais totalement, mais aussi comme le ‘‘Tout-semblable’’, le ‘‘Tout-proche’’, celui qui pleure un de ses amis et qui s’engage personnellement contre tout ce qui empêche l’humanité de vivre dès maintenant sa propre résurrection.

A Béthanie, la mort semble avoir triomphé, car il n’y a plus de présent : ‘‘Seigneur si tu avais été là…’’ disait Marthe. Et pourtant, c’est justement là aussi, dans cet aujourd’hui désolé et triste, que le Christ va faire naître la vie. Il est celui qui crie à Lazare : ‘‘viens dehors’’, celui qui crie ces mêmes paroles à chacun de nous, troublés, perturbés et désemparés que nous sommes ; Il est celui qui nous délie et nous délivre de nos vêtements de mort, de nos bandelettes de peur et de déception.

‘‘Je suis la résurrection et la vie, celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra’’ (Jn.11, 25)

Excellences,
Distingués personnalités,
Frères et sœurs,

Cette parole de notre Seigneur Jésus, rapportée par l’évangile de Saint Jean que nous venons d’entendre, éclaire l’existence de chacun de ceux que Dieu appelle d’une manière ou d’une autre, et qu’Il accueille dans son alliance. Elle éclaire particulièrement la vie de notre bien-aimé frère Paul Siméon AHOUANAN, que nous accompagnons aujourd’hui, tandis qu’il entre dans la lumière de Dieu. En célébrant cette messe de requiem, nous voulons prier pour notre frère qui nous devance dans la maison du Père éternel.

Célébrer le mystère pascal du Christ dans l’Eucharistie est un acte de foi important. En effet, notre vie, nous la tenons de Dieu et c’est vers Lui que tous nous repartons (dans la mort) puisque toute vie des enfants de Dieu sur la terre, s’inscrit dans ce pèlerinage. Il nous faut donc, à l’instar de Saint Paul s’adressant aux chrétiens de Rome dans la première lecture, nous laisser conduire par l’Esprit de Dieu. Le choix d’être chrétiens que nous avons fait depuis notre baptême ne cesse de nous rappeler ce que l’apôtre Paul exprima dans la première lecture : ‘‘si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur.’’

C’est à mon sens, dans cette espérance que nous célébrons cette Pâques de Mgr Paul-Siméon AHOUANAN DJRO, puisque nous croyons, et telle est notre foi, qu’il contemple aujourd’hui le contenu de la vertu de l’espérance promise par le Christ dans sa passion, sa mort et sa résurrection. Cependant, être entre les mains de Dieu, nécessite un préalable : croire sur cette terre en sa Parole et s’appliquer à la vivre. Nous savons, puisqu’il a vécu avec nous, que Monseigneur Paul-Siméon a vécu, en serviteur infatigable de cette Parole.

Emerveillé par la vie de Saint François d’Assise, il entra dans l’Ordre des Frères Mineurs, pour tenter, lui aussi, à l’imitation du Christ, de vivre une vie de pauvreté et de simplicité évangélique, insistant sur la fraternité. C’est dans ce champ de vertus que Dieu le choisit pour être pasteur de son Troupeau, dans les différents diocèses où il vécut.

En célébrant cette messe, nous voulons humblement demander au Seigneur de l’accueillir auprès de Lui, en lui pardonnant les fautes qui ont pu entacher cette marche chrétienne. En l’offrant dans l’espérance au Seigneur, nous exprimons aussi notre légitime douleur à l’instar du Christ qui pleura son ami Lazare. Comme vous l’aurez remarqué, sa seigneurie sur la mort n'a pas empêché Jésus d'éprouver une compassion sincère face à la douleur du détachement, prouvant ainsi que ‘‘nos joies et nos espoirs, nos tristesses et nos angoisses’’, trouveront toujours un écho dans son cœur, puisqu’il n’est rien de vraiment humain, qui ne trouve écho dans son cœur’’ (Cf. Gaudium et spes § 1).

 En voyant Marthe et Marie pleurer, ainsi que ceux qui étaient venus les consoler, Jésus aussi "fut bouleversé d'une émotion profonde" et finalement, "pleura" (Jn.11, 33.35). En vérité, le cœur du Christ est tout à la fois divin et humain : en Lui, Dieu et Homme, se sont parfaitement rencontrés, sans séparation ni confusion. Il est l'image, et même l'incarnation du Dieu qui est amour, miséricorde, tendresse paternelle et maternelle, du Dieu qui est Vie. C'est pour cela qu'il peut déclarer solennellement à Marthe : "Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais". Et d’ajouter : "Crois-tu cela ?" (Jn 11, 25-26).

Une question que Jésus adresse, en cette messe de requiem, à chacun de nous ; "Crois-tu cela ?" Une question qui nous dépasse certainement, qui dépasse notre capacité de comprendre ; "Crois-tu cela ?" Une question, bien plus, une invitation à avoir confiance en Lui, comme Lui, a eu confiance dans le Père.

Frères et sœurs,

Monseigneur Paul Siméon, pour ce qu’il a été pour notre Eglise et pour notre pays, avait certainement l’ambition d’inscrire comme leitmotiv, un besoin essentiel que nous devons comprendre comme un testament : celui de faire naitre dans le cœur de tous, que la vie vécue pour elle-même n’est pas une vie. En effet, c’est en s’ouvrant à la vie de Dieu que notre marche dans la société trouve tout son sens ! Pour ceux qui ont eu la chance de l’approcher et de le connaître personnellement, ce n’était ni son intelligence, ni l’acuité de son esprit, vif, ni l’amplitude de sa culture, toutes réelles somme toute, qui frappaient d’abord, mais plutôt la vigueur et la force de sa foi. Avant tout, il était un croyant, amoureux de Dieu et de ses frères !

Que ce soit dans l’accueil de la Parole de Dieu, dans l’expérience vécue des sacrements de l’Église, dans l’annonce de l’Évangile ou dans la conduite quotidienne de sa vie, tout était reçu de Dieu et tout était rapporté à Dieu. Sa découverte et sa rencontre de Jésus-Christ par le biais de Saint François d’Assise avaient établi définitivement sa vie sous le régime de la grâce, du don reçu gratuitement. Persuadé d’avoir tout reçu gratuitement, il était passionné du désir d’annoncer à tous, la surabondance de l’amour de Dieu pour l’humanité et de transmettre l’appel du Christ à vivre de cet amour.

Toutes ces entreprises dans lesquelles il s’est engagé sans réserve, visaient à faire connaître le Christ, Sauveur du monde. Loin de se laisser enfermer dans le monde ecclésiastique, il avait dans la société ivoirienne et dans le monde entier, d’innombrables contacts. Ce tissu serré de relations était comme une sorte de paroisse universelle où il voulait exercer son ministère de prêtre du Christ et de témoin de la foi. Nommé Evêque de Yamoussoukro puis Archevêque de Bouaké, il portait avec lui le souci pastoral de l’Église entière en partageant profondément sa vision de l’homme dans le monde de ce temps.

Ce que l’acuité de l’analyse et la perspicacité de l’intelligence lui révélaient comme une fulgurance, se traduisait immédiatement en projet d’action et d’évangélisation. Ce qui lui advenait devait servir à l’accomplissement de la mission avec une exigence dont tous ses collaborateurs ont été les témoins et les acteurs sous son impulsion. Si le temps de l’historien n’est pas encore venu, nous sommes déjà dans le temps de l’action de grâce. Et c’est ici que nous voulons rendre grâce à Dieu d’avoir mis sur nos chemins, un témoin tel que notre regretté Monseigneur Paul Siméon AHOUANAN, d’affectueuse mémoire.

Excellences,
Distingués invités,
Frères et sœurs,  

Comme à chaque fois qu’un être proche nous quitte, nous sommes conduits à regarder à travers ce départ de Mgr Paul Siméon AHOUANAN, que cette vie passe ! Le départ de toute personne aimée, estimée, nous renvoie immanquablement à tout ce qui a été vécu avec elle, à ce qui patiemment a été construit, tenté, envisagé. Quoique nous fassions, quoique nous disions, la disparition d’un être aimé, nous renvoie aussi, à notre propre destinée, au sens que nous donnons à notre vie si brève et si passagère. Aujourd’hui, en cette Eucharistie, c’est le Serviteur Paul Siméon qui est remis à Dieu son Créateur pour qu’il contemple son visage…

Ceci dit, nous devons garder en mémoire qu’aucun d’entre nous n’est éternel. En priant pour Monseigneur Paul Siméon AHOUANAN, prions aussi pour notre propre conversion et comprenons qu’il y a dans la vie, dans toute vie, un essentiel ! Cet essentiel porte le nom de Jésus qui nous enseigne que nous serons jugés sur l’amour. Notre amour de Dieu doit nécessairement se traduire par des actes concrets de générosité, de bonté et surtout d’acceptation des autres comme images de Dieu que tous nous servons, d’une manière ou d’une autre dans nos églises, dans nos différentes religions, dans nos engagements quotidiens et dans notre pays.

‘‘Seigneur si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. Mais je sais que même maintenant, Dieu te donnera tout ce que Tu Lui demanderas.’’

Telles étaient les propos de Marthe. Et le Christ est venu, et Il a redonné vie à Lazare. Nous aussi, nous croyons fermement que le Christ est là, et qu’Il redonne vie maintenant à son serviteur, comme pour nous dire que jamais la mort ne peut avoir le dernier mot. Christ est vivant, de même que tous ceux qui croient en Lui : telle est notre foi !

‘‘Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il meurt ; et celui qui vit et croit en moi, ne mourra jamais, crois-tu cela ?’’

Oui Seigneur, je le crois avait répondu Marthe. A sa suite, nous voulons répondre nous aussi : oui Seigneur, nous croyons que ton fils notre frère Paul Siméon HOUANAN ne meurt pas, bien plus, qu’il entre dans la vie ! Nous te supplions afin qu’il repose auprès de Toi, là où il n’y a ni pleurs, ni douleurs, ni souffrance, et que de là où il est désormais, il prie pour notre pays, ce pays qu’il a tant aimé et servi, pour ta gloire et pour notre bonheur, aujourd’hui, demain et dans les siècles sans fin. AMEN !

+ Jean Pierre Cardinal KUTWà
Archevêque d’Abidjan